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Posté le 14 mars 2014 dans Actus - News

L’arvine vers la virginité

L’arvine vers la virginité

Le Grand Conseil valaisan a accepté, cette semaine (mars 2014), un postulat de la jeune vigneronne-encaveuse de Leytron Aïda Lips, députée suppléante UDC, pour que la petite arvine AOC du Valais ne puisse plus être coupée à hauteur de 15% par un autre cépage. Le fendant fait déjà l’objet d’une telle protection de pureté d’expression du chasselas valaisan. On notera que la députée-suppléante, qui est diplômée en œnologie de Changins, ne commercialise pas de petite arvine dans la cave familiale.

Par Pierre Thomas

Qui peut le moins ne peut mais: 15% d’arvine dans un fendant est un non-sens gustatif et économique. Ce serait entacher un cépage neutre par un vin quasiment aromatique et vendre à bon marché 15% de ce qui peut être valorisé nettement plus cher. L’inverse est plus intéressant: le même chasselas, voire du johannisberg pas très mûr, balancé à hauteur de 15% dans une petite arvine ne marque guère le goût du vin majoritaire, tout au plus risque de le diluer légèrement (mais il y a des œnologues pour corriger tout ça, va!), et est une excellente manière d’écouler à prix fort fendant et johannis’ (il y a des commerçants futés pour ça, va!).

Le chemin vers une immaculée conception de la petite arvine est pavé de bonnes intentions… On rappellera, même si certains Valaisans ont la mémoire courte, que le Conseil d’Etat valaisan s’était lancé dans une croisade de protection de pas moins de neuf cépages réputés autochtones, dans le cadre de la consultation autour de la PA 2011. En vain. En 2008, l’Office fédéral de l’agriculture à Berne rendait un verdict imparable. Restreindre le nom de cépage à une AOC n’est pas compatible avec la législation en vigueur, suisse et européenne. Le cas le plus emblématique: les producteurs de la Vénétie ont dû débaptiser au préalable le cépage homonyme, et le nommer glera, pour pouvoir protéger le nom Prosecco en tant que DOC et DOCG.

Malgré tout, le conseiller national Christophe Darbellay (PDC valaisan), président du négociant Gilliard SA, a réussi à convaincre les Chambres fédérales de réserver le nom de «petite arvine» au seuls vins valaisans.  (On notera qu’au Grand Conseil valaisan, les députés PDC ont refusé la pureté virginale préconisée…) Les rares autres producteurs suisses, isolés, à Genève, notamment, pourraient utiliser «arvine» et pas «petite». Car telle est une contradiction de plus dans ce dossier: l’incontesté «grand vin blanc du Valais» se réserve l’adjectif «petit(e)»! Quant à la «grosse arvine», elle vient d’être remise en valeur par un producteur de Fully… d’origine vaudoise, Olivier Pittet.

Le Valais aurait pu aussi essayer de faire inscrire «Petite Arvine du Valais» comme «dénomination traditionnelle», dûment mentionnée dans la législation fédérale. Même si, par définition, une étiquette mentionnant Petite Arvine du Valais serait valaisanne…

Dans la dernière liste, publiée début 2014, elle n’y figure pas, au contraire de «Ermitage du Valais» ou «Hermitage du Valais» (malgré l’homonymie avec la région des Côtes-du-Rhône, cet orthographe est maintenue dans le texte suisse avec un H!), mais aussi les noms et synonymes de fantaisie propres à la Suisse, comme Dôle (VS), Dorin (VD), pour le chasselas vaudois… en réplique tardive à Fendant (VS), Goron (VS), Johannisberg du Valais (VS) (pour le sylvaner), Malvoisie du Valais (pour le pinot gris), Nostrano (TI et Mesolcina), Salvagnin (VD), rouge AOC vaudois (et pas seulement de Morges!), et «Païen ou Heida» (VS) (pour le savagnin).

Quant à la protection du nom «petite arvine», elle devrait être impossible à faire respecter hors Suisse (et même en Suisse si un producteur s’avisait de porter la cause devant le Tribunal fédéral en dernier recours, quand le texte légal de protection sera publié…). Par exemple, en Vallée d’Aoste italienne, l’Institut agricole piloté par les chanoines du Grand-Saint-Bernard (VS), a établi la «petite arvine» dès les années 1950. Et où le principal domaine d’un seul tenant du monde est tenu par des… Valaisans (qui en font un vin surmaturé.

Au moins, ce grand cépage valaisan, dont il n’a pas été possible disoler et d’encourager les précurseurs d’arômes (à l’image du sauvignon blanc par Denis Dubourdieu et ses équipes de chercheurs), et qui fait l’objet d’un plan de diversification et de sauvegarde des clones autochtones, possède une riche histoire à raconter! Le feuilleton gagne un épisode par an, à peu près. Et quelques hectares de plus dans le vignoble: 157,4 ha en Valais, en 2012, 1,65 ha à Genève, puis 7’090 m2 au Tessin, 6’220 m2 dans le pays de Vaud, et 1’500 m2 dans la Suisse dite primitive (Uri, Obwald et Nidwald) selon le cadastre viticole fédéral.

©thomasvino.ch