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Posted on 26 juillet 2010 in Vins espagnols

Grandes Pagos, une amicale de l’excellence

Grandes Pagos, une amicale de l’excellence

Grandes Pagos d’Espana à Lausanne

Une amicale de l’excellence

Troisième pays d’importation de vins en Suisse, derrière l’Italie mais au coude à coude avec la France, l’Espagne s’est développée à l’égal d’un pays du Nouveau Monde, ces vingt dernières années. En témoigne l’association Grandes Pagos d’Espana qui a fait halte pour la première fois en Suisse à Lausanne, début mai, sous l’égide de l’ambassade hispanique.
Par Pierre Thomas
Ces dernières années, l’importation des vins espagnols en Suisse a beaucoup progressé. Certes, pour 2009, l’Italie caracole toujours en tête avec 70 millions de litres (37% des importations), devant la France, 43,4 mios de litres (22,75%) et l’Espagne, 37,8 mios de litres (19,8%). Désormais, l’Espagne dépasse la France pour les vins blancs (6,5 mios de litres, contre 5,6) et pour les vins expédiés en bouteilles (19 mios de litres, contre 15 mios).
Un patchwork de 22 pagos
Pour l’Espagne, la Suisse représente le quatrième marché d’exportation, derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne, mais avec une valeur moyenne plus élevée. A l’ambassade espagnole de Berne, on juge donc le marché suisse «extraordinairement important». Les indices suisses — baisse du vin en vrac, montée du blanc et valeur en progression — montrent que l’Espagne vitivinicole s’est profondément transformée, ces vingt dernières années.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’association Grandes Pagos d’Espana. Du centre de l’Espagne, cette amicale – qui dispose d’un secrétariat à Madrid et bénéficie d’une aide de l’Union européenne pour organiser des dégustations — est née sous l’impulsion de Carlos Falco, qui reste, à 73 ans, un des grands de l’Espagne vitivinicole. Son nom est indissociable du titre de Marquis de Grinon. Petit à petit, le cercle des domaines (pagos) s’est élargi, aujourd’hui à vingt-deux. Tous les grands noms n’y sont pas : on cherche en vain les Alvaro Palacio, René Barbier, Miguel Torrès, Alejandro Fernandèz ou Telmo Rodriguez. Il n’en reste pas moins que cette aristocratie constituée par cooptation montre un patchwork de quelques uns des meilleurs vins espagnols (voir la dégustation ci-dessous).
Des vins trop modernes ?
Si l’Espagne compte 70 dénominations d’origine (DO), dont deux supérieures (DOCa pour calificada), la Rioja et le Priorat, la notion de cru (pagos) a fait son apparition dans la législation en 2002, comme celle d’appellation d’origine restreinte, tel le Dominio de Valdepusa, monopole du marquis de Grinon, de telle sorte que l’offre des vins espagnols est construite en pyramide. Une hiérarchie qui se retrouve dans les prix : la plupart des rouges présentés oscillaient entre 35 francs la bouteille et plus de 120 francs (Mas Doix et Aalto PS). «Ce sont des vins très chers. Et ils sont souvent trop surmûris, trop boisés, trop modernes, avec une finale sur la sucrosité. Il y a là un manque d’authenticité, pour plaire à Robert Parker. Mais l’Espagne n’a pas besoin de l’Américain pour exister !», juge sèchement le sommelier Jean-Marc Guelpa, au service du Caveau de Bacchus, à Genève.
Lors de la dégustation de Lausanne, ces critiques ont été largement discutées. «On a caricaturé Michel Rolland et Robert Parker. Le premier croit aux raisins mûrs et aux terroirs : on a de la chance, en Espagne, d’avoir des raisins mûrs et des pagos ! Les vins de Châteauneuf-du-Pape sont peut-être taillés pour plaire au critique américain, mais pas les espagnols», botte en touche Carlos Falco. «On ne va pas faire des vins artificiellement légers dans des domaines où on produit des vins naturellement puissants. Et ça n’est pas parce que le goût de l’Europe du Nord s’impose à nouveau que mes vins peuvent ressembler à des bourgognes ou des chinons. Ce serait aussi faux que lorsque cette même Europe du Nord essayait d’imiter les vins du Sud», renchérit Victor de la Serna. Mais les vins rouges espagnols, titrant tous 14% et davantage, ne sont-il pas trop riches ? «Il faut partager une bouteille à trois et non à deux, voilà tout. On ne va tout de même pas mettre de l’eau dans nos vins pour faire du 13% artificiel.», dit-il, tout en admettant qu’«au 21ème siècle, on va devoir oublier la technologie, car son excès gomme le terroir.»
Le retour des cépages autochtones
Après la vague des cépages internationaux, dont Carlos Falco s’était fait le fer de lance dans les années 1970, avec la Syrah, le Petit Verdot et aussi le Cabernet-Sauvignon en Castille, les variétés locales connaissent une véritable «résurrection», comme le Mencia, le Monastrel, le Bobal, le Graciano ou la Maturana Tinta dans la Rioja, en plus des omniprésents Tempranillo ou Grenache. «Lors de la dégustation des Priorat 2007, pour El Mundo, le premier classé est un 100% Carignan du Sud-Africain Eben Sadie, de Dits del Terra. En Espagne, plusieurs Pagos, sont des domaines entièrement plantés ou replantés. Comme dans le Nouveau Monde, ils ont été un exercice de création», explique Victor de la Serna. «Si nous irriguons au goutte-à-goutte, une technique que j’avais observée en Israël, c’est pour éviter le blocage de la maturation en été. On irrigue dans un but de faire de la qualité, pas du rendement», explique Carlos Falco. Et de conclure, «l’Espagne est un petit continent, influencé par l’Atlantique et la Méditerranée, le plateau continental et les Pyrénées, avec des vignobles le plus souvent étagés de 500 à 1’000 m. d’altitude. Chez nous, les vins de domaines ont du sens : ils expriment la personnalité, la complexité et l’individualité.»
                   
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Quatre questions à Victor de la Serna

(à g. sur la photo, avec l’ambassadeur d’Espagne en Suisse et Carlos Falco, Marquis de Grinon)
Le journaliste Victor de la Serna, directeur adjoint du journal El Mundo, a vécu sa jeunesse à Genève et à New York. Membre de l’Académie internationale du vin (qui a son siège à Genève), il a fondé un domaine, la Finca Sandoval, il y a une douzaine d’années, dans la DO Manchuela, entre Madrid et Valence.
Quelle est la taille critique d’un groupe comme le vôtre ?
Nous sommes tous des amis et nous nous rencontrons, tous ensemble. Si nous étions beaucoup plus, cela ne serait plus possible. Je pense que nous ne devrions pas être plus de 30, alors que nous sommes 22 actuellement.
Comment choisissez-vous les nouveaux membres ?
Nous ne voulons pas plus de un ou deux domaines par région. Voilà pourquoi il n’y en a qu’un du Priorat. Nous désirions un producteur de Cava, mais nous en avons accepté deux que nous ne pouvions départager. La taille du domaine ne doit pas être de plus de 100 hectares. Nous avons deux niveaux de cotisation annuelle, l’un pour les moins, l’autre pour les plus de 100’000 bouteilles. Nous avons aussi accepté des crus de certaines producteurs, et non l’entier de leur production, par exemple pour Abadia Retuerta (qui appartient au groupe bâlois Novartis). Il nous manque un domaine au sud, en Andalousie : Valdespino, à Jérèz, pourrait convenir.
Sentez-vous la crise sur les vins de haut de gamme ?
Bien sûr, nous sentons la crise économique. Elle est très sévère en Espagne, mais aussi aux Etats-Unis, qui reviennent progressivement. Le marché suisse paraît plus stable. Pour mon domaine, Finca Sandoval, c’est le deuxième marché, derrière les Etats-Unis, et devant la Suède.
Combien de dégustations organisez vous chaque année ?
Quatre ou cinq, pas plus. A Lausanne, c’était une première pour la Suisse. Nous étions à Londres en mars, nous serons à Singapour en octobre, à Tokyo en novembre. Le Canada et Miami figurent aussi au programme d’ici 2011.
 

Dégustation de 21 vins
des Grandes Pagos d’Espana

Bodegas Gramona, Celler Battle 2001, 12’000 bout. Cava, 70% Xarel-lo, 30% Macabeo. B
ulle fine ; nez minéral, avec des traces d’hydrocarbures ; ouvert, mûr, gras, souple ; d’une bonne longueur et de type oxydatif (rappelle un Xérès). 85/100, à boire. Importé par www.martel.ch.

Bodegas Fillaboa, Seleccion Finca Montealto 2008 15’000 bout. DO Rias Baixas, 100% Albarino.
Nez expressif, fin, fruité, de fleurs blanches (glycine) ; attaque nerveuse, un peu verte ; finale sur une légère amertume et une pointe de salinité ; rappelle une Petite Arvine. 88/100, à boire – 5 ans. Importé par www.ibervinos.ch.

Bodegas Can Rafols dels Caus, El Rocallis 2004 3’400 bout. DO Penedès, 100% Incrocio Manzoni.
Nez oxydatif, un peu animal ; son optimum est passé, amer en finale ; rareté tirée d’un croisement italien de Riesling X Pinot blanc. 85/100, à boire — 2 ans. Importé par www.vinique.ch.

Bodega Manuel Manzaneque, Chardonnay Especial 2007 2’000 bout. DO Finca Elez, 100% Chardonnay.
Nez de feuille morte, d’herbes sèches ; marqué par l’élevage (12 mois en barriques neuves) ; notes de caramel ; bon soutien acide et finale légérement bitter. 86/100, à boire — 5 ans. Importé par www.scherer-buehler.ch.

Deheza del Carrizal, Cabernet Sauvignon 2004 43’500 bout. DO Dehesa del Carrizal, 100% Cabernet Sauvignon.
Nez de cassis ; type variétal ; notes mentholées ; attaque sur le poivron rouge, léger déséquilibre acidité-amertume ; souple et végétal. 85/100, 2 — 10 ans. Importé par www.wka.ch.

Pago de Calzadilla, Gran Calzadilla 2005 7’000 bout. VT Castilla, 60% Tempranillo, 40% Cabernet Sauvignon.
Beau nez vanillé, traces de fruits rouges mûrs ; attaque sur du boisé fin (18 mois en fûts américains) ; notes de cuir, de tabac blond, belle complexité ; long et suave. 89/100, 5 — 10 ans. Importé par www.wka.ch.

Pagos de familia Marques de Grinon, Emeritus 2004 27.000 bout. DO Dominio de Valdepusa, 55% Cabernet Sauvignon, 30% Petit Verdot, 15% Syrah.
Nez de pruneaux secs, de fruits confits et de vanille ; bonne dynamique en bouche ; puissant, gras, mentholé en finale (24 mois en fûts français). 90/100, à boire — 15 ans. Importé par www.scherer-buehler.ch.

Pago de Vallegarcia, Hipperia 2005 26’000 bout. VT Castilla, 47% Merlot, 46% Cabernet Sauvignon, 5% Petit Verdot, 2% Cabernet franc.
Nez de moka, de vanille, traces de végétal ; attaque souple et poivrée ; équilibré, frais, mentholé ; finale un peu chaude et marquée par l’élevage (22 mois en fûts français neufs). 88/100, à boire — 5 ans. Importé par www.bb-winehouse.ch.

Bodegas Mustiguillo, Finca Terrerazo 2007 22’000 bout. VT El Terrerazo, 85% Bobal, 15% Tempranillo.
Nez de café, notes mentholées ; belle structure, suave, tanins bien enveloppés ; finale sur le caramel (18 mois en fûts de chêne), flatteur. 88/100, à boire — 10 ans. Importé par www.casadelvino.ch.

Bodegas Enrique Mendoza, Santa Rosa 2004 52’000 bout. DO Alicante, 70% Cabernet Sauvignon, 15% Merlot, 15% Syrah.
Nez de fumée, notes minérales ; traces d’eucalyptus, type Nouveau Monde ; vin bien fait, souple, complexe, avec de la fumée froide en finale. 89/100, à boire — 10 ans. Importé par www.ibervinos.ch.

Finca Sandoval 2007 43’400 bout. DO Manchuela, 79% Syrah, 13% Monastrel, 8% Bobal.
Nez minéral, de fruits noirs ; grande élégance à l’attaque, avec des arômes de chocolat, de cacao, et légérement toastés ; boisé harmonieux (11 mois fûts français et américains) ; beau vin. 89/100, à boire — 10 ans. Importé par www.divo.ch.

Finca Valpiedra 2005 75’000 bout. DOCa Rioja ; 90% Tempranillo, 5% Graciano, 5% Expérimental (Maturana Tinta ?).
Nez mentholé, de violette, de fruits compotés ; belle élégance ; notes fumées et toastées (22 mois de fûts français) en fin de bouche. 89/100, à boire — 15 ans. Importé par www.casadelvino.ch.

Vinas del Vero, Secastilla 2005 40’000 bout. DO Somontano ; 90% Garnacha (Grenache). Nez un peu voilé ; attaque sur le pruneau cuit ; milieu de bouche dynamique ; finale sur l’amande amère, la réglisse, le goudron. Vin technologique… 86/100, à boire — 5 ans. Importé par www.scherer-buehler.ch.

Cervoles Celler, Cervoles 2006 60’000 bout. DO Costers del Segre ; 40% Trempranillo, 20% Cabernet Sauvignon, 20% Garnacha, 20% Merlot. Nez de moka, de biscuit au café ; attaque fraîche, notes mentholées ; bon soutien acide, digeste. 87/100, à boire — 10 ans. Importé par www.ullrich.ch.

Celler Mas Doix, Doix 2006 6’000 bout. DOCa Priorat ; 65% Garnacha, 35% Carinena.
Nez explosif, de réglisse, de cuir, de tabac blond, très aromatique ; attaque sur le caramel ; structure crémeuse ; du gras ; belle matière et finale avec une pointe saline. Beau vin ! 89/100, à boire — 20 ans. Importé par www.casadelvino.ch.

Bodegas Luna Beberide, Art 2006 3’000 bout. DO Bierzo ; 100% Mencia.
Nez floral, de lys ; souple, gras, puissant et élégant à la fois ; un beau vin original. 89/100, à boire — 10 ans. Importé par www.wka.ch.

Abadia Retuerta, Pago Negralada 2006 7’000 bout. VT Castilla y Leon ; 100% Tempranillo.
Nez vanillé, chocolaté, fruits noirs compotés ; attaque grasse, belle définition en bouche ; finale sur le biscuit et les fruits noirs, digeste. 89/100, à boire — 15 ans. Importé par www.divo.ch.

Vinedos Alonso del Yerro, Alonso del Yerro 2007 45’000 bout. DO Ribera del Duero ; 100% Tempranillo.
Nez très réduit (réduction en bouteille, après forte microxygénation? la question se pose !) ; attaque poivrée, de violette qui rappelle une jeune Syrah ; tanins un peu verts en finale. 86/100, à boire — 5 ans. Importé par www.cavesa.ch

Bodegas Mauro, Mauro 2007 250’000 bout. VT Castillas y Leon ; 85% Tinto Fino (Tempranillo), 15% Syrah.
Nez toasté, fumé ; structure moyenne, tanins fins ; poivré, épices douces ; un vin bien fait, souple et charmeur. 87/100, à boire — 5 ans. Importé par www.casadelvino.ch.

Bodegas Maurodos, San Roman 2005 87’000 bout. DO Toro ; 100% Tinta de Toro (Tempranillo).
Magnifique nez, notes mentholées ; belle structure, tanins serrés ; beaucoup d’élégance et de puissance ; riche en finale. 89/100, à boire — 10 ans. Importé par www.casadelvino.ch.

Bodegas Aalto, Aalto PS 2006 15’000 bout. DO Ribera del Duero ; 100% Tinto fino (Tempranillo).
Robe noire ; nez confituré, de prunes ; puissant ; tanins serrés ; finale sur des notes de chocolat ; du gras, de la richesse ; un beau vin d’une grande puissance. 90/100, à boire — 15 ans. Importé par www.casadelvino.ch.

©thomasvino.com — mai 2010