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Posté le 31 décembre 2009 dans Tendance

Une Académie pour des vins «éthiques»

Une Académie pour des vins «éthiques»






Pour une éthique du vin





Oui, l’Académie du vin existe !

Depuis bientôt 40 ans, l’Académie internationale du vin siège à Genève, chaque fin d’année. Pour la première fois, elle est sortie non pas du palace qui l’accueille (tantôt l’ex-Hôtel du Rhône, tantôt l’Intercontinental), mais de sa réserve.
Par Pierre Thomas
Avec 112 membres, tous cooptés et, condition sine qua non, acceptés à l’unanimité de la délégation du pays qu’ils représentent, l’AIV avait tout, jusqu’ici, de la société secrète. Pour la première fois, elle a organisé une dégustation semi-publique, à l’Hôtel Intercontinental, à Genève. Les 54 producteurs qui l’ont rejointe présentaient chacun trois vins, à des journalistes internationaux, à des sommeliers romands et à des membres du Club DIVO, commerce émargeant aujourd’hui au groupe Fenaco, mais qui fut fondé, comme l’AIV, par le journaliste genevois Constant Bourquin. Et l’AIV pourrait reprendre le slogan qui sert d’acronyme au négoce DIVO : «Défense et illustration des vins d’origine».
Non aux levures industrielles
Propriétaire du Château Beaucastel, un des meilleurs Châteauneufs-du-Pape, et chancelier de l’académie, Jean-Pierre Perrin se défend que l’aréopage soit une secte. Et encore moins distille des interdits sectaires… Ainsi, dans la foulée de Claude Bourguignon, un de ses membres, apôtre français du terroir et du sous-sol vivant, Jean-Pierre Perrin milite pour des vins élaborés avec des levures endogènes, et non industrielles : «Ce qui fait le terroir, ce sont les microorganismes et les ferments !» Pas question, toutefois, de se lancer dans une croisade où tous les membres de l’Académie s’engageraient à ne produire que des vins sans levures industrielles… Avec philosophie, un des quatre vice-présidents, Bruno Prats, ex-propriétaire du Château Cos-d’Estournel, (photo P. Thomas) et désormais œnologue au Chili, en Afrique du Sud, au Portugal et en Espagne, glisse : «Tout académie est une veille dame et bousculer les vieilles dames est dangereux».
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Pour Jean-Pierre Perrin, en défendant d’emblée, dès 1971, la notion de «vin naturel», puis de «vin noble», l’académie a eu raison avant tout le monde : «Il y a dix ans, personne ne pouvait écouter le discours d’aujourd’hui !» Dans l’esprit de ce cercle vertueux, la viticulture artisanale centrée sur l’expression du terroir s’oppose à la viticulture industrielle, produisant des vins de marque standardisés.
Corporatisme et sigle en vue
Encourageant le «corporatisme», l’AIV envisage de lancer, pour les vins de ses membres, un sigle distinctif, signalant au consommateur les principes d’éthique qui sont à leur origine. Et si les Français (34 membres), les Espagnols (14), les Suisses (14) et les Italiens (12) sont encore largement majoritaires, l’Académie vient de changer de président : au distingué Turinois Franco Martinetti, qui se présente comme «un gentleman d’un autre temps», succède Mariano Fernandez Amunategui, «amateur éclairé des vins du monde» et ministre des affaires étrangères du Chili.
«Pour nous, la notion de terroir est mondiale et n’a jamais été confinée au Vieux-Continent», insiste le chancelier. Quant au nouveau président, il entend mener un combat pour propager le vin, «en concurrence avec toutes les autres boissons», sur les nouveaux marchés. «Il faut aller à la rencontre des Chinois, des Indiens, des Brésiliens et des Mexicains et éviter la lutte entre les producteurs de vins.» Et Jean-Pierre Perrin de conclure : «Il est plus facile d’intéresser les nouveaux consommateurs avec un discours sur le terroir, en présentant le vin comme une boisson culturelle, plutôt qu’un produit standardisé.»
www.academievin.com

Paru dans le numéro de janvier 2010 du Journal vinicole suisse (décembre 2009).