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Posté le 6 janvier 2005 dans Vins français

Côtes-du-Rhône — Elles hissent le pavillon rouge

Côtes-du-Rhône — Elles hissent le pavillon rouge

Les côtes-du-rhône
hissent le pavillon rouge

Une offensive de la deuxième plus grande région viticole française pour résister aux vins du Nouveau Monde et dépoussiérer une image de vins jugés ringards.
Par Pierre Thomas
Il n'y a pas que les producteurs suisses de chasselas qui redoutent l'avenir… On peut appartenir au plus prestigieux pays viticole du monde — la France, donc… —, ne produire presque que du rouge — à 94% — et exporter largement sa production — à raison de plus d'un quart — et avoir, tout de même, quelques craintes par rapport à la mondialisation de la production du vin.
Leur directeur général de l'interprofession, appelée Inter Rhône, les quelque 1500 caves particulières, 80 coopératives et unions de producteurs et 45 maisons de négoce, de Vienne à Avignon, sont allés le chercher hors milieu. Rencontré l'autre jour à Genève, Emmanuel Drion est un Parisien, dont la famille est restée dans la capitale. Il se réjouit donc de l'ouverture du TGV-Méditerrannée, qui mettra Avignon à moins d'heures de train de Paris que Genève ou Lausanne, dès cet été. Depuis six ans à la tête d'Inter Rhône, il avait, auparavant travaillé pour la Sopexa — la très puissante société qui représente les intérêts de la France à l'exportation — à Londres. Et l'Angleterre reste le principal marché des côtes-du-rhône, devant le Benelux et la Suisse. Un rouge presque suisse
En Angleterre, les côtes-du-rhône ont fait fort, l'an passé. Ils ont habillé d'un rouge pétant plusieurs monuments, fait voler une mongolfière, rouler des vélos de la même couleur écarlate pour faire éclater l'image de dynamisme de la deuxième région viticole de France.
Ce rouge, très “rouge suisse” à une petite nuance près, n'a pas grand-chose à voir avec la couleur du vin: la couleur aurait alors dû tirer sur le… bordeaux qui, précisément, est la principale région viticole française, et donc concurrente… Doté depuis plusieurs années d'un “bureau suisse d'information des Côtes du Rhône”, dans une agence de publicité genevoise, la région voisine de la Suisse débarque avec les mêmes arguments “fun”. Un parapente biplace rouge survolera la haute vallée du Rhône, depuis Verbier. Trois Smart, rouges encore, récompenseront non seulement le gagnant “public” d'un concours (facile) sur les vins, mais aussi deux des deux cents commerçants qui y ont participé. Trente surfs mettront de la couleur sur les pistes… Et, le 19 février, à Zurich, une finale nationale départagera les élèves en sommellerie et professeurs sélectionnés dans dix écoles hôtelières suisses. Si l'EHL et Bluche s'y sont lancées, point trace, en revanche, des écoles professionnelles romandes: sans doute le signe que la profession de sommelier, comme le déplorent les vrais pros eux-mêmes, est encore largement mésestimée en Suisse romande!A la rencontre des zappeurs
Et pourtant, l'avenir du vin se joue chez les jeunes. “La fidélité indéfectible à un vin, c'est fini”, constate Emmanuel Drion. “Les jeunes zappent entre les boissons, du coca à la bière, en passant par les vins de plaisir. Pour tenir compte de ces nouveaux consommateurs de 25 à 40 ans, nous devons éviter de passer pour des producteurs de vins compliqués, vieillissant et chers.” Les côtes-du-rhône ont donc mis de gros moyens sur la publicité ciblée et “décalée”, mais aussi sur la formation, avec des “kits” de dégustation pour grossistes et des cours de recyclage à l'Université du vin de Suze-la-Rousse, entre Orange et Vaison-la-Romaine.
Mais il n'y a pas que la pub… “Les vins sont indiscutablement meilleurs: souvenez-vous des côtes-du-rhône que vous buviez il y a dix ans”, rappelle Emmanuel Drion. Depuis cinq ans, à Orange, vingt œnologues “prospectifs” étudient toutes les phases de la vigne au vin à l'Institut rhodanien qui, chaque année, tient sa journée d'information — en mars, sur la “lutte raisonnée” contre les parasites. Qualité suivie en Suisse aussi
Et puis, la certification d'origine des AOC n'étant plus suffisante, les Rhodaniens se sont mis au “suivi aval de la qualité”, le SAQ. Depuis un mois, des inspecteurs parcourent les rayons des magasins suisses pour prélever des échantillons, les goûter et les analyser pour vérifier si tous les paramètres de départ se retrouvent bel et bien dans la bouteille. Le cas échéant, un œnologue-conseil est envoyé dans les entreprises d'embouteillage ou d'importation. Car la Suisse, si elle est un des gros acheteurs de côtes-du-rhône, en importe une part très importante en vrac, avec mise en bouteille ici. Les trois décis de côtes-du-rhône — 20% de la consommation horeca en Suisse, contre 40% en France — ont de beaux jours devant eux.
EclairageCinq jours en mars
L'idée n'est pas nouvelle, elle a même été “piquée” en toute intelligence aux voisins bourguignons qui, depuis le début des années 90, organisent les “Grands Jours de Bourgogne”. La Vallées du Rhône et ses 75'000 hectares de vignobles (cinq fois la surface viticole suisse) s'y met pour la première fois du dimanche 11 au jeudi 15 mars, d'Ampuis, berceau de la fameuse côte-rôtie, au nord, aux costières-de-nîmes, appellation périphérique la plus sudiste. Dix-sept appellations organisent des dégustations “in situ”, sorte de mini-salons mobilisant au total plus de cinq cents exposants. Plus de 1500 visiteurs professionnels (y compris les hôteliers-restaurateurs) sont attendus, soit 60% d'étrangers et 40% de Français. En moyenne, les visiteurs se sont inscrits pour six à dix manifestations, ce qui signifie qu'ils passeront deux jours et demi dans la vallée du Rhône.
La manifestation a bénéficié des conseils logistiques des Bourguignons et sera organisée dorénavant en alternance, tous les deux ans, avec les “Grands Jours de Bourgogne”. En principe, les inscriptions devaient se faire jusqu'à fin janvier. Le site Internet www.vins-rhone.com donne toutes les infos sur la région et ses événements. Et pour ceux qui ne peuvent attendre, signalons la très intéressante Foire de Tain-l'Hermitage, à moins de deux heures d'autoroute de Genève, le week-end du samedi 24 au lundi 26 février.
Article paru dans Hôtel+Tourismus Revue, Berne, en mars 2001