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Posté le 31 décembre 2009 dans Vins suisses

Vaud — Un Yvorne, roi de Terravin

Vaud — Un Yvorne, roi de Terravin

Lauriers de platine 2009 du label Terravin

Honneur au chasselas vaudois

Pour la deuxième fois, le label des vins vaudois, Terravin, a désigné le meilleur chasselas vaudois 2008. Le titre, les «lauriers de platine», échoit à l’Yvorne Chant des Resses, des Artisans vignerons d’Yvorne (AVY).
Par Pierre Thomas
Pourquoi «Lauriers de platine»? Parce que la marque de qualité Terravin, lancée en 1963, se signale sur les bouteilles par un macaron, les «Lauriers d’or». Tout au long de l’année, plus de mille échantillons, tirés à la cuve chez le producteur et après mise en bouteille, sont dégustés à l’aveugle. Trois douzaines de dégustateurs, du monde du vin (production, négoce, sommeliers, journalistes) sont mobilisés en une soixantaine de séances. Depuis quelques années, une notation sommaire a été remplacée par une fiche de dégustation d’une vingtaine de critères, dont certains sont éliminatoires. Un travail de fond a été fait pour décrire les vins jugés : la démarche est unique en Suisse.
La pointe de l’iceberg
Mais si près de deux millions de vignettes sont apposées sur des bouteilles, la «visibilité» de Terravin passe par d’autres canaux. D’une part, l’argent versé pour la dégustation par les producteurs est investi dans des campagnes de publicité, en Suisse alémanique — où plus des deux tiers des vins vaudois sont bus ! —, d’autre part, par des «événements». Ainsi, ces «Lauriers de platine». La joute finale s’est déroulée à Crissier, chez le chef de cuisine triplement étoilé Philippe Rochat, parrain du concours.
Sur près de six cents cuvées de chasselas 2008 jugées sur l’année 2009, les dégustateurs ont gardé les plus remarquables. Un quatuor (les chefs de jury, les vignerons Bernard Bovy et Marco Grognuz, l’œnologue de Schenk, Alain Gruaz, et le président de Terravin, le vigneron Pierre Monachon) a redégusté, début novembre, près d’une quarantaine de vins. Et en a sélectionné seize pour la finale des «Lauriers de platine». Celle-ci, le 26 novembre, a réuni une trentaine de dégustateurs.
Le seul vin du Chablais s’impose
Selon le système de la défunte Coupe Chasselas, le jury a éliminé huit, puis quatre vins, pour se retrouver face à quatre verres. Si onze vins de Lavaux étaient au départ, dont cinq Dézaleys et trois Saint-Saphorin, contre quatre La Côte et un seul du Chablais, la finale réunissait un Féchy, Délices de Pierrot, de Pierre-Louis Molliex, un Dézaley, Côtes des Abbayes, de Jean-Luc Blondel, un Villlette, Bouton d’Or, de l’Union vinicole de Cully, et un Yvorne, Chant des Resses, de l’AVY. Le quarté gagnant s’est classé dans l’ordre inverse et c’est l’Yvorne, seul du Chablais, qui s’est imposé.
Une victoire symbolique
Cette victoire est en elle-même tout un symbole. D’abord, elle consacre un vin d’Yvorne, là où feu Robert Isoz et quelques amis vignerons, fonda le label Terravin en 1963. Ensuite, elle rend hommage aux 125 sociétaires-vignerons d’une coopérative qui vient de traverser des turbulences. Enfin, elle salue le redressement de l’association, grâce aux conseils avisés de Philippe Corthay. Celui-ci, 28 ans au service d’Uvavins à Tolochenaz, puis éphémère professeur à la Haute école de Changins, est désormais établi, entre Vaud et Valais, comme œnologue-conseil «volant». L’AVY est un de ses gros clients.
«En 2004, aucun des vins de l’AVY ne parvenait à décrocher le label Terravin», explique Philippe Corthay. Les vignerons d’Yvorne se sont alors rendu compte qu’il fallait changer les paramètres de production : «Ils ont mis en place une stratégie, de la vigne à la cave. Les vignes sont visitées régulièrement, les rendements ont été abaissés et le raisin est cueilli à maturité phénolique, après dégustation des baies. En cave, on travaille les moûts et les vins par micro-oxygénation, en cuves inox. On travaille les lies et on les incorpore à nouveau au vin pour l’élevage en cuve.» L’an passé, le Chant des Resses, fer de lance de la coopérative, avec 100’000 bouteilles vendues 16 fr., aux privés et à la restauration, uniquement, était déjà en finale des «Lauriers de platine».
A noter que le Saint-Saphorin «Les Blassinges», de Pierre-Luc Leyvraz, victorieux en 2008, était à nouveau parmi les finalistes cette année. Et, comme dans la Coupe Chasselas, aucun Dézaley n’a encore réussi à remporter le titre suprême dans une dégustation, cantonale ou nationale : cette année, le plus brillant s’est classé troisième. L’an prochain, Terravin, qui distingue tous les vins vaudois et non seulement le chasselas, envisage d’étendre cette finale à d’autres cépages blancs ou à des rouges.

Eclairage
Le chasselas revient à table

Cette année, l’événement s’ouvrait largement aux journalistes alémaniques. Andreas Keller relève: «Qu’est-ce qu’un bon chasselas ? On ne peut pas répondre. La dégustation d’un cépage si subtil est très difficile et le goût du dégustateur prime. Cette finale me paraît représentative des vins vaudois et j’ai bien noté les vins structurés.» Rudolf Trefzer ajoute : «Il faut sortir le chasselas des vins d’apéritif et l’amener sur les tables des grands chefs, pour accompagner des poissons et des viandes blanches. C’est un cépage intéressant, sur lequel on peut travailler. Les vins avec du carbonique sont passés de mode… J’ai l’impression que les Vaudois font de réels efforts qualitatifs depuis une dizaine d’années.»
Rédacteur en chef de PME Magazine (groupe SHZ-Axel Springer), Olivier Toublan, en néophyte, remarque aussi : «Le chasselas reste un vin à découvrir ! Il vieillit bien, contrairement à sa réputation, mais on peut comprendre que, pour les vignerons, il est plus facile économiquement de le vendre tout de suite. Il faudrait une volonté de prolonger son élevage. Le chasselas mérite l’attention : si on ne le consomme qu’à l’apéro, il n’obtiendra jamais cette considération.»
Et le label Terravin est-il utile ? «La certification autofinancée est un excellent moyen. Mais beaucoup de vins reçoivent le label (réd. : 50% des vins présentés, mais moins de 10% de tous les vins vaudois mis sur le marché). Peut-être qu’il faudrait hiérarchiser les distinctions, avec de l’or, de l’argent et du bronze. Et surtout faire plus de publicité. Car, selon moi, Terravin est encore quasiment inconnu !», répond Olivier Toublan. Précisément, placé à table à côté du conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud, le président Pierre Monachon a pu faire du lobbying actif : Terravin convoite une part d’un ancien fonds pour la reconstitution du vignoble après le phylloxéra, noyé dans les profondeurs des comptes du canton de Vaud. Cette manne de quelque 200’000 francs sera consacrée à une campagne de publicité en Suisse alémanique.

Paru dans le Journal viticole suisse, numéro de janvier 2010 (décembre 2009).