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Posté le 26 février 2009 dans Tendance

Vins du Valais: faire meilleur pour vendre plus cher

Vins du Valais: faire meilleur pour vendre plus cher

Vins suisses
Faire du meilleur vin
pour le vendre plus cher

Les deux plus grands cantons viticoles suisses sont à la croisée des chemins. Tandis que les Vaudois ont déposé leur projet d’AOC revues et corrigées, les Valaisans planchent sur «l’horizon 2015». Avec des évidences communes. Analyse.
Par Pierre Thomas
Positionner les vins valaisans en les tirant vers le haut de gamme, pour mieux rétribuer les viticulteurs, dont le revenu est insuffisant. C’est l’équation posée par le professeur Bernard Catry, des HEC de l’Uni de Lausanne, dans un rapport rendu public par le conseiller d’Etat Jean-Michel Cina, à Sion, il y a dix jours. Le magistrat, en quête de réélection, y va même d’un slogan enthousiaste : «Le vin doit devenir un produit touristique fort et pleinement intégré à la promotion valaisanne globale».
Durcir la législation
Dans le plus grand canton viticole suisse (5.114 hectares), le vignoble s’impose au paysage. Le Valais est aussi le canton où le secteur primaire (agriculture) pèse deux fois plus lourd qu’en moyenne suisse (10% contre 5% du produit intérieur brut, PIB) et la viticulture en est la principale branche, avec un apport de 40%.
Pour le professeur Catry, relever de 1 franc le prix moyen d’un flacon de vin valaisan générerait 10% de chiffre d’affaires en plus (40 millions de francs sur 400 millions) et apporterait 60 centimes de plus par kilo de raisin au viticulteur. Comment y arriver? Sur le marché des vins suisses «où la percée commerciale des uns correspond au recul des autres», deux axes possibles. Ou bien s’attaquer frontalement aux vins étrangers de base, avec des prix publics plus compétitifs. Ou bien se différencier des autres vins suisses, quitte à se confronter aux autres cantons, «en gardant des prix élevés, mais justifiés par une qualité viticole appréciable». C’était déjà le but d’une législation valaisanne sévère, mise en échec politique cette législature.
Coop et Denner au coude à coude
Quoique fasse le Valais, en misant sur ses cépages phares (petite arvine, cornalin, humagne), deux facteurs menacent la filière des vins suisses : «la concentration de la grande distribution et les vins nouveaux entrant dans le secteur». Dans le nouvel organe de l’Association suisse du commerce du vin, «Wine & Spirits», dont le premier numéro vient de paraître, l’ex-rédacteur en chef du «Journal vinicole suisse», Othmar Stäheli, donne les chiffres des importations de vins. En rouge, elles ont baissé. Mais Coop qui importait deux fois plus de vins que Denner en 2003 se voit rattraper par ce dernier, contrôlé par Migros (28 mios de litres, contre 26 mios), soit 43% des importations en direct à eux deux. En blanc, les mêmes sont en tête, avec 5 mios de litres contre 3,8 mios, soit 30% à eux deux. A noter que l’importation de blanc n’a progressé que de 300'000 litres, par rapport à 2007. Mais il y a deux ans, elle avait bondi de 20% par rapport à 2006, notamment parce que la récolte de blanc en Suisse avait été faible.
Comment revaloriser le vin vaudois?
Ces perspectives valaisannes devraient être lues par les Vaudois (3830 ha de vignes). Certains acteurs locaux reprochent l’absence de vision économique pour étayer le redécoupage des appellations d’origine contrôlée (AOC). Une chose paraît claire : chaque litre de fendant non vendu (à vil prix…) par les Valaisans fait le jeu du chasselas (deux tiers du vin vaudois). Mais le vin blanc vaudois peut-il revendiquer d’être classé «dans la catégorie des plus de 15 fr.», celle où blancs et rouges progressent le plus en Suisse, selon Bernard Catry ? A voir le Féchy à 7,95 fr. mis en vente par Denner à mi-février 2009, la réponse est non !
La revalorisation du vin vaudois est pourtant un des enjeux de la mise en place des AOC. La semaine passée, le groupe de travail, formé du comité de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois, complété de deux commis de l’administration, a remis son rapport au conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud. A charge de son département d’organiser une première consultation auprès des milieux concernés, puis, après prise en compte des réactions, auprès d’un public plus large, pendant 30 jours.
Procès ou carnotzet?
Le nouveau règlement vaudois devrait être sous toit avant juin. Mais il pourra être contesté par voie juridique au Tribunal administratif, puis au Tribunal fédéral. Le magazine «Bourgogne Aujourd’hui», dans son édition de février-mars, rappelle qu’en Bourgogne, royaume des AOC, 187 procès ont occupé la justice entre 1920 et 1940. Et il a fallu dix ans de disputes judiciaires pour définir la région australienne du Coonawarra, où les plus libéraux l’ont emporté. On verra si le légendaire bon sens vaudois noiera ses divergences dans les carnotzets.

Eclairage
Genève: pas touche à l’AOC

Le Conseil d’Etat genevois s’est fait rabrouer par le Tribunal fédéral, dans l’affaire des vignes cultivées par des Genevois dans la zone frontalière française, a rapporté le quotidien Le Temps. Ces «zones franches» remontaient au Congrès de Vienne (1815). Elle n’ont pas survécu à la mise aux normes européennes du droit suisse. A moins d’adapter l’accord bilatéral entre la Suisse et la Communauté Européenne, reconnaissait l’Etat de Genève en juin 2008, ces 140 hectares de vignes (10% du vignoble cantonal) ne peuvent être ni français (à moins d’en vinifier les raisins sur territoire français dans une catégorie ad hoc), ni suisses (puisque le droit de coupage de vin suisse avec du vin étranger est devenu caduc). Néanmoins, le Conseil d’Etat proposait de prolonger jusqu’au 31 décembre 2009 une «disposition transitoire» accordant l’AOC Genève aux vins issus de vignes en zone frontalière. Le Tribunal fédéral ne l’a pas admis.

Paru dans Hôtel Revue du 19 février 2009.