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Posté le 23 octobre 2010 dans Tendance

2010, millésime d’anthologie?

2010, millésime d’anthologie?

Heureuse surprise en Suisse romande
Septembre 2010 a fait les vendanges

A la veille de rentrer leurs derniers raisins, des variétés tardives, es acteurs du monde vitivinicole romand sont unanimes : le mois de septembre a pu rattraper un cycle végétatif sur lequel avait soufflé le froid et le chaud, en alternance, durant le printemps et l’été.
Un ensoleillement maximal et des nuits froides durant trois bonnes semaines ont permis de récolter des raisins sains, en plus petite quantité qu’en 2009 (un rendement en diminution de 15 à 30% selon les régions). Par rapport au dernier millésime, qualifié d’exceptionnel de bout en bout, du millerandage et une attaque d’oïdium ont entaché un peu la vendange. Mais les vignerons sont tous «surpris» par la tournure prise par ce millésime 2010, presque égal en qualité au 2009 et qui promet des vins d’un meilleur équilibre.

Par Pierre Thomas

Le même constat a été fait ailleurs. Même s’il faut se méfier du seul résultat des vendanges: en 2009, les vins blancs romands étaient souvent trop riches, malgré des raisins superbes, et les rouges, très tendres, avec des tanins certes fins, mais manquant de structure, parfois. Tout est relatif, évidemment, ce qui donne raison à Emile Peynaud (Le vin et les jours, Grande Bibliothèque Payot, 1995): «(…) Au fond, le vin ressemble à ceux qui le produisent, avec leur habileté et leurs maladresses, leur compétence et leurs erreurs, leurs efforts et leur laxisme. L’insatiable à produire, l’impatient à vendanger, comme l’ignorant à vinifier, n’ont au bout du compte que le vin qu’ils savent faire.»

Jean-Pierre Pellegrin, Peissy (GE),
cultive 15 hectares.

«C’est une belle surprise! A part le chasselas, j’ai fini de vendanger mes blancs et les pinots, gamay et garanoir, le 18 octobre. Les rouges sont plus étalés dans le temps, avec une épaisseur de la pellicule qui diminue et des tanins qui se fondent. Le gamaret tient jusqu’au début novembre et j’aime le cueillir quand les raisins sont fripés, à la limite du «passito», pour obtenir des vins de garde, secs et denses. Les sucres sont identiques à 2009 et les acidités plus soutenues. Nous n’avons pas eu de grosses chaleurs en août, qui avaient pesé sur l’alcool en 2009. 2010 devrait donner des vins d’un meilleur équilibre. Sur ces 15 dernières années, je ne vois aucun autre millésime qui lui ressemble. Du reste, à Genève, sur cette période, il n’y a jamais eu deux années identiques. Je pense que sur mon domaine, il n’y a pas que la météo qui joue un rôle : en 15 ans, on a travaillé sur l’équilibre des sols et un millésime comme 2010 est la conséquence d’un ensemble de mesures et pas seulement des caprices du temps ! Chez nous, le rendement sera inférieur de 20%.»

Jean-Denis Perrochet, Auvernier (NE),
vice-président de l’Association suisse
des vignerons-encaveurs indépendants, cultive 10 ha.

«Deux ans de suite, nous n’avons pas eu une goutte d’eau aux vendanges : du jamais vu à Neuchâtel ! On a quand même l’impression que les conditions climatiques s’améliorent avec le temps. Même si on n’avait jamais connu une coulure pareille, à la fois sur le chasselas, mais aussi sur le pinot noir, depuis 1981. Il a fait froid en mai et juin, au moment de la floraison ; la fleur a traîné. Puis, il y a eu de la sècheresse en juin et certains vignerons ont dû arroser. En août, il est tombé autant de pluie que durant les mois précédents et on se demandait si 2010 allait ressembler à 2006 où le raisin pourrissait à mesure qu’il mûrissait. Heureusement, le soleil est revenu, avec, au final, une belle maturité et de beaux raisins. Le chasselas n’est pas loin des records de 2009 et le pinot noir atteint 95 à 105° Oechslés. Le seul bémol, c’est la faiblesse de la récolte : 30% de moins qu’une année normale, soit 20% de moins pour le chasselas et 40 à 50% de moins pour le pinot noir. J’ai dû renoncer à la perdrix blanche (blanc de noirs) et à la moitié de l’œil-de-perdrix : compte tenu de la qualité du pinot noir 2010, c’était dommage d’en faire du rosé. Cette petite récolte va nous causer du souci : nous faisons de la promotion hors du canton de Neuchâtel et nous risquons de ne pas pouvoir livrer du vin à ces nouveaux marchés. Si deux ou trois années de faible récolte se suivent, on va se retrouver en état de pénurie comme à la fin des années 1970.»

Fabio Penta, Rolle (VD),
œnologue des domaines Hammel (70 ha)
et pour les caves extérieures (80 ha en plus).

«Super et inespéré ! On était très sceptiques à mi-août. Il n’avait pas fait beau, et froid auparavant, et on se demandait comment le raisin allait arriver à maturité. A La Côte, le chasselas possède une belle concentration et des sucres exceptionnels, proches de 2009. L’an passé, les raisins avaient peut-être un peu plus de goût, mais moins d’acidité… On a rentré des gamays et des pinots qui ne nécessiteront aucune chaptalisation. Comme en 2009, l’était sanitaire des raisins est parfait, sans un grain de pourriture. Les rendements sont faibles, inférieurs de 15 à 30% sur les quotas autorisés. Il y a peu de raisin, et donc à une meilleure maturité. A La Côte, l’année a été plus sèche que d’ordinaire, avec quelque 500 mm d’eau, contre une moyenne de 800 mm., tandis qu’à Lavaux et au Chablais, il y a eu un peu plus de pluie. Le Chablais, naguère plus haut en degrés, tend à se rapprocher de La Côte, pour la richesse en sucre.»

Marco Grognuz, Villeneuve (VD),
cultive 16 ha, à cheval sur Lavaux (Saint-Saphorin) et les Evouettes (VS).

«La qualité est superbe ! Les sondages sont vraiment incroyables et c’est une réelle surprise, grâce au miracle de septembre. Le pinot noir était pratiquement aussi riche qu’en 2009, mais avec 15% de production en moins. Dans les blancs, très mûrs aussi, il y a un peu plus d’acidité. Nous avons eu quelques problèmes d’oïdium à Chardonne et à Saint-Saphorin. Il a fallu trier les raisins… ce qui a fait baisser le rendement de 20%, en raison d’une floraison difficile et des effets de l’oïdium. Les vendanges ont été magnifiques, avec trois semaines sans une goutte d’eau.»

Gilles Besse, Vétroz (VS),
encave l’équivalent de 100 ha pour Jean-René Germanier,
futur président de l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais (dès le printemps 2011).

«On n’est vraiment pas loin de 2009, avec une moyenne du chasselas-fendant à 85° Oechslé et du pinot noir à 98° Oechslé. Mais ce sera une année de quantité normale, au contraire de 2009. Le millerandage dans certaines régions, en Haut-Valais notamment, et l’oïdium, dans certains parchets dits de deuxième zone, sur le haut du coteau, ont pesé sur la récolte. Il a soufflé le chaud et le froid durant tout le printemps. Septembre a permis une maturation très rapide, avec des gains de degrés Oechslé surprenants, puisque l’amigne est à 107° Oechslé et le carminoir à 100°. Plus d’acidité permettra d’obtenir des vins blancs mieux équilibrés que les 2009, parfois pâteux. Tous les blancs sont vifs. Dans le pinot noir et le gamay, la récolte est plus faible, ce qui devrait permettre de rééquilibrer le marché du rouge en vrac. Pour les spécialités en bouteilles, il n’y a aucun problème d’écoulement des vins.»

Gérald Carrupt, Sion (VS),
directeur technique de Provins-Valais ;
la coopérative aura encavé en 2010 moins de 10 millions de kilos de raisin,
contre près de 11 millions en 2009.

«On est vraiment surpris en bien ! Les raisins sont quasiment mieux qu’en 2009, avec de la couleur, une belle maturité de fruit et un potentiel en alcool très haut, de 13% pour la petite arvine et l’heida. Pour les spécialités blanches, les quantités sont égales à 2009, mais pour le pinot et le gamay, elles chutent de 25%. L’oïdium nous a fait craindre le pire, début septembre : finalement, il n’y a que 3% de nos vignes cultivées en propre qui en ont souffert. Certains coopérateurs ont dû renoncer à vendanger sur quelques parcelles. Pour les rouges comme la syrah, l’humagne et le cornalin, les quantités paraissent identiques à 2009, mais les baies sont sensiblement plus petites. L’état sanitaire du cornalin et de l’humagne était parfait. Cela a permis une bonne extraction, avec des moûts assez riches, équilibrés par l’acidité. Les vins en début de vinification sont très fruités, avec de la fraîcheur et de la nervosité. En résumé, les blancs seront supérieurs en équilibre aux 2009 et les rouges ont bénéficié de la régulation naturelle de la récolte, même s’il a fallu faire plus attention durant le cycle végétatif qu’en 2009.»
Propos recueillis la deuxième semaine d’octobre 2010.