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Posté le 6 septembre 2010 dans Vins européens

Roumanie, la vigne après le wi-fi

Roumanie, la vigne après le wi-fi

Michael Rotenberg, producteur roumain

La vigne après le wi-fi

Emigré en Israël, où il a créé et développé le wi-fi et des systèmes dérivés, Michael Rotenberg est revenu, en 2006, à 55 ans, en Roumanie, pour faire du vin dans le Dealu Mare, une des meilleures régions viticoles, à 90 km au nord de Bucarest.
De retour du Dealu Mare, Pierre Thomas
La Roumanie, il l’a quittée avec sa famille, en 1979, sous la dictature de Ceaucescu. Puis il y est revenu, fortune faite dans le high-tech en Israël, dans cette région de collines, le Dealu Mare. Avec quelques belles maisons de style «boyar», on pourrait se croire en Toscane. Au printemps, des bergers font paître leurs moutons sur les versants des collines, parmi les arbres fruitiers, les vignes éparses ou en jachère. «On n’arrive plus à vivre de la vigne, ici, alors que c’était une tradition», explique le fils de Gheorghe Onustru, 75 ans, qui a vendu une partie de ses vignes à Michael Rotenberg. Sous Ceauscu, ces terrains avaient été perdus, puis retrouvés à la chute du communisme, en 1989, «mais trop tard !».

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Michael Rotenberg (à g.), avec la famille qui a accepté de lui céder quelques parcelles de vignes. (photos Pierre Thomas)

Des vignobles en friche

Les Roumains entretiennent un rapport ambigu avec la propriété: après avoir recouvré leurs terres, les familles hésitent à s’en séparer et préfèrent ne rien en faire. D’où les nombreuses terrasses viticoles, difficiles à cultiver, à l’abandon dans cette magnifique région du Dealu Mare. Michael Rotenberg, lui, y croit. «Ca m’a toujours intéressé de faire du vin manuellement. C’est une fascination culturelle. En Roumanie, il n’y a jamais eu de tradition de vins de haute qualité, comme en France. Chacun avait sa treille et le vin était un produit paysan. Puis, sous le communisme, des vins de grande production et de basse qualité étaient massivement exportés en URSS, tandis que l’économie de subsistance s’installait. On vivait chichement au jour le jour.»
Un œil (de webcam) sur ses vins
L’ex-ingénieur de pointe a réussi à convaincre quelques paysans de cèder leurs lopins de terres, qui, mis bout à bout, font tout de même 20 hectares. Dans le village de Ceptura, il a racheté une cave, creusée dans le sol, l’a rénovée et est en train d’aménager un local de dégustation. Partageant son temps entre Tel Aviv et Bucarest, il veille lui-même en permanence sur ses vins par le biais d’une…webcam — le transmetteur, c’est lui qui l’a inventé ! Avec son caviste, il tient ainsi des vidéoconférences.
Pourtant, Michael Rotenberg se méfie de la technologie moderne en cave. Il s’est concentré sur un seul cépage, le merlot, et veut faire «le meilleur de Roumanie». Son 2006 a été reconnu comme tel, d’emblée, par le magazine vinul (www.vinul.ro), et crédité de 86 points sur 100. Désormais, il produit quelque 120’000 bouteilles, qu’il propose en trois gammes : des vins de base, vendus en supermarché en Roumanie, une gamme moyenne et des têtes de cuvée. Sur son merlot, il recherche la surmaturité, en récoltant les raisins tard. «Je veux donner un certain style à mes vins : je veux qu’ils aient du corps et du boisé. J’aime le bois !», dit-il en s’excusant que ses fûts ne soient guère photogéniques. Les 424 tonneaux de 225 litres de sa cave ont été façonnés en chêne roumain par un tonnelier local.

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Le producteur dans sa cave de barriques façonnées en Roumanie.

Les meilleurs merlots sur Internet

Pour ses meilleures cuvées, Michael Rotenberg diffuse son «buzz» sur son remarquable site Internet (www.rotenberg.ro). Il a fait dessiner ses étiquettes par une artiste cotée, Ana Ruxandra Ilforeanu. «Le vin génère un certain snobisme, comme dans l’art. C’est une mode que ceux qui se sont enrichis dans les nouvelles technologies s’intéressent au vin. Je veux faire du vin le plus naturel possible. Car être antisnob, voilà le snobisme absolu !», lance ce polyglotte, au français sûr, appris auprès d’une professeur particulier, enfant. Et qui lui permet d’échanger avec un de ses voisins, un pionnier, le comte corse Guy Tyrel de Poix. Grâce aux fonds européens — la Roumanie a rejoint l’UE en 2007 —, ce dernier vient d’achever une nouvelle cave et signe, sous les étiquettes S.E.R.V.E. (www.serve.ro, en français, bien sûr), quelques un des meilleurs vins roumains.

Lire aussi la «carte postale».

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Les merlots signés Rotenberg, vendus à la boutique vins de l’aéroport international de Bucarest, avec les prix en euros.

Paru dans Hôtel Revue, le 5 août 2010.