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Posté le 10 décembre 2010 dans Vins suisses

Vaud — 2010, nouveau millésime à 80% Grand Cru

Vaud — 2010, nouveau millésime à 80% Grand Cru

Vins vaudois

2010, un millésime Grand Cru

Pour la deuxième année consécutive, les Vaudois annoncent une petite année en quantité et une grande année en qualité. En l’absence de critères géographiques réellement contraignants, la proportion des Grands Crus, indexés sur la teneur en sucre des raisins, frise les 80% ! Y’en a point comme eux…
Par Pierre Thomas
Le mois de septembre, superbe, a sauvé une année qui avait relativement mal commencé. Certes, il n’y a pas eu de gel de printemps, et la floraison s’est faite à deux ou trois jours près, comme en 2004, 2006 et 2008. Mais ensuite, le froid a engendré de la coulure (les vignerons vaudois appellent les grappes décharnées des «grelottières»), puis un peu de mildiou, et surtout de l’oidium se sont attaqués au vignoble. L’année a été globalement sèche, sauf en août. Puis, ce formidable mois de septembre qui a permis de rattraper le temps perdu en été pour arriver à une date de vendange, fin septembre, plus précoce qu’en 2004 et 2008, identique à 2005 et 2006.

Moins riche, moins généreux

Les records de richesse en sucre de 2009 n’ont pas été battus, mais presque égalés, si l’on compare la maturité moyenne du trio chasselas-pinot noir-gamay, soit 88% de la vendange. Le chasselas a frisé les 80° Oechslé (atteints en 2009), le pinot noir, 97° (99° en 2009) et le gamay, 94° (95° en 2009).
La récolte est inférieure de peu à 2009. Calculée en moût, elle dépasse de justesse les 30 millions de litres (30,16 contre 30,55 en 2009), répartis en 21,75 (21,91) de blanc et 8,41 (8,64) de rouge. Sur une moyenne calculée sur dix ans, entre 2000 et 2009, le déficit est de 7,18%. Par rapport aux quotas de production en vigueur, les vignerons vaudois auraient pu produire 18,5% de plus (et même 24,5% de plus en rouge).

Grands Crus et quotas hors de la réalité ?

Comme pour la notion de Grand Cru, trop généreuse, on peut se demander si ces quotas ne mériteraient pas d’être actualisés… La proportion de Grand Cru en chasselas est de 15,3 millions de litres, contre 4,3 millions en AOC régionales, soit 78% classé en Grand Cru — record du monde ! — ; en pinot, 2,2 millions, respectivement 0,87 et en gamay, 1,9 millions, respectivement 0,68. Impossible, en revanche, de savoir combien de litres de Grands Crus sont noyés dans l’assemblage des AOC régionales, pour des bouteilles vendues sous AOC par les négociants, les coopératives et les vignerons-encaveurs. Face à cette inconnue, la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois (CIVV) met en place un «observatoire du marché» avec Changins et espère aboutir dès le début 2010.
Dans 24 Heures, le 10 décembre, Denner proposait un Domaine de Valmont Grand Cru Morges rouge AOC La Côte 2009 à 39,70 fr. les six bouteilles, soit 6,50 fr. la bouteille. Encore un record du monde (du dumping) pour un Grand Cru! 

Diversification trompeuse

En Grand Cru, 69% est représenté par le chasselas, 9,2% par le pinot noir et 8,8% par le gamay. Seuls le gamaret, 3%, et le garanoir, 2,7%, dépassent 1%. Sur les 50 cépages répertoriés par l’Office cantonal de la viticulture, aucun autre, à part ces cinq, ne dépasse 1%. Le merlot (0,8% de la production vaudoise 2010), le doral (0,75%), qui dépasse de peu son géniteur (croisé avec le chasselas), le chardonnay (0,74%), sont les plus proches du pour-cent. Voilà qui permet de mesurer la véritable diversification du vignoble vaudois : elles est importante en nombre de cépages mais très faible en pourcentage de production.

2010 meilleur que 2009 en blanc

Commentant ces chiffres, le 7 décembre 2010, le président de la CIVV, Gilles Cornut, directeur technique de la coopérative UVAVINS, parle d’une qualité globale «copie conforme de 2009», malgré des paramètres météo diamétralement opposés, qui ont favorisé de petits grains de raisin au jus concentré. Pour lui, 2010 est plus vif, et donc plus favorable aux vins blancs que 2009, plus riche, notamment en alcool. Les rouges sont concentrés et nerveux, avec des gamarets et des garanoirs plus épicés et moins alcooleux. Pour Gilles Cornut, 2010 est supérieur à 2009 en blanc et 2009 garde un avantage sur 2010 en rouge. Surtout, les œnologues devraient réussir à mettre sur le marché des vins blancs secs — alors qu’en 2009, sur nombre de «spécialités», il reste quelques grammes de sucre. Favorables ou indésirables, en Valais comme sur Vaud, c’est selon !
©thomasvino.com/10.12.10