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Posté le 10 février 2006 dans Actus - News

Vins suisses — Swiss Wine Communication sabordé!

Vins suisses — Swiss Wine Communication sabordé!

Vins suisses — Swiss Wine Communication se saborde
La promotion retourne aux cantons

Vendredi 9 février, en assemblée extraordinaire, l’Interprofession suisse du vin a décidé de demander un ajournement de faillite de son agence de promotion, Swiss Wine Communication (SWC). Une décision prise contre l’avis du président et du vice-président de l’Interprofession, le Vaudois Daniel Allamand et le Neuchâtelois Thierry Grosjean, qui ont rendu leur tablier.
Pierre Thomas
C’est la fin provisoire d’un feuilleton qui a débuté en automne 2005, quand Daniel Allamand s’est rendu compte que SWC courait au désastre financier. Le directeur de l’agence, Jürg Bussmann, a été acculé à la démission, à fin janvier. L’examen des comptes a montré qu’aucun des postes du budget 2005 n’a été tenu. SWC a, en 12 mois, engagé les moyens financiers de 17 mois, sans payer toutes les factures, soit un dépassement de 2 millions de francs sur un budget de 5 millions francs. L’Office fédéral de l’agriculture, qui avait promis une enveloppe de 5 millions de francs pour des projets liés à la promotion des vins suisses en Suisse et à l’étranger en 2005, a stoppé ses versements.
Les cantons devront convaincre Berne
La décision prise vendredi permet, d’une part, de tirer au clair la situation passée, d’autre part, de présenter un nouveau dossier à la Confédération pour 2006, dans l’espoir de toucher des subventions à hauteur de 4,3 millions de francs. Les offices cantonaux de promotion le feront, ensemble, en lieu et place de l’Interprofession. Ces offices étaient déjà impliqués ; ils cautionnaient SWC en échange d'un retour sur les subventions fédérales à hauteur de 20% du budget, sommes auxquelles ils ont renoncé pour 2004 et 2005.
Le président et le vice-président de l’Interprofession auraient préféré que les cantons recapitalisent l’agence SWC. Gérée par un conseil d’administration, celle-ci déposera une demande d’ajournement de faillite auprès d’un juge bernois. Un curateur devra arrêter les comptes et s’arranger avec les créanciers.
Pour l’heure, Thierry Grosjean exclut toute poursuite contre le directeur : «S’il a outrepassé ses compétences, il y a eu dilution des responsabilités. On n’aurait pas dû l’engager et on ne l’a pas contrôlé. Il était un excellent vendeur, mais un mauvais comptable», constate l’encaveur neuchâtelois. Tout le personnel de SWC, jusqu’à une dizaine de personnes, est parti, et l’agence sera mise en veilleuse. Quant aux Swiss Wine Bars de Berne, Bruxelles, Lausanne et Genève, leur sort dépendra du bouclement effectif de leurs comptes.
Eclairage
Une piètre image des vins suisses

Une fois de plus, le monde du vin offre une piètre image. Il y a quatre ans, l'Interprofession suisse du vin espérait de la Confédération des moyens étendus: autorité en matière viticole et fixation des normes de production, etc. Berne a préféré considérer la vitiviniculture comme un secteur agricole parmi d'autres, émargeant à une enveloppe de subventions (55 millions au total en 2006) et à la politique agricole (programme PA 2011).
Le pouvoir central doit rigoler, aujourd'hui… Le seul secteur où l'Interprofession a des compétences, elle n'a même pas réussi à le gérer correctement. Résultat, en bonne logique fédéraliste, la responsabilité repart dans les cantons. Ce sont eux qui iront à Berne réclamer la part de 4,6 millions de francs qui pourraient être dévolus en 2006 à la vitiviniculture, dont 20% d'encouragement à l'exportation.
Il faut dire que le courant n'a jamais passé entre Swiss Wine Communication et les cantons. Jürg Bussmann était sans doute trop pressé et pas assez diplomate. En deux ans, les principaux cantons producteurs ont continué à faire de la promotion pour eux: le Valais avec une campagne de publicité nationale centrée sur les cépages autochtones (cornalin, arvine, johannisberg), le Pays de Vaud avec des spots encourageant la consommation du vin chez les 18 – 30 ans, Genève avec une campagne d'image décalée, et le Tessin, cette année, avec la commémoration du centenaire de la plantation du merlot.
La campagne de SWC se superposait à ces initiatives régionales. Il est donc plutôt rassurant, en regard de l'utilisation des deniers publics, que les Offices cantonaux se mettent autour d'une même table pour un programme commun… Reste que l'Interprofession suisse du vin est quasiment vidée du peu de sa substance, ce que confirme la démission du président actuel, le petit vigneron vaudois Daniel Allamand, et de son successeur désigné, le vice-président, Thierry Grosjean, président des encaveurs neuchâtelois (négociant).
L'Interprofession paraît désormais livrée à ses familles (les négociants et importateurs de vins étrangers, soit 2/3 de la consommation suisse, la Fédération suisse des vignerons et l'Association suisse des vignerons-encaveurs), à ses clans d'intérêts (importateurs, négociants, petits ou grands vignerons, exportateurs) et cantonaux (Valaisans, Vaudois, etc.).
La baisse de la consommation du vin, qui pourrait atteindre 10% sur 2005, n'arrange évidemment rien: jusqu'il y a peu parmi les plus gros consommateurs de vin du monde, avec plus de 40 litres par habitant et par année, la Suisse rentrerait dans le rang — autour de 35 litres par habitant et par an. En trois ans, il se boirait 35 millions de litres de vin de moins en Suisse, le plus grand des importateurs, en volume et en valeur, du club des pays producteurs, Etats-Unis exceptés. (PTs, 13.02.06)