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Posté le 6 mars 2014 dans Tendance

MDVS: Les vins suisses dans la durée

MDVS: Les vins suisses dans la durée

Les vins suisses, fussent-ils reconnus, souffrent encore de nombreux clichés. Faut-il les boire dans l’année ? S’améliorent-ils dans le temps ? La démarche de la «Mémoire des vins suisses» tente de répondre à ces questions depuis dix ans. Elle s’arrête à Lausanne.

Par Pierre Thomas

L’idée de créer une «mémoire» des vins suisses revient au vigneron, «mousquetaire» alémanique établi au Tessin, Christian Zündel, et au journaliste zurichois Stefan Keller, lors d’un voyage dans les Grisons au début de ce millénaire. Ils mettent en réseau un club, mêlant une vingtaine de producteurs de toute la Suisse et journalistes alémaniques (puis romands). Durant dix ans, le Tessinois conduira le projet, remis au Vaudois Charles Rolaz, l’an passé. Tandis que Stefan Keller se retirera, au profit d’Andreas Keller, autre journalsite zurichois, parmi les premiers adhérents.

Chaque année, cet aréopage se réunit dans une région viticole. Cette année, avant la Suisse alémanique et sans doute Genève, c’est au tour du vignoble vaudois et de Lausanne d’accueillir la manifestation, pour une large part publique, occasion unique de découvrir des vins remarquables (lire ci-dessous).

Vérifier la durée de vie des vins

Le premier but de la «Mémoire» est son «trésor», rappelle Andreas Keller. Chaque producteur proposé par une commission de dégustation, puis agréé par l’ensemble des membres, doit payer des cotisations, mais encore mettre à disposition 60 bouteilles du vin élu, chaque année. Ce stock constitue le fameux «trésor». Il sert aussi bien à des journalistes pour apprécier les vins suisses sur leur durée qu’aux vignerons pour démontrer la capacité de vieillisement des vins, un indice incontesté de leur «valeur», partout dans le monde.

©HPSiffert/MDVS

©HPSiffert/MDVS

Même si les vins suisses ne comptent pas dans les ventes aux enchères, les amateurs tiennent à s’assurer que ce qu’ils ont dans leur propre cave ne sera pas sans intérêt au moment de déboucher leur flacon… Rien de plus facile, en apparence : il suffit de goûter une bouteille pour vérifier si un vin vous plaît encore, ou s’il faut se précipiter pour le boire. Mais quand vous avez acheté une caisse de 12 bouteilles et que leur apogée est de 20 ans, le calcul est simple : la caisse sera bue avant cette acmé, au motif de seule vérification ! La Mémoire, par ses dégustations publiques, permet de vérifier que de vieux millésimes tiennent toujours au palais du dégustateur.

Limité à 50 ou davantage ?

En onze ans, la Mémoire des vins suisses, devenue une association en bonne et due forme, s’est développée, a connu des arrivées et des départs, des décès et des passages de témoin, de propriétaires ou d’œnologues. «Aujourd’hui, nous devons nous demander ce que nous faisons si un producteur ne correspond plus aux exigences», explique Andreas Keller. Cette année, trois producteurs doivent être admis lors de l’assemblée annuelle, au Château de Grandson, le 7 mars. Ces arrivées devraient porter le nombre des vins choisis à 53 (un départ est annoncé). Où s’arrêter ? La question, reconnaît Andreas Keller, agite l’association : «Nous ne devons pas rester à 50 fixe. Pas plus qu’il serait jusitifé de pousser dehors ceux qui sont là depuis dix ans, pour assurer un roulement. Nous devons rester ouverts. Et je pense que le projet peut vivre avec 60 ou 70 producteurs, mais sans précipiter les admissions.»

Trois quarts des vins suisses sont produits de ce côté-ci de la Sarine. Avec 14 vins valaisans, 9 vaudois, 3 genevois, 5 des Trois-Lacs, auxquels s’ajoutent 7 du Tessin, la majorité latine est assurée, mais la diversité alémanique est bien représentée avec une 13 vins, dont 7 des Grisons. L’équilibre confédéral n’est pas facile à maintenir, tant pour la géographie que pour la couleur — 25 vins rouges, contre 26 blancs, dont quelques liquoreux.

Entre idéalisme et promotion

Et puis, le vin, avant d’être élevé au rang des beaux-arts par quelques happy fews, c’est d’abord du business. «J’ai réalisé que pour les producteurs, c’est un instrument de promotion, qui est devenu l’argument principal des vignerons. Au départ, la Mémoire avait un but idéaliste, et pas commercial, qu’il ne faut pas perdre de vue. Voilà pourquoi on a admis des non-producteurs, qui défendent les vins suisses.»

De projet marginal, la Mémoire est aussi devenue un ambassadeur. Swiss Wine Promotion, que préside le Valaisan Gilles Besse, revenu au sein du projet avec une Amigne de Vétroz Grand Cru, l’associe à certaines manifestation, comme une présentation à la foire ProWein, de Düsseldorf, le samedi 22 mars, ou à Montreux, lors du symposium «The Digital Wine Communication Conference», du 31 octobre au 2 novembre. Le mouvement a donné naissance à Mémoire & Friends, le dernier lundi d’août, à Zurich, très attendu au Kongresshaus (cette année, le 25 août).

Autant d’événements pour faire sortir les meilleurs vins suisses, qu’ils soient 53 ou 250, de l’anonymat où ils restent confinés, quand on consulte les chiffres de l’exportation, qui stagne depuis des lustres à moins de 2%, alors que la Fédération suisse des vignerons vise les 5 %… «à long terme». Une locution qui s’applique pile au projet de la Mémoire.

Infos : www.mdvs.ch

Largement ouvert au public

©Peter Keller/MDVS

©Peter Keller/MDVS

Jamais la Mémoire ne s’est autant ouverte au public. Le samedi 8 mars, à 19 h., un dîner de gala, préparé par Edgard Bovier (17/20 au GaultMillau), au Lausanne-Palace, avec des vins de la Mémoire commenté par le Tessinois Paolo Basso (photo) meilleur sommelier du monde en titre, est proposé au prix de 250 fr. le couvert. Le lendemain, dimanche 9 mars, le matin, les Swiss Wine Friends — initiés à Zurich dans la mouvance de Mémoire & Friends —peuvent déguster le dernier millésime proposé par les vignerons de la Mémoire, soit le 2010 ou le 2011 pour les rouges, et le 2012 pour les blancs, le matin, de 10 h. à 12 h., suivi d’un buffet (75 fr.). L’après-midi du dimanche 9 mars, toujours au Lausanne-Palace, de 14 h. à 18 h., la Mémoire fait déguster sont trésor, soit les dix derniers millésimes. Le Valaisan José Vouillamoz, généticien, animera, de 15.30 à 16.30, un séminaire-dégustation sur «Les différents visages du chasselas».

Sur les 9 vins vaudois, pas moins de 6 sont des chasselas, des meilleurs terroirs : Dézaley de Louis-Philippe Bovard, Calamin de Blaise Duboux, Saint-Saphorin de Pierre Monachon, Féchy de Raymond Paccot, Aigle de Philippe Gex et Bernard Cavé et Yvorne du Château de Maison-Blanche.

Inscriptions sur ticketing.mdvs.ch

4 vins en guise d’exemple

Cuvée Charles-Auguste, Domaine de Crochet, Hammel, Rolle (VD)

Le premier millésime retenu par la MDVS date de 2001. Soit d’avant 2003, l’année de la canicule, tournant majeur du réchauffement climatique. Qui, dans ce vignoble vaudois caractérisé, en rouge alors très minoritaire, par du pinot-gamay et du salvagnin, aurait parié un centime sur un assemblage de syrah, des cabernets franc et sauvignon et de merlot, élevé 18 mois en barriques ? Charles Rolaz, le patron de la maison Hammel, y a cru.

www.hammel.ch, 39 fr.

Sauvignon en barriques, Les Hutins, Dardagny (GE)

Cépage de la Loire, mondialement diffusé, le sauvignon est planté la première fois en Suisse au début des années 1980, au Tessin et sur ce domaine genevois. Présent à la MDVS dès 2003, Jean et Emilienne Hutin étaient prêts à renoncer à un élevage en barriques, préférant la cuve inox, mais la commission de sélection a insisté pour qu’ils persévèrent. Ce qu’ils ont fait.

www.domaineleshutins.ch, 30 fr.

Completer Malanserrebe, Martin Donatsch, Fläsch (GR)

Ce vieux cépage des Grisons, mentionné dès 1321, parent du Lafnetscha du Haut-Valais, connaît un regain d’intérêt. Le jeune Martin Donatsch, président de Vinotiv, le cercle vertueux des meilleurs vignerons grisons, en a replanté. Réputé rustique, ce raisin est vinifié dans un style international et passe douze mois en barriques, avec un léger sucre résiduel, très tendance.

www.donatsch-malans.ch, 39 fr.

Bondola del Nonu Mario, Azienda Mondo, Sementina (TI)

N’allez pas chercher de la concentration dans ce vin. Il est fruité et brut, un peu comme certaines humagnes du Valais ou la freisa du Piémont. Détruite par le phylloxéra, remplacée par le merlot (sur 850 ha), au Tessin, dès le début du 20ème siècle, la bondola a «ressuscité» il y a une vingtaine d’années (sur 12 ha), principalement sur ce domaine qui a réduit l’élevage en fûts, pour retrouver la fraîcheur primesautière du raisin.

www.aziendamondo.ch, 19 fr.

Article paru dans L’Hebdo du 8 mars 2014.