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Posted on 25 juin 2011 in Vins français

Bordeaux — Un couple franco-belge pour un trio de châteaux

Bordeaux — Un couple franco-belge pour un trio de châteaux

Ils ne buvaient pas une goutte de vin il y a dix ans et ont misé sur trois châteaux, rive droite de la Garonne. Un parcours de vie étonnant pour ce couple installé sur la Riviera.

Par Pierre Thomas
C’est grâce à son beau-père, industriel et bourgmestre du plat-pays flandrien, qu’Hervé Laviale, journaliste de cinéma à RTL, du temps glorieux de Philippe Labro, a pu choisir un vignoble. L’aventure l’a mené par monts et par vaux, à Bordeaux, en 2009. Rien de surprenant à cela : depuis des siècles, les Flamands convoient des tonneaux du port de Libourne à celui d’Anvers et sont parmi les meilleurs consommateurs (et connaisseurs) de vins bordelais.

De l’œnotourisme pratique

Aujourd’hui, Hervé Laviale, 48 ans, s’est converti corps et âme au vin et son épouse Griet, 41 ans, décore avec autant de passion exubérante leur maison de Montreux que leurs châteaux bordelais. Au moment où tout vigneron qui se respecte n’a que le mot «œnotourisme» à la bouche, le couple a mis en pratique cette manière d’amener les amateurs au cœur du terroir.
(Ci-dessous, la façade du Château de Lussac dans le petit matin du printemps…)

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C’est si vrai à Saint-Emilion qu’un parcours souterrain dans les carrières de calcaire immaculé vient d’être aménagé, avec une évocation des personnages historiques de ce haut-lieu classé au Patrimoine de l’Unesco. Juste à côté du Relais Franc-Mayne, une belle demeure où une dizaine de chambres et un restaurant accueillent des hôtes. On fait trempette dans une piscine à ras des vignes, sous des arbres centenaires. A deux pas, un relais de poste offre le luxe de deux suites, aménagées ce printemps… Même confort, plus privatif, au Château de Lussac, achevé en 1876, et dans une annexe, où l’accueil est à la fois chaleureux et de qualité. C’est là que tout a commencé : «C’était le château de la Belle au bois dormant. Il a fallu tout refaire et aménager un cuvier, des chais. On a mis beaucoup d’énergie et beaucoup de moyens et nous commençons à récolter un début de reconnaissance… après dix ans.»
Les Laviale-van Malderen s’installent en Suisse et, coup sur coup, achètent deux propriétés dans des terroirs plus cotés, à Saint-Emilion et à Pomerol, toujours sur la rive droite. Une rive moins cotée et donc moins convoitée que la gauche et son Médoc…

Confiance aux jeunes

«Le vignoble n’a de mérite que par le cœur qu’y met le vigneron. Faire du bon vin, ça ne coule pas de source. C’est un travail éminemment collectif.» Voilà donc l’ex-journaliste parisien bombardé chef d’entreprise, avec quarante employés à piloter, de la cave à l’hôtellerie.

Dans le terrain, il s’est aidé d’un ingénieur agronome, Pierre-Luc Alla : «La conduite du vignoble, c’est le cœur du sujet. La main de l’homme doit caresser les choses…». Au chais, il fait confiance d’abord à Michel Rolland, le fameux «œnologue volant», à qui succède, dès le millésime 2009, un de ses proches, Jean-Philippe Fort. Dans les caves des trois domaines, un duo de jeunes, Solène Vouillon, 25 ans, diplômée de la faculté de Talence, et Aurélien Baylan, 29 ans, fils de vigneron de Saint-Emilion et titulaire d’un brevet de technicien en viti-œno, veillent sur toutes les opérations (les deux en photo ci-dessous).

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Tri des raisins à la pointe de la technologie, macération à froid, fermentation thermorégulée et élevage en barriques de plusieurs provenances: le catéchisme de l’œnologie moderne est su et appliqué, «mais sans protocole», glisse Aurélien. Chaque millésime offre son lot de particularités, qu’on retrouve en bouteilles.
Les trois châteaux se placent en «valeurs alternatives», constate Hervé Laviale. «Nous faisons des vins qui peuvent se boire»: cette finesse, cette élégance, on la retrouve dans le verre, sur les dix derniers millésimes. Pour le propriétaire, c’est une forme de retour aux sources : «Dans les années 1970, on trouvait encore des bordeaux de bon rapport qualité-prix pour le plaisir de la table». Et pas seulement des grands crus impayables, de New York à Hong Kong.

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Les vignes de Franc-Mayne et le relais de poste transformé en suites.

Quoi?
Trois châteaux : 33 hectares (d’argiles lourdes) à Lussac-Saint-Emilion, 10 ha (de sables et graviers) à Vieux-Maillet, à Pomerol et 7 ha (de calcaire affleurant) à Franc-Mayne, à Saint-Emilion (et son Relais).
Comment?
Les vins sont vendus pour une part en primeurs (Franc-Mayne et Vieux-Maillet), à la fois par le négoce bordelais et en direct, et disponibles chez plusieurs négociants en Suisse romande: Moevenpick, Vogel, Gazzar.
Combien?
Une dizaine de vins: les étiquettes attachées à chaque château, un second vin (Le Libertin de Lussac) et un vin de terroir parcellaire (Saint-Jean de Lavaud), en attendant un premier blanc (de sauvignon blanc) à Lussac, dès cette année.
Où?
Contacts et infos via le site www.vinsetwines.ch

Les 3 coups de cœur de Pierre Thomas

Château de Lussac 2003, 19,50 fr. (indicatif)
En 2003, année chaude, ce vin a réussi à garder une certain fraîcheur et une souplesse remarquable. Le 2006 marque un changement de style, avec un nez de rôti, de café et de chocolat, et des tanins serrés, avec une dureté finale qui doit encore se fondre (77% merlot, 23% cabernet franc). Noté 14.5/20 en primeurs 2010 par Bernard Burtschy (Le Figaro).

Vieux-Maillet 2007, 40 fr. (indicatif)
Nez de fumée froide, de suie, à la fois très merlot (90%, 10% de cabernet franc, et 10% de cabernet sauvignon dès 2010) et très Pomerol ; à la fois rond et frais, bel équilibre en bouche et finale sur le graphite ; une réussite pour le millésime qualifié de «classique» à Bordeaux. Noté 15/20 en primeurs 2010, par Bernard Burtschy (Le Figaro).

Franc-Mayne 2009, 40 fr. (indicatif)
Dégusté à la barrique, au château. Le vin, en cours d’élevage, se révèle flatteur, avec des notes de fruits rouges, de fraises écrasées, de la vanille et des traces empyreumatiques. Les tanins sont bien intégrés et soyeux (90% de merlot, 10% de cabernet sauvignon). Le 2010 a plus de concentration: noté 15,5/20 en primeurs par Bernard Burtschy (Le Figaro) et 90-92 par Robert Parker.

Paru dans 24 Heures du 24 juin 2011: téléchargez ici le PDF de la page. Photos © Pierre Thomas, mars 2011.