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Posté le 12 janvier 2005 dans Adresses, Restos

Carouge (GE) — Qu’importe…

Carouge (GE) — Qu’importe…

«Qu’importe…», Carouge (GE)
Pourvu qu’on ait l’ivresse
Comme la vérole s’abattant sur le bas clergé, les bars à vins se multiplient à Genève. Un des derniers, ouvert à mi-septembre, a choisi la fameuse phrase d’Alfred de Musset, «qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse», pour enseigne, sobrement calligraphiée par Roger Pfund sur les fenêtres.
Deux quadras, un ex-député actif dans l’immobilier, Jacques Béné, et un électricien, Laurent Chuard, ont eu l’idée de reconvertir, au cœur de la «cité sarde», l’épicerie Tamborini, d’ancienne réputation. Le local, vaste et aéré, selon un système qui garantit le renouvellement total du volume d’air en six minutes, donne dans l’éclectisme genre lounge, enrichi de brocante. Cheminée cosy (et néanmoins neuve) et fauteuils de cuir ; plafond en caisson boisé brut et clair et sol en marbre vert d’Italie ; long bar en vrai zinc.
Les «deux vieux copains» instigateurs de ces lieux visent une clientèle de 30 à 60 ans d’âge. «On voudrait que les gens viennent ici en sortant du boulot et ne se rendent pas compte qu’ils ont passé une soirée jusqu’à minuit et au-delà, en buvant une bonne bouteille et en fumant un bon cigare, dans une ambiance de musique jazz ou soul», confie Jacques Béné.
Un trio de vrais pros
Comment attirer ce beau monde? Grâce aux vins et à une petite restauration de tapas genevoises, rillettes, charcuterie d’André Vidone et fromages de Maître Bruant. Le tout préparé sur un antique plot de boucher et par une machine à trancher des années 1950. Rayon vins, une septantaine de références en bouteilles. Et l’offre va d’étoffer, justifiant l’ouverture tout à côté (45, rue Vautier) d’un commerce de vins à l’emporter, «Le flacon».
Au bar, on servira toujours davantage de vins au verre, de 4 à 8,50 fr. le dl. Aux sommeliers de dénicher les crus idoines (lire ci-contre). Avec la complicité d’Eric Duret, un trio de pros prend en charge les œnophiles : François Groulet, Robin Ducruet et Jean-Philippe Marcellin, qui sont passés par le Parc des Eaux-Vives. «Le thème, c’est le vin, le reste est autour», souligne Jacques Béné. Le bar-lounge, complété par deux salles en sous-sol, n’exclut pas de s’ouvrir à midi ou pour des soirées privées. Récemment, l’une a porté sur les fonts baptismaux le «Club du goût vrai» (www.goutvrai.ch) qui sélectionne et diffuse des produits authentiques. D’autres sont animées par DIVO, le club de vins qu’a rejoint récemment Eric Duret. Ce bar paraît bâti sur un socle de solides compétences : le vin, aujourd’hui, ça ne rigole plus !

La bonne adresse
Qu’importe…
1, rue Ancienne, Carouge
tél. 022 342 15 25
ouvert le soir, dès 17 h., du mardi au samedi,
jusqu’à 1 h. du matin (ve-sa, 2 h.)

Le vin qui va avec…
Un cru cosmogonique
Tiré d’un magnum, un verre de «Renaissance» 2000 du Domaine Viret, à Saint-Maurice, symbolise la démarche du «Qu’importe…». Pour six (petits) francs le déci, voilà un rouge qui renverse (dans un fauteuil de cuir) l’amateur de côtes-du-rhône. Robe cerise brillante, nez explosif à la fois floral, de lys, et déjà de cuir ; opulence en bouche, magnifique longueur, et de la complexité jouant sur le fruit et la douceur innée du grenache mûr (allié au mourvèdre et à la syrah). Une petite merveille, tout droit sortie d’un domaine lui aussi renversant. Sur 30 hectares de vignes, Philippe Viret a construit en 1999 une cave pyramidale où s’élaborent des vins à partir de raisins cultivés selon la «cosmoculture». Ce concept renoue avec des dimensions ancestrales, comme l’influence du magnétisme, et va plus loin encore que la biodynamie, qui fait florès dans les vignobles de France, de Navarre et de Suisse. Si c’est au service de tels nectars, qu’importe…

Chronique de Pierre Thomas, parue dans Le Matin-Dimanche le 21 novembre 2004