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Posted on 7 août 2026 in Actualités, Tendance

Vins suisses VS importations : poker menteur au carnotzet

Vins suisses VS importations : poker menteur au carnotzet

La question qui agite le flacon, en cet été caniculaire qui pourrait voir des vendanges à fin août, et même plus tôt qu’en 2003, c’est de savoir comment la politique suisse va (tenter de…) résoudre la crise viticole.

Par Pierre Thomas

Deux trains de mesures sont lancés. Le premier, c’est l’arrachage des vignes, encouragé par Berne et relayé par certains cantons viticoles. Le deuxième, c’est le coup de pied que le département de l’ex-viticulteur Guy Parmelin voudrait donner dans la fourmilière des importations de vins. A défaut de pouvoir renégocier le contingent d’importation à tarif douanier réduit, Berne envisage de le distribuer différemment.

Actuellement, la règle du «premier arrivé, premier servi» prévaut : comme le contingent n’est pas atteint, tous les importateurs, grands et petits, peuvent en bénéficier dans la mesure de leurs besoins annuels. La proposition mise en consultation par Berne veut, comme pour d’autres produits agricoles dont la viande, subordonner l’importation (de vins étrangers) à la production (de raisin) suisse. Les «producteurs» pourraient toutefois «vendre» leur part de contingent à d’autres.

Une foire d’empoigne

L’Association du commerce des vins (ACV) s’oppose à ce nouveau système, contraire à la liberté du commerce — elle est prête à l’attaquer devant les tribunaux. Elle contre-propose la création d’un fonds suisse pour le marché du vin, quelle que soit sa provenance. «Il s’agirait de financer ensemble des campagnes d’image, des formations ou la promotion des exportations. Nous sommes en discussion à ce sujet avec les associations de producteurs et la Confédération», expliquait fin juin la vice-présidente de l’ACV, la négociante Corinne Fischer, au site Watson.

Tout cela paraît bien fédéralement raisonnable, quand la crise de la consommation touche tous les vins. Selon les statistiques, en 2025, les vins suisses se sont même un peu mieux bus que les vins étrangers. Mais ne gravitent qu’autour de 38% de la consommation, record mondial de faible couverture pour un pays producteur. Toutefois, on imagine déjà la foire d’empoigne autour de la table d’attribution des fonds fédéraux. Chez Watson, Mme Fischer a, du reste, allumé la mèche : la consommation a baissé, alors que la taille du vignoble suisse n’a pas diminué ces 30 dernières années…

Mille hectares à quotas variables

Au fait, il est trop vaste de combien d’hectares, ce vignoble ? Le président de la Fédération vigneronne vaudoise (FVV), François Montet, dans Le Guillon, lâche le chiffre de mille hectares (6,5% de la surface viticole suisse).

Pour ce routinier des hauts de Montreux, qui est à la fois petit propriétaire de vignes (2 ha), et en cultive six fois plus, comme vigneron-encaveur, locataire, coopérateur et tâcheron, soit l’ensemble des statuts de «viticulteur» (un tour de force impossible ailleurs qu’en Suisse !), «il faut arrêter de rêver à la reprise de la demande et commencer à maîtriser l’offre.» On entendait ça en Valais il y a un quart de siècle déjà et cela fait trente-cinq ans que j’écris qu’il «faut boire moins, mais mieux».

Une fois ces mille hectares arrachés, s’il fallait remettre du vin suisse sur le marché, eh bien, «il suffit de remonter les quotas, que nous n’atteignons de toute façon plus depuis très longtemps. Cela permettra aussi d’augmenter la rentabilité au mètre carré, ce qui ne pourra que bénéficier à la pérennité de la profession.»

Finaud, le double discours : on arrache pour produire plus !

C’est kikadi ?

Dans le vignoble vaudois, pour l’arrachage, la partie de poker menteur se joue au carnotzet de la politique. Démonstration avec deux citations.

La première : « Aujourd’hui, la Confédération verse des aides pour l’arrachage de vignes, et le canton de Vaud a lui aussi doublé ses subventions. Je crains que le territoire ne finisse par devenir un patchwork: quelques parcelles de vignes, des friches ici et là, de nouvelles cultures. Or, la viticulture est essentielle au tourisme et façonne notre paysage.»

La seconde lui fait écho : «Nous aurions voulu que l’Etat définisse des zones où l’arrachage était possible et un «cœur de vignoble» protégé. Cela n’a pas été le cas, entre autres en raison de la difficulté à s’entendre sur le périmètre de ces «meilleurs terroirs».

Molle ministre et faible président

L’autrice de la première citation (traduite de l’allemand dans 24 heures du 6 août) la conseillère d’Etat Valérie Dittli, répond au commentateur de la seconde, François Montet (toujours dans Le Guillon).

De qui se moque-t-on ? D’un côté, une ministre qui s’est attirée les bonnes grâces des viticulteurs en leur octroyant un généreux plan de relance-arrosoir, qui va de l’arrachage à la promotion, soit une brassées de carottes sans utiliser le bâton d’une restructuration des appellations d’origine contrôlées (AOC). Et le président viticulteur-bon-à tout-faire incapable d’inciter ses troupes à empoigner ce dossier depuis vingt ans. A quoi bon, puisque le pognon du canton est arrivé avant toute exigence ! Voilà les deux personnages la tête dans le mur…

Pourtant, des millions ont été consacrés il y a une vingtaine d’années à une étude des terroirs (dans toute la Suisse romande), avec des caractéristiques techniques précises des sols et des micro-climats. Tout ce qui est nécessaire pour définir des zones où la vigne a le plus de chance de donner des vins de qualité, moyennant l’adéquation sol-cépage.

Rien n’a été fait dans le canton de Vaud où tout le vignoble reste classé AOC… Résultat : une ministre larmoyante et un président qui s’en remet à l’Etat (alors que l’interprofession des vins devrait fonctionner en autonomie avec le soutien du bailleur de fonds). Quel beau paysage politico-viticole on a là…

A ce stade du débat, remarquons que les fonctionnaires fédéraux de l’ex-viticulteur Parmelin ont poussé le bouchon un peu loin, tant pour l’arrachage des vignes que pour la gestion du contingent d’importation (où ils devront mettre de l’eau dans leur piquette…). Au pire, ce sera «essayé, pas pu».

Pierre Thomas

©thomasvino.ch, 07.08.2026