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Posté le 11 janvier 2005 dans Conso

Gamay romand ou beaujolais?

Gamay romand ou beaujolais?

L'image brouillée du gamay
En misant sur le cépage gamay, nous avons voulu répondre à deux questions. Primo, pourquoi la consommation du beaujolais est-elle en perte de vitesse? Secundo, comment les vignerons romands peuvent-ils, avec leur gamay, concurrencer le beaujolais? Résultat des courses.

Par Pierre Thomas
Une pointe d'ironie nous fait dire: match nul! Au sens sportif du terme. En jouant placés (2ème, 3ème, 4ème et 6ème), les gamays romands se sont bien défendus, laissant toutefois la 1ère place à un beaujolais et la 4ème à un cru, un Fleurie, de cette région française si proche de la Suisse, au nord de Lyon, et dévolue à 99% au gamay, qui en est originaire. Match nul au sens qualitatif, aussi, puisque qu'aucun vin ne se hisse à «bon» (14 points) et seuls deux dépassent les 13 points. On cherchera vainement à départager ces vins par le prix, puisque, parmi les quatre premiers, il y a trois des vins les meilleurs marché. Et mieux vaut acheter les vins du millésime le plus récent: un seul 2001 se pousse au niveau des 2002.
De la première…
Au rayon des vins français, le beaujolais est une AOC (appellation d'origine contrôlée), qu'il soit un «simple» beaujolais, beaujolais supérieur, beaujolais villages ou un des dix crus (Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent pour les plus connus). Les 23'000 hectares du Beaujolais (une fois et demi la totalité du vignoble suisse!) ont produit, en 2002, 144 millions de litres, dont 80 millions de «primeurs». Ce vin frais et léger sort sur le marché le troisième jeudi de novembre; il devrait être bu dans les trois mois… Vin festif, réputé «joyeux», il n'est pas concerné par notre dégustation. Les Suisses en ont pourtant bu 800'000 litres en 2002, soit 22% de moins qu'en 1999. Dans le même laps de temps, les exportations totales du Beaujolais vers la Suisse ont passé de 11 à 7 millions de litres, soit une chute de près de 40%.
…à la deuxième catégorie
Si les beaujolais, nouveau ou en bouteilles, ont moins la cote chez nous, ils sont remplacés par des gamays du Valais (900 ha), de Vaud (500 ha) et de Genève (450 ha). Des vins des trois cantons peuvent être assemblés dans une cuvée de «gamay romand». Ce gamay-là est un vin de deuxième catégorie. Jusqu'à fin 2005, il peut donc être coupé de 15% de vin rouge étranger (voir ci-contre) et, à hauteur de 15% également, d'un autre millésime que celui indiqué.
Le marché est très fluctuant: en général, ce sont des vins répondant aux critères de l'AOC qui sont déclassés en vin de deuxième catégorie. Mais des vignerons militent en faveur d'un véritable «vin de pays» pour un cépage comme le gamay. Il pourrait être produit à une plus grande quantité pour être vendu au prix bas qui est le sien. «Ce qu'on demande à ces vins, notamment au beaujolais, c'est d'être simples et faciles à boire», commente Jean Solis. Mais faire simple et bon paraît bien compliqué!

Eclairage
La fin annoncée du «coupage»

Pas facile de s'y retrouver dans la jungle des appellations suisses, du ressort des cantons. Ainsi, en 2003, les vignerons valaisans ont pu produire du «goron» à raison de 1,5 kg par m2, (c'est 0,3 kg de plus que le quota fédéral pour les rouges qui ne s'applique qu'à la première catégorie). Le goron est un mélange de pinot noir et de gamay, de deuxième catégorie, produit à partir de raisins valaisans (à production limitée par le canton). Mais ces mêmes raisins, s'ils ne sont pas assemblés, peuvent être commercialisés en «gamay romand» ou en «pinot noir suisse». On estime toutefois que les deux tiers des 4,5 millions de litres de goron vendus chaque année résultent d'un déclassement volontaire ou pour des raisons qualitatives. Pour les gamays suisses AOC, le coupage avec du vin étranger est à géométrie variable: 5% en Valais, mais 10% chez les Vaudois et les Genevois. En revanche, un beaujolais mis en bouteille en Suisse ne peut plus être coupé. Cela résulte de l'application des accords bilatéraux qui obligeront la Suisse, dès le 1er janvier 2006, à supprimer la latitude de renforcer les rouges avec du vin étranger, tout en prétendant que ces vins sont indigènes.

Article paru avec un tableau comparatif de 12 gamays-beaujolais dans le magazine de consommation Tout Compte Fait, Lausanne, en janvier 2004