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Posté le 26 février 2011 dans Vins italiens

Montalcino: quo vadis Brunello?

Montalcino: quo vadis Brunello?

150 ans de «sangiovese in purezza»

Montalcino,
quo vadis Brunello?

Où va Montalcino et son légendaire Brunello ? En trente ans, la DOCG Brunello est passée en quarante ans de 300 hectares à plus de 2’000, sur une aire de 3500 hectares, où l’on peut faire du Sant’Antimo (supertoscan IGT) et du Rosso, avec les vignes jeunes de pur sangiovese, destiné un jour au Brunello.
Par Pierre Thomas
Deux cents embouteilleurs se disputent les styles de(s) Brunello(s). Face à ses voisins toscans également DOCG, le Chianti Classico (7’200 ha) et le Vino Nobile di Montepulciano (1’300), dont l’un tolère 20% de cépages rouges autres que le sangiovese (merlot, cabernet) et l’autre jusqu’à 30%, le Brunello reste un pur sangiovese. C’est un effet d’un «aggionamento» organisé sous le manteau, au début des années 2000, où le cépage toscan avait quelque peine à mûrir… Et le Consorzio a remis en selle, à sa présidence, un vétéran, Ezio Rivella, grande figure (à la retraite) du Castello Banfi. Au moment du scandale, avec son livre «Io e Brunello» («Moi et le Brunello»), il ne faisait pas mystère de la nécessité d’ouvrir le jeu et de moderniser ce vin, mis sur le marché il y a 150 ans. Un chiffre rond bien opportun : il tombe pile sur les 150 ans de l’union de l’Italie, fêtée par un jour de congé, le jeudi 17 mars 2011.

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Le vin comme un café… renversé?

A nouveau, Montalcino a frisé l’esclandre, juste à la veille de la présentation du nouveau millésime (le 2006) : le comité du Consorzio voulait proposer 15% d’autres cépages rouges dans le Rosso (510 ha), pour tester la réaction des acheteurs… Branle-bas de combat : jusque dans le Chianti Classico, des puristes, fidèles au sangiovese, se sont déclarés prêts à la contre-réforme. Finalement, le sujet n’a pas été mis en discussion, après que la famille Illy, qui a racheté Mastrojanni, eut fait remarquer que la croisade menée dans le café, pour sacraliser des «grands crus», risquait de tourner court là où ces «grands crus» sont précisément implantés, dans le vin donc. Le monde à l’envers !

Trois cinq étoiles en cinq ans

Le sursis du «sangiovese in purezza» risque de durer, grâce à la modification du climat. Le millésime 2010, qui ne sera dégusté que dans cinq ans, en 2015, a marqué le retour à une année relativement froide, mais à un mois de septembre à peine marqué par quelques orages (si redoutés à 50 km de la mer), prolongé par un magnifique mois d’octobre, favorable à la maturation lente et tardive du sangiovese. Avec ses cinq étoiles maximales, 2010 rejoint les années 2006 et 2007, également notées au maximum. Du jamais vu sur cinq ans ! Un tableau complété par les quatre étoiles données à 2008 et 2009. Après le controversé 4 étoiles au 2005.
Dans la précédente décennie (1996 – 2005), seules 1997 et 2004, avaient obtenu la note maximale, contre de piètres vendanges en 2002 et 2000. De 1986 à 1995, trois fois cinq étoiles aussi, avec les millésimes 1988 et 1990 et 1995, et les faibles 1986, 87, et pire encore, 89 et 92. La décennie précédente, ouverte par le catastrophique 1976 avait dû attendre dix ans et le 1985 pour aspirer aux cinq étoiles. Bref, le rythme était d’une année magnifique tous les cinq ans, voire tous les dix ans, par le passé (1945 suivi du 1955, du 1961, 1964, 1970 et 1975). On est, pour ces années-là, dans les mêmes eaux qu’à Bordeaux.

En attendant le 2007…

Mais l’Histoire s’accélère : le 2004, annoncé comme de grande garde, avec un peu d’austérité au départ, se compare au 2006, qui vient d’être dégusté par les spécialistes, mi-février 2011, où le fruit et l’expression du vin est parfois déjà abordable, avec de belles structures. 2007, annonce-t-on déjà, fera la synthèse entre la longévité prévue du 2004 et le fruité du 2006, à la limite donc de la perfection qu’on attend pour célébrer le 2010 !

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Du Brunello à dix euros !

Voilà qui contraste avec le climat économique morose. Après le «Brunellogate» de 2008 (20% du Brunello déclassé finalement en IGT «rosso toscano»), il a fallu reconquérir les Etats-Unis. Certains vins se vendent à des prix «cassés». Une œnothèque du centre de Montalcino vend sa propre étiquette de Brunello, acheté dans un domaine mal classé (Canneta, voir ci-dessous), au prix de 10 euros. Prix d’appel, évidemment, mais très mauvais signal pour un vin qui se targue d’être un «grand cru».
Mauvaises expositions, autour de la colline mythique de Montalcino, micro-climats froids ou trop chauds, terroirs défavorables (il y aurait plus de cinq cents sols différents sur les 3’500 hectares de l’appellation), vignes trop jeunes, élevage court de deux ans en barriques de chêne plus ou moins français (la durée minimale) et non en grands fûts de Slavonie jusqu’à quatre ou cinq ans, patte de tel ou tel œnologue-conseil vedette, sont autant de handicap qui frappent, au hasard, les Brunellos. Tandis que quelques beaux domaines maintiennent le cap : on a pu s’en rendre compte en dégustant plus de 80 vins du millésime 2006 sur place.

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©thomasvino.ch