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Posted on 20 juin 2026 in Vins italiens

Garda DOC: L’Italie tient son (premier) crémant

Garda DOC: L’Italie tient son (premier) crémant

On sait les Italiens grands producteurs de vins «spumante». Avec le succès mondial à l’export du prosecco (plus de 650 millions de flacons, record absolu en 2025), en cuve close (méthode Martinotti dite aussi Charmat). Et aussi en «méthode traditionnelle» dans le Nord de l’Italie, au pied des Alpes, que ce soit en Alta Langa (Piémont), en Franciacorta et Oltrepo Pavese (Lombardie) ou en Trentodoc (Alto Adige). Certaines de ces dénominations pourraient revendiquer l’étiquette de crémant. Aucune ne le fait : dès l’an prochain, avec des vins sur lattes du millésime 2025, la DOC Garda mettra sur le marché ses crémants. Les premiers de la Botte.

Lac de Garde, Pierre Thomas

Selon une disposition européenne, le crémant doit respecter quatre exigences : la vendange manuelle, la limitation de rendement du raisin au pressurage, la prise de mousse en méthode traditionnelle et neuf mois sur lattes au moins. En outre, il ne peut y avoir de crémant que si cet effervescent provient d’une appellation délimitée. Ainsi les crémants de Bourgogne, d’Alsace, du Jura, de la Loire ou du Luxembourg.

Des blancs décomplexés

Qui connaît l’appellation Garda DOC? Elle est récente, puisqu’elle date de 1996 et couvre 2300 hectares. En 2025, elle a produit un peu plus de 23 millions de bouteilles, à 89% de vins blancs divers. Et quand on considère son périmètre, on voit que cette dénomination d’origine contrôlée se superpose à plusieurs plus connues, en blanc (Lugana, Custoza, Soave) comme en rouge (du rosé foncé de Bardolino aux plus profonds vins rouges de la Valpolicella, comme l’amarone). Souvent, les acteurs produisent à tous les échelons de cette vaste région, qui va des rives lombardes du lac de Garde à la Vénétie, à l’est de Vérone, en passant par les collines au nord de Mantoue. Décomplexée, Garda propose autant des vins blancs génériques, qu’avec la mention du cépage accolée à la Doc (pinot gris, pinot blanc, chardonnay), et des cépages locaux (comme le garganega), des «spumante» enfin, en cuve close comme en «méthode traditionnelle».

Pourquoi revendiquer une appellation Garda Crémant ? C’est l’aboutissement de la longue carrière d’un «spumantiste» reconnu d’Italie, Carlo Alberto Panont, le directeur technique du consortium. Il fut au service de Franciacorta, qui l’envoya à Reims, au CIVC, se former durant plusieurs mois. A son époque, Franciacorta développa sa version «Satèn». Elle correspond à un crémant, jusqu’à en imiter le nom. Car que signifie «saten» ? C’est quasiment une ode au tube des Moody Blues (Nights in white satin, 1967), puisque ça n’est rien d’autre que «satin», l’équivalent du velouté et de la légèreté qu’exprime le mot «crémant» en français. Puis l’œnologue s’est mis au service de l’Oltrepo Pavese, avec un cadre législatif qui permettrait aux mousseux à base de pinot noir de revendiquer la mention «crémant», ce que la région ne fait pas… Garda DOC ne se défilera pas et sera donc le premier en Italie !

Aujourd’hui, les mousseux, de loin pas tous en méthode traditionnelle, ne représentent que 3 des 23 millions de bouteilles produites en Garda DOC. Et si le garganega donne de belles expressions en bulles, les producteurs préfèrent souvent les trois cépages français traditionnels, pinot noir, pinot blanc, chardonnay et un temps passé sur lattes bien plus long que les 9 mois minimum du crémant. En dégustation à la volée, j’ai apprécié le rosé «Pas dosé» (en français sur l’étiquette…) de Bulgarini (à base de pinot noir, 40 mois sur lattes), comme le Bottinus «pas dosé» (encore) de Bottenago (chardonnay, pinot blanc, pinot noir, 36 mois sur lattes) et le Dona Caterina de Pratello (chardonnay, 36 mois sur lattes). Tous les trois sont affichés à un prix de vente de 22 euros sur Internet !

Vino-vino, prends Garde !

Avec son cépage local garganega (qui est aussi celui du Soave…), la Garda DOC, tout juste trentenaire, ambitionne de conquérir les jeunes avec des vins blancs plus légers, moins alcoolisés, à boire rapidement «qui correspondent au marché», explique le président Paolo Fiorini (en photo ci-dessus). Cet œnologue de Soave a conduit les études poussées autour du cépage pour revendiquer (et obtenir !) auprès du ministère italien compétent de pouvoir produire un vin blanc à 9% d’alcool, dès le millésime 2025. «Le garganega s’y prête sans avoir recours à la désalcoolisation. Il possède une production abondante et constante. Ses grappes sont longues et lâches et obligent à la cueillette manuelle. On a pu démontrer qu’on peut vendanger au début septembre des raisins à 8,5% de potentiel alcoolique. L’abaissement du taux d’alcool a même un effet positif sur la perception aromatique du vin, en le rendant plus floral et plus frais», explique M. Fiorini.

Gros producteur italien, la coopérative de Soave fait déguster un Cadis 1898 affichant fièrement ses 9% d’alcool : le nez est agréable, l’acidité vive en attaque, mais avec peu de complexité et une légère impression de douceur, apportée sans doute par le pinot gris, plutôt que par la base de garganega. Domaine d’amarone bien fait à prix contenu (du moins en Suisse, gros acheteur de ce rouge riche et souple), Montezovo a combiné, dans son Morenella, le garganega du nord du lac de Garde avec du chardonnay cultivé à 900 m. d’altitude : le résultat, affichant 9,5%, est réussi, avec de belles notes de citron et de fleurs blanches. D’un autre producteur réputé d’amarone, Santa Sofia, j’ai apprécié le Croara, qui arbore un gros 11% écrit en rouge sur l’étiquette, un assemblage de blancs, à base de turbiana de Lugana et d’un peu de sauvignon, bien fait, assez puissant et complexe en arômes, avec une pointe d’amertume finale agréable. Ces vins étaient, comme il se doit, du dernier millésime, le 2025…

Et pour le reste, je vous fais grâce de la casuistique autour des NoLos, objet d’un colloque dans la charmante bourgade de Lazize qui s’ouvre sur le plus grand lac d’Italie : un professeur d’université a même parlé de «vino-vino» pour caractériser un vin sans manipulation… Si, si : demain le «vino» tout court aura besoin d’une précision supplémentaire pour éviter tout malentendu!

Pierre Thomas

©thomasvino.ch