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Posté le 5 février 2006 dans Vins suisses

Vaud — Les conseils (gratuits) de la BCV aux vignerons

Vaud — Les conseils (gratuits) de la BCV aux vignerons

Avenir du vignoble vaudois
Les leçons (gratuites) de la BCV

La Banque Cantonale Vaudoise (BCV) vient de publier une étude sur «le marché vitivinicole vaudois». Les vignerons n’ont guère goûté la leçon. Aux dernières nouvelles, la section de La Côte a demandé au comité de la Fédération vaudoise des vignerons de réagir publiquement à ce document, que certains ont pris pour une insulte à leur profession.
Trois fois par mois, la direction générale de la BCV siège, au milieu des vignes et face au Léman, au Château de Montagny sur Villette, luxueusement rénové en 1999. C’est là qu’«apparatchiks» vitivinicoles et journalistes se sont retrouvés la semaine passée pour prendre connaissance d’une étude économique sur le milieu du vin. Un bilan, mais sans perspective… Certes, sur 40 pages, l’étude aligne les chiffres. Mais aucun n’est tiré de la BCV, qui gère quelque 400 dossiers dans le secteur, dont une quarantaine — en diminution — sont jugés «délicats». Ces dossiers représentent 3,1% de la totalité des crédits de la banque aux entreprises vaudoises, à mettre en parallèle avec le (modeste) volume économique généré par ce secteur, estimé à 400 millions de francs par an, soit un seul petit pour-cent du revenu cantonal.
Le chasselas, mal aimé des banquiers
Si l’étude brosse l’état des lieux de la production et de la consommation, elle ne dit rien de la vente. Entre 50 et 75% des vins trouvent preneurs via la grande distribution, où la raréfaction des acteurs entraîne une forte pression sur les prix. Les chiffres officiels de Berne montrent que l’écart entre la consommation des vins valaisans et vaudois se creuse. Il était de 10 millions de litres, au bénéfice des Valaisans, en 1996, et est passé à 13 millions de litres sur trois ans, de 2002 à 2004. On ne connaît pas les chiffres 2005, qui ne seront publiés qu’en mars. Sans doute, cet écart croissant est-il dû à la part prépondérante du rouge et au succès des «spécialités valaisannes». Le Pays de Vaud, lui, est resté fidèle au chasselas. La BCV le déplore, tout en constatant prudemment qu’une diversification d’encépagement «ne devrait pas se faire sans une réflexion économique préalable». Si c'est l'«Observatoire de l'économie vaudoise», autoproclamé par la BCV, qui l'écrit, c'est du sérieux… Hélas, la langue de bois est aux banquiers ce que la barrique de chêne est aux vignerons: un lieu commun.
Pas de statistiques sur les clients
La banque indique quelques autres pistes aux vignerons : arracher des vignes et «dézoner» en faveur de l’habitat ; augmenter la synergie avec les milieux touristiques ; regrouper les acteurs de la filière. Et, phrase-clé : «Le secteur de la vitiviniculture vaudoise doit pouvoir assainir seul sa situation financière problématique.» Le responsable des crédits aux PME, Eric Schneider, a précisé qu’il s’agit «d’un domaine qui a plus de difficultés que d’autres». Sans trahir le secret des affaires, la BCV aurait pu résumer la situation des 400 clients vitivinicoles : sont-ils surendettés et pour quelles raisons? Elle ne l’a pas fait.
Président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois, Gilles Cornut, ne cachait pas, à l’heure de l’apéritif, l’agacement des vignerons pour ces leçons données par les banquiers. La BCV devrait passer à la moulinette d’autres secteurs économiques. Mais elle ne précise pas quel sera le prochain bénéficiaire de ses conseils gratuits.
Article paru dans Hotel + Tourismus Revue du 9 février 2006.