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Posted on 25 janvier 2026 in Tendance

Zigzags suisses, entre alignés et non alignés

Zigzags suisses, entre alignés et non alignés

Les signes indubitables de crise (consommation en baisse et aggravée pour les vins indigènes, pourtant vendus à 99% en Suisse…) incitent les vignerons helvètes à sortir de leurs caves et de leur zone de confort. A Zurich, la Mémoire (des vins suisses) s’est considérablement rajeunie et ses 59 membres soigneusement choisis veulent incarner «l’élite du vin suisse». D’autres jeunes, déjà plus ou moins confirmés, pointent leur nez. Petit inventaire de quelques présentations publiques récentes et à venir ce printemps.

Par Pierre Thomas

En alternance avec Lausanne (l’an passé), la Mémoire tiendra sa prochaine assemblée générale à Zurich et y proposera sa dégustation annuelle, ouverte au public, le lundi 9 mars, au Lake Side, à Bellevue, sur inscription via le site Internet. Le mouvement a désormais pignon sur une des artères les plus chères du monde, la Bahnofstrasse. Et il a choisi le bureau d’Alexandra Baumgartner, déjà en charge des Jeunes vignerons suisses, pour succéder à l’office «historique» d’Andreas Keller, un des fondateurs du club, et Susi Scholl.

La Mémoire? «L’élite des vins suisses»

«On veut être un modèle et une locomotive et non pas seulement un trésor d’anciens flacons», explique la Vaudoise Catherine Cruchon-Griggs, co-présidente. Au programme, le renforcement du «label» Mémoire, cinq événements nationaux par an, mais aussi des efforts à (et pour) l’étranger, des liens plus étroits avec la gastronomie avec des restaurants partenaires dans tout le pays. Et une demande d’engagement plus exigeante des membres, «qui doivent non seulement élaborer de bons vins, mais être reconnus localement, opter pour un engagement vers la durabilité — la culture bio est fortement encouragée —, montrer une personnalité engageante et de pionnier», détaille la co-présidente. Un nouveau règlement interne consigne ces objectifs. Il stipule que cette élite sera limitée à «moins de 70 vignerons». Il y a un peu marge, puisqu’ils sont 59, dont Caroline Frey (ex-Jaboulet et La Lagune), qui a repris le domaine valaisan du vigneron retraité Benoît Dorsaz, à Fully (VS).

Voulue au départ, il y a un peu plus de vingt ans, par des journalistes zurichois, la Mémoire compte aussi sur ses «membres experts» (journalistes, sommeliers). Ce sont eux qui recommandent de nouveaux membres (et le vin le plus apte à les représenter) et vérifient chaque année le niveau qualitatif des vins. A raison de 48 bouteilles du vin par producteur et par an, le fameux «trésor», raison d’être de cette Mémoire, se monte à 30’000 bouteilles. Il s’agit, désormais, de faire tourner cette collection unique en son genre, en organisant des dégustations, via les restaurants, pour le public ou pour la presse internationale, comme ce nouveau «Mémoire Summit», à Sierre, à fin août (sur invitation).

La vérité au fond du verre

Cette initiative à la fois collective et exclusive, qui n’a pas d’équivalent dans le monde du vin, est donc fort bien cadrée et ses membres soigneusement «alignés». Sous le nom de «Vino Verritas» (avec deux R, vous l’avez ?), un autre club s’est constitué en Valais : c’était, d’abord, les «non alignés» des dégustations des Glorieuses (quatre lundis en mai, et juin, réservées aux professionnels). Cette année, sous l’impulsion de Guillaume Bodin (oui, l’auteur des films Zéro phyto, 100% bio et Vigneronnes), la vingtaine de vignerons sort du Valais (2 mars à Genève, 20 avril à Fribourg et retour en Valais, à Fully, le 27 avril).

J’y suis allé, à Lausanne, au Café de Grancy, à un jet de bouchon de mon office… où j’ai dû jouer des coudes dans le demi-café réservé à l’événement. J’y ai croisé Fredi Torrès, aussi dépité que moi, qui essaiera de faire mieux et plus à l’aise dans son prochain festival Wines Off Switzerland, le lundi 30 mars, à Lausanne, à l’Espace Amaretto (sur le modèle du salon de Barcelone, avec près de 70 stands).

J’aurais bien voulu «déguster sérieusement», je me suis contenté de prendre la température (trop chaude, même en hiver…). Je retiens «nez en moins» ces quelques jolis vins : dans l’ensemble, les petites arvines 2024 sont fraîches et expressives, pamplemousse plutôt que salinité, deux marqueurs identitaires de ce cépage blanc valaisan (mention à Guillaume Bodin, au Domaine de Beudon, et à René Favre et fils).

Et si le sacro-saint millésime s’éclipsait?

Autre cépage valaisan emblématique, l’humagne rouge, très friand(e) en 2023 chez G. Bodin et Au Vin de l’A. Son créateur, Alex Stauffer, qui produit dans sa cave de Flanthey 15’000 bouteilles pour 4 hectare de vigne, confirme sa notoriété, déjà établie à Paris et Zurich (désigné rookie 2026 pour GaultMillau), avec des vins précis et de belle tenue, à l’image de son suave cornalin 2023 et du pinot noir Aristocrate 2023, élégant et puissant. Pour le même cépage (bourguignon), mention à la Grande Réserve de la Renommée Saint-Pierre de Jonathan Favre (René Favre et fils), des millésimes 2008 à 2011, soit quatre vins assemblés après dix ans de barrique, puis mis en bouteilles. — Et si les cuvées multi-millésimes revenaient au premier plan à la faveur des aléas climatiques en dents de scie ?

Mais le vin rouge qui m’a ravi, c’est la durize 2023, vieux cépage de Fully, d’un parfait équilibre, affichant 11,5% d’alcool. Son géniteur, Steve Bettschen, de Phusis, dans sa cave vaudoise de La Sarraz signe aussi un remarquable riesling 2023 des rives du lac de Bienne. Ce blanc résonnait en vibrant écho avec l’élégante Altesse 2023 du Domaine Cruchon (de la co-présidente de la Mémoire, donc, et ses cousines).

Des cépages originaux pour sortir des sentiers battus du chasselas…

Ce texte a aussi été diffusé sur le blog… https://les5duvin.wordpress.com/2026/01/25/119980/

Liens utiles :

https://www.memoire.wine/fr/home/

https://www.lesglorieuses.ch/fr/

https://www.vinoverritas.ch/fr/

https://winesoffswitzerland.com

https://www.jungwinzerschweiz.ch

©thomasvino.ch/22 janvier 2026