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Posté le 6 février 2014 dans Actus - News

Raisins au-delà des quotas  dans du chasselas vaudois

Raisins au-delà des quotas
dans du chasselas vaudois

Selon une enquête la RTS (Téléjournal du mercredi 5 février), relayée par 24 Heures du jeudi 6 février, «près de 10’000 litres de moût (ont été) écoulés illégalement» sur La Côte. Selon 24 Heures, la Commission du contrôle du commerce des vins aurait découvert le pot-aux-roses dans la cave des frères Kursner, à Féchy. Jean-Luc Kursner, qui a répondu face caméra et à 24 Heures, avait acheté ces 10’000 litres en 2012, pour ses assemblages blancs ou pour le chasselas destiné à l’exportation.

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Le vendeur et son épouse de La Côte ont été dénoncés à la justice pénale par le chimiste cantonal vaudois. Selon 24 Heures, le vendeur aurait livré sa propre production 2012 à la Cave de Mont-Féchy. Il n’aurait été qu’un intermédiaire pour les 10’000 litres, acquis chez deux autres viticulteurs, l’un de Tartegnin, l’autre de Gilly. Selon nos informations, cette version est plausible, parce que le livreur de raisins inculpé avait été contrôlé par la Cave de Mont-Féchy en été 2012. L’année précédente, ses vignes présentaient une quantité excédentaire importante de raisins, comme en 2010. A noter que le viticulteur ne dispose pas de son propre pressoir. Et l’encaveur de Féchy, chez qui est arrivé la matière première, lui a acheté 39’000 litres de moût depuis 2010. Un courtier en vins aurait aussi joué son rôle d’intermédiaire: on rappelle qu’un courtier intervient pour «anonymiser» les vins et éviter à l’acheteur final de savoir qui est le vendeur initial…

La RTS La Première, le 6 février 2014, est revenue sur les contrôles dans Forum : écouter ici.

A la TSR, au Téléjournal, le secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs, Mathieu Fleury, a plaidé pour des contrôles renforcés, notamment en AOC, et à cause de la multiplication des intermédiaires.

On rappellera ici notre dossier paru 15 jours plus tôt dans le magazine L’Hebdo.

Il reste que, selon la dénonciation par le chimiste cantonal, ces 10’000 litres sont des excédents par rapport aux quotas. Quelques considérations:

1) 10’000 litres, c’est évidemment une goutte dans le chasselas de La Côte. En 2012, la plus grande région viticole vaudoise en a produit 10,73 millions de litres, soit 142’376 litres 1er Grand Cru , 81.54 Oechslé, 9’024’324 litres aux normes Grand Cru (75.46 Oechslé), 1’392’303 litres AOC, 72.83 Oechslé, 3’017 litres Classe 2, 63 Oechslé et 167’817 litres Classe 3, 68.94 Oechslé. En 2013, La Côte n’a produit que 6,96 millions de litres de chasselas (—35%), à cause, notamment, de la grêle et d’une mauvaise floraison.

2) Quand un viticulteur transgresse les quotas, fixés d’année en année, il lèse à la fois celui à qui il vend le raisin à hauteur du quota, ensuite, ceux à qui il écoule le reste surnuméraire du raisin, la qualité de l’ensemble du raisin souffrant de cette surproduction.

3) Car si 24 Heures prétend que «les bonnes conditions météo de 2012 ont permis de conserver une bonne qualité de fruit même en n’égrappant pas les vignes», le raisin sur un cep qui produit beaucoup a forcément moins de sucre, même si le chasselas a été «programmé» pour être hautement productif. En moyenne, le chasselas de 2012 était plus faible en sucre naturel que 2009, 2010 et 2011, soit 75,16 degrés Oechslé, contre 80, 79,49, et 75,36. 2013 est plus faible : 71,86 degrés Oeschlé.

4) Tricher avec les quotas conduit à encourager un marché gris. En Valais, fin 2011, on avait parlé d’encaveurs prêts à prendre une certaine quantité de vendange à un prix défini, mais laissant les viticulteurs se débrouiller avec le reste, au risque de développer un marché gris. Cinq ans plus tôt, l’Interprofession de la vigne et du vin (IVVS) dénonçait ce marché gris préjudiciable à tous les professionnels du vin.

5) Le seul moyen de limiter la surcharge des vignes, c’est d’aller les contrôler dans le terrain! La loi valaisanne sur l’agriculture de 2007 a instauré ces contrôles. En 2012, 24’435 parcelles (sur les 120’000 du vignoble valaisan) ont été contrôlées entre le 6 et le 10 août. Seules 408 parcelles (contre 178 en 2011) ont été désignées comme fautives pour surcharge (dépassement manifeste des quotas autorisés), soit 1,66% des parcelles contrôlées (0,63% en 2011). Les contrôleurs ont mis en évidence le pourcentage élevé de surcharge sur les parcelles fautives, écrivait l’IVVS dans son rapport pour l’année 2012.

6) On rappellera que selon le rapport annuel du Contrôle du commerce des vins, paru en 2013, «11 entreprises on dû être dénoncées aux autorités cantonales compétentes pour fautes graves et/ou répétitives». Les infractions graves concernent le coupage et l’assemblage non autorisés (7 cas) et des étiquettes trompeuses (3 cas). Des étiquettes incomplètes (81 cas en 2012) ou portant de fausses indications (96 cas), ont été reprochées à quelques autres, parmi les 1’200 entreprises contrôlées par les 7 inspecteurs, en 2012.

7) Le pompon, c’est que le metteur en marché final, qui a coupé ses vins avec ces surplus, les a destinés à l’exportation! Une excellente pub pour les vins suisses, non? Les consommateurs français, chez qui cet encaveur se vante d’avoir du succès, apprécieront…

©thomasvino.ch