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Posté le 14 juillet 2013 dans Vins suisses

Une croisière sur le lac pour fêter  le retour du Dézaley au sommet

Une croisière sur le lac pour fêter
le retour du Dézaley au sommet

Pour célébrer le retour du Dézaley (en compagnie du Calamin) en Grand Cru AOC, seuls de ce type parmi les vins vaudois, accordé par le Conseil d’Etat le 20 mars 2013 (lire notre dossier complet), les vignerons du Dézaley ont embarqué le 11 juillet 2013 pour une croisière sur le Léman, à bord du bien-nommé Lavaux.

Le Dézaley vu du Léman et du bateau Lavaux.

Le Dézaley vu du Léman et du bateau Lavaux (©Photo Pierre Thomas).

Rappel, au 2ème Mondial du Chasselas 2013, quatre Dézaley, en blancs secs récents, ont obtenu une distinction d’or, le Dézaley Marsens de la Tour 2011, des Frères Dubois (91,6/100), Olivine 2012, de Claude et Alexandre Duboux (91,6), Dézaley 2012, de Philippe Rouge (89,4) et La Gruyre 2011, Hegg & Fils (89).

Dans la catégorie vieux millésimes, le Dézaley Marsens de la Tour 1984, des Frères Dubois, (lire le portrait de cette famille) a trusté les distinctions, remportant celle de sa catégorie, du meilleur classé de tout le concours (93,8/100) et de meilleur vin vaudois. Derrière ce vin issu d’une «petite année», 5 autres Dézaleys occupent les premières places, le Chemin de Fer 2005, de Luc Massy — fameuse année de la grêle, où, paraît-il, il y aurait dû avoir peu de dézaley dans les caves… ! — (93,6), Es Embleyres 1982 — année de la surabondance, mais pas dans le Dézaley, paraît-il… —, du Domaine de la Chenalettaz (93), Orion 2003 — année de la canicule ! — d’Alain Paley (92,4), le Vase No 4 du Dézaley Marsens de la Tour, des Frères Dubois 2005 (92,4), et le Dézaley Marsens de la Tour, des Frères Dubois 1995 (91,8). Suivent plus loin dans le classement, L’Orion 2005 — décidément un millésime de mémoire… — (90,4) et Es Embleyres 2004, de La Chenalettaz (89,2).

Six «vieux millésimes» en dégustation

Six vins ont été servis sur l’eau, commentés par Paolo Basso, qui venait de recevoir, trois jours plus tôt, son trophée de meilleur sommelier du monde 2013, au Grand Hôtel du Lac, à Vevey.

Voici ces vins, dans l’ordre du service, et nos commentaires :

1) Dézaley Les Embleyres 2010, Les Fils Rogivue, Chexbres

Robe paille, nez vanillé et de poire, carbonique, amande amère, long, puissant, rond et riche.

Paolo Basso  lui a trouvé un côté solaire, avec un nez de levures (comme il le décrit pour plusieurs vins…), une finale saline et épicés (poivre blanc).

2) Côtes des Abbayes 2001, J.-L. Bondel-Duboux

Jaune doré, nez sur une légère évolution, avec des notes miellées, de massepain, du gras, du caramel, une finale beurrée, avec une pointe d’amertume.

Paolo Basso lui a trouvé une attaque très directe, du tranchant, une note d’ananas rôti, d’herbes aromatiques, avec de l’amertume en finale.

3) Chemin de Fer 1996, Luc Massy

Bel or ; nez d’allumette frottée, d’amande grillée, ample, gras, puissant, avec des notes de torréfaction, long en bouche, très beau vin !

Paolo Basso lui a trouvé une belle complexité qui pourrait le faire passer, dans un verre noir, pour un «vieux champagne» ; attaque dynamique, de l’acidité, de la fraîcheur, salin et minéral…

4) Es Embleyres 1982, Dom. de la Chenalettaz, J.-F. Chevalley

Vieil or ; nez de champignon ; attaque sur un côté vieux vin, du gras, bien emballé, avec une finale sur l’amande amère, mais un défaut persistant sur les 3 bouteilles ouvertes.

Paolo Basso lui a trouvé un côté levures, du champignon et de la mousse, et des arômes de pomme au four.

5) Dézaley-Marsens de la Tour 1976, Les Frères Dubois

Vieil or, nez de noisettes, d’amandes grillées, avec des notes de moka et de safran ; encore un peu de carbonique ; un peu dissocié comme frais et vieux à la fois, avec une finale mentholée.

Paolo Basso lui a trouvé des arômes de papaye et balsamiques, d’eucalyptus, de la tension, de la fraîchuer et du caramel qui lui ajoute du charme.

6) Dézaley-Marsens de la Tour 1966, Les Frères Dubois

Nez de feuille morte, de champignon, un peu pétrolé en finale, clairement passé à la dimension tertiaire.

Paolo Basso lui a trouvé de la maturité de la fraîcheur, avec des notes citronnées, de clou de girofle, de pain d’épices, du caramel, et des notes balsamiques et iodées.

Grands crus à bas prix permanents

Présent sur le Lavaux, le grand chef du Noirmont (Franches Montagnes, Jura), Georges Wenger s’est étonné du relatif bas prix des Dézaleys, les Grands Crus sans doute les meilleur marché du monde, cédés à un «prix modique et ridicule». Ces vins sont victimes du fait qu’«on n’est pas fiers de ce qu’on fait, une maladie des Suisses, dont souffrent les meilleurs produits suisses». Et d’encourager ce «phare» de Lavaux à se «confronter à une réalité internationale». Quant aux Suisses, «le public suisse aime les vins de son pays, mais on est nuls en marketing, par rapport aux Champenois par exemple.»

Dans la discussion, plusieurs producteurs nous disaient vouloir camper sur leur position : le Dézaley est souvent le vin le plus cher de leur gamme et donc, ils ne voient pas pourquoi en augmenter le prix. Voilà qui rejoint le constat d’un éminent Vaudois : «Le Vaudois fait souvent le modeste tout en étant toujours gonflé.»

Pas tout faux, non! Car la reconnaissance passe souvent par la tarification: les chasselas du Dézaley devraient viser la notion de «produit de luxe», quitte à renoncer à la chaptalisation et à devenir, appuyés par des études œnologiques sérieuses qui dépassent le piffomètre, de vrais vins de garde. A supposer que les producteurs entendent vraiment développer ce créneau pour le chasselas, encore très marginal, autrement que pour épater la galerie de sept en quatorze!

©thomasvino.ch