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Posté le 15 mai 2017 dans Tendance

Caves ouvertes à Genève —  Trente millésimes d’un succès jamais démenti

Caves ouvertes à Genève — Trente millésimes d’un succès jamais démenti

 

Pour la trentième fois cette année, le vignoble genevois, troisième de Suisse en surface (1287 hectares) ouvre les portes de ses caves et domaines viticoles au public durant une seule journée, ce samedi 20 mai 2017. La ville s’offre une partie de campagne dédiée aux crus genevois, avec près de 30’000 fidèles au rendez-vous. Histoire d’une réussite qui a essaimé dans toute la Suisse.

Par Pierre Thomas

L’OPAGE, l’office de promotion des produits agricoles genevois, coordonne cette journée avec les acteurs impliqués. Pour Denis Beausoleil, son directeur depuis seize ans, «c’est la rencontre de la ville et de la campagne. Les visiteurs découvrent en une journée de magnifiques paysages et le nouveau millésime dans la cave de son auteur. Si l’opération a encore sa raison d’être, trente ans après son lancement, c’est probablement grâce à ce nouveau millésime, fruit du travail d’une année et à chaque fois unique. Elle se renouvelle donc chaque année.»

Une idée des «vignerons-encaveurs indépendants»

Ancien patron de la station viticole cantonale, l’œnologue Claude Desbaillets, se souvient, dans une note, qu’en 1984, le restaurant La Colombière, à Lully, aujourd’hui table d’hôtes sur réservation, «et ses tenanciers œnophiles, Bernard et Chantal Lonati, mettaient sur pied une présentation des vins genevois. Cette manifestation organisée chaque année obtient un franc succès. Elle réunit un public curieux et appliqué, tout heureux de déguster si aisément un grand nombre de vins genevois.»

Trois ans plus tard, en 1987, l’association genevoise des vignerons encaveurs indépendants (AGVEI), créée dix ans plus tôt, lance une journée portes ouvertes pour ses membres. «L’idée est partie de Jean-Daniel Schlaepfer» (réd. : ancien copropriétaire du Domaine des Balisiers, et désormais retiré à Séville, en Espagne), commente Guy Ramu, actuel président de l’AGVEI, qui regroupe 47 membres. «Je me rappelle très bien de la première, dans notre domaine de Chafalet. On a accueilli sept personnes ce samedi-là. Et depuis quelques années, c’est plus de mille qui défilent. Pourtant, Essertine, est au bout du monde…»

150 caves et un tire-bouchon «collector»

Progressivement, les «caves ouvertes» se sont étendues à tous les vignerons, y compris la Cave de Genève, de sorte que ce sont près de 150 adresses qui ouvriront leurs portes le 20 mai prochain. Pour dédommager le producteur, un verre est proposé, à 10 francs. Entre 20’000 et 30’000 verres sont ainsi écoulés, bon an mal an, en fonction de la météo. Depuis l’an passé, ce verre de dégustation, de la marque Spiegelau, est estampillé Swiss Wine Genève. Cette année, pour marquer les 30 ans de la manifestation, chaque verre sera assorti d’un tire-bouchon, logé dans un étui en carton-souvenir qui proclame «30 ans de découvertes» — avec un S à découverte…

Malgré la foule, les organisateurs entendent conserver aux «caves ouvertes» une dimension de dégustation sur un seul jour. «On ne change pas une formule qui gagne ! Il n’est pas question de passer à deux jours ou au week-end. Pour nous, à l’AGVEI, la journée doit rester unique et réservée à la dégustation et ne pas tourner à une excursion champêtre pour les familles», assure Guy Ramu. «Depuis le début, les quatre cinquièmes des gens qui passent chez moi, je ne les ai jamais vus.»

Membre de l’association des viticulteurs indépendants (VIGE), et encaveur depuis 1994, René Desbaillet, du Domaine des Abeilles d’Or, à Satigny, corrobore : «Il faut bien recevoir et les gens veulent pouvoir déguster les spécialités. Chaque cave fait comme elle veut. Certains servent de la raclette ou tournent un sanglier à la broche. Chez moi, on se concentre sur la dégustation pure. Je mobilise trente amis pour servir 400 bouteilles de toute la gamme de mes 20 vins. Quelque 1’200 personnes sont servies. Elles ne peuvent pas acheter une bouteille et la consommer sur place, mais elles peuvent déguster tout ce qu’elles veulent. La journée me coûte l’équivalent du rabais que j’octroie sur les vins à un restaurateur. Les gens ne repartent pas avec des cartons, parce que ça n’est pas pratique, mais passent commande. Je livre deux fois par semaine en ville de Genève…»

Pour éviter les embouteillages et le parcage sauvage, le public est encouragé à venir en bus et en train. Par exemple, dans le Mandement, la plus vaste région viticole du canton, le train amène la foule jusqu’à la gare de Satigny et de La Plaine. Ensuite, en collaboration avec les TPG, des bus navettes font la tournée des villages. A Dardagny, qui reçoit plus de 12’000 personnes, un petit train permet de passer d’une cave à l’autre.

Un vignoble citadin

L’idée des «caves ouvertes» est née aussi à l’époque où les vins de Genève étaient peu connus, même en ville. Dans les années 1970, la coopérative regroupait 80% des viticulteurs. Et les vignerons indépendants, minoritaires, devaient trouver un moyen de vendre leurs bouteilles en direct. «Bien que le public soit le bienvenu dans les caves, les clients ont parfois de la retenue pour y rentrer», se remémore l’œnologue cantonal Claude Desbaillet.

En trente ans, tout a changé. Le vignoble s’est rapproché de la ville… autant que les citadins sont partis à sa découverte. «On reçoit trois sortes de public. Une clientèle fidèle qui, par exemple, saisit l’occasion de faire son circuit en ne dégustant qu’un seul cépage, comme le chardonnay, dans plusieurs caves. C’est une minorité face à une masse de citadins. Beaucoup viennent de la Genève internationale. Elle se répartit entre les ressortissants de pays viticoles qui savent ce que c’est et discutent volontiers les mérites comparés des vins de chez eux et de chez nous. Et puis, il y a des Anglais et des Nordiques qui se disent que c’est une aubaine de pouvoir boire toute une journée pour 10 francs. En général, ceux-là veulent commencer par le vin le plus cher !» Certains vignerons engagent du personnel anglophone. Il y a quelques années, des agences de voyage genevoises avaient même fait une promotion ciblée en Angleterre, avec des prix cassés grâce aux compagnies aériennes low coast qui atterrissent à Cointrin. «On a vu débarquer, à vélo de location, des dizaines d’Anglais venus pour boire un coup et même davantage à bon marché !»

Caves ouvertes…toute l’année

Le soufflé est retombé : «Chez nous, on n’a pas de débordement, même s’il y a toujours le risque de voir arriver une bande prête à boire un maximum…», constate René Desbaillet.

L’horaire est fixe : de 10 h. le matin à 17 h.. «C’est surtout pour permettre au vigneron d’annoncer qu’il a le droit de fermer sa cave !», explique Denis Beausoleil. Il peut y avoir des after, aussi… «On ne manque jamais de faire savoir aux gens que les caves genevoises ne sont pas ouvertes que ce jour-là», poursuit le directeur de l’OPAGE. Les domaines les plus dynamiques sont accessibles non seulement le samedi matin toute l’année, mais aussi en fin d’après-midi, la semaine. Trente ans après l’exception d’un jour, c’est un peu «caves ouvertes» toute l’année. Et la garantie, pour le promeneur solitaire, cher à Rousseau, de trouver un créneau un peu moins encombré que ce jour-là…

Infos sur les sites Internet : geneveterroir.ch

Genève: grosse récolte, mais belle qualité!

Selon le rapport officiel genevois de la vendange, le millésime 2016 est comparable, en quantité, comme en qualité, au 2011, avec une production totale de 11,4 millions de litres. C’est certes + 48% qu’en 2015, mais «heureusement», car l’année 2015, de grande qualité, surtout pour les rouges, fut d’un très faible rendement, dans une décennie assez chiche (2016 représente + 19% par rapport à la moyenne décennale). Deux tiers de la récolte est en AOC, pour 33 % de «vins de pays». Le vignoble genevois est davantage planté en rouge (744 hectares, stable) qu’en blanc (543 hectares, en légère diminution). Selon le rapport, «les nuits fraîches de la fin août, accompagnées de journées chaudes et sèches ont contribué à développer les arômes subtils et spécifiques à chaque cépage. Avec une bonne acidité, le millésime 2016 devrait être de bonne tenue en bouteilles et pleins de promesses», car ces vins «sont issus de raisins à maturité aboutie, tout en finesse et en équilibre, avec des arômes typés très expressifs». A vérifier le verre à la main, sur place! Et, détail lié à l’actualité, le gel a frappé une partie du vignoble genevois, en avril 2017… (pts)

Tout le mois de mai dans toute la Suisse!

Si les Genevois furent les premiers à organiser une opération «caves ouvertes», toute la Suisse s’y est mise depuis. Mais les Genevois sont les seuls à ne proposer qu’un jour de visite, le samedi 20 mai. Du samedi 29 avril au dimanche 1er mai, 230 domaines viticoles de toute la Suisse alémanique accueillent les œnophiles. Ensuite, ce «tour de Suisse» vinicole va de Neuchâtel, le vendredi 5 et le samedi 6 mai, au week-end de Pentecôte dans le vignoble vaudois, le samedi 3 et le dimanche 4 juin. Entre les deux dates, les Valaisans se sont réservé le week-end de l’Ascension, du jeudi 25 au samedi 27 mai (trois jours) et le Tessin enchaîne sur deux jours, le samedi 27 et le dimanche 28 mai. S’y ajoutent les Schweizer Weine Tage de Bâle, le jeudi 11 et le vendredi 12 mai. Au total, plus de mille domaines vitivinicoles sont à visiter durant ce long mois de mai, soit près de 15’000 vins à déguster — soit un vin par hectare du vignoble suisse. (pts)

Paru dans Plaisirs et Gastronomie Magazine d’avril-mai 2017.

©thomasvino.ch