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Posté le 24 septembre 2015 dans Tendance

La syrah dope l’Electus 2011

La syrah dope l’Electus 2011

Avec Electus (motif de l’étiquette, tiré d’une peinture dans une église), Provins-Valais entend jouer dans la cour des grands. Deuxième du nom, mis en marché en cet automne 2015, l’Electus 2011, ajoute la syrah à sa collection de cépages. Plus original que le 2010 et pourtant moins cher ! Et un vin blanc, baptisé Eclat, le rejoint dans le (très) haut de gamme. Explications.

Par Pierre Thomas

L’Electus 2010 aurait dû être présenté aux quatre coins de la planète. Finalement, près de 20’000 bouteilles ont été écoulées, surtout en Suisse. Et au prix «canon» de 190 francs suisses le flacon, officiellement. Le 2011, présenté à Londres, chez Anton Mosimann, la semaine passé, et à Sion, fait profil bas : 150 francs, avec une structure de prix qui permet aux revendeurs d’y trouver un intérêt (une marge, donc).

Un blanc, «petit frère» du rouge

Rouge d’abord, l’Electus se voit escorté d’un blanc, tiré à 3’000 bouteilles (et quelques magnums), vendues 75 fr., soit presque le double du prix des assemblages Cœur de Domaines, de Rouvinez, ou le nouvel Ambassadeur des Domaines, de Diego Mathier, tous deux finalistes du Grand Prix du Vin Suisse 2015.

Ces deux vins, on les a dégustés chez Provins-Valais, en compagnie de Paolo Basso, le meilleur sommelier du monde. L’Eclat blanc 2014 frappe par sa vivacité. Un nez citronné, de la minéralité perceptible, puis en bouche, une attaque sur le vanillé, le citron vert, une structure moyenne et de la fraîcheur en finale. Un vin blanc vif, composé de 55% de petite arvine et de 45% de païen. Les deux raisins, explique Damien Caruzzo, le successeur de Madeleine Gay dans le «team» de vinification de la coopérative valaisanne, ont été pressés à la champenoise, soit à 50% de rendement de jus, pour une vinification en barriques neuves, à grain grossier et à haute chauffe. «On a cherché l’opposé des blancs riches et opulents caractéristiques du Valais», explique le maître de chais. Et c’est bien l’acidité qui est le fil conducteur de ce blanc de gastronomie : elle a frappé Paolo Basso. Un blanc taillé davantage en élégance fraîche et minérale qu’en puissance et arômes exotiques.

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Un rouge super-valaisan

Pour le rouge, c’est déjà le deuxième exercice, avec cet assemblage 2011. Pour 2010, on s’était étonné de l’absence de syrah, qui s’inscrit depuis les années 1930 dans l’ADN du vignoble de la haute vallée du Rhône. La syrah fait son apparition dans cet assemblage 2011, à la même hauteur (20%) que le cornalin, l’humagne rouge et le diolinoir. Les derniers 20% sont répartis entre le merlot et les cabernets, sauvignon et franc, nouveau venu. Le nez est bien marqué par le bois ; l’attaque est ferme, avec un bon support d’acidité, du gras en milieu de bouche et des épices, et une finale sur des tanins fins, mais fermes. La typologie rappelle de grands vins toscans, plutôt que bordelais ou du Nouveau Monde. Cet assemblage a favorablement surpris un Paolo Basso enthousiaste.

On sait déjà qu’il n’y aura pas d’Electus 2012, mais un 2013 à coup sûr, et un 2014, peut-être, si, les barriques, en cours d’élevage, savent se montrer à la hauteur. La règle de base reste de 60% au moins de cépages propres au Valais, mais avec des proportions qui changent à chaque millésime. Les cépages sont vinifiés séparément, en fermentation spontanée (sans ajout de levure sélectionnée). L’assemblage se fait après sélections de cuves, avant que la fermentation malolactique se déroule en barriques. Le vin est élevé durant 18 mois en barriques. Les raisins proviennent de sélections, de Fully à Sierre, et les parcelles dédiées sont en principe reconduite d’une année à l’autre.

Des prix tirés vers le haut

«On n’a pas encore de recul sur les millésimes», explique Damien Caruzzo, «mais nous avons plus de fraîcheur sur 2011 que sur 2010. L’acidité et les tanins fermes font de cet Electus un vin à grand potentiel de garde», commente le maître de chais. Quelques milliers de bouteilles du 2010 ont été stockées dans une galerie du barrage de la Grande-Dixence, où Provins-Valais élève sa gamme Les Titans. Près de 20’000 bouteilles de 2011 sont, à nouveau, mises sur le marché.

Sous la conduite de Johanna Dayer, chef de projet, diplômée de l’Ecole hôtelière de Lausanne qui vise la formation de Master of Wine à Londres, Electus bénéficie de deux vendeurs en Suisse et vise l’exportation. Provins, dans ce domaine, ne dépasse pas le petit pour-cent, le lot des vins suisses. Reste à savoir si Electus sera le cheval de Troie de ces vins suisses haut de gamme en mal de reconnaissance internationale.

La plupart des domaines valaisans se félicitent, en tout cas, qu’un tel vin ose mettre la barre du prix aussi haut. Désormais, ils sont assez nombreux, ceux qui proposent leurs vins rouges à plus de 50 francs la bouteille : Rouvinez, Clos Tsampéhro, Histoire d’Enfer, M.-Th. Chappaz, Diego Mathier, Meinrad Gaillard et quelques autres.

Paru dans Hôtellerie et Gastronomie Hebdo, le 24 septembre 2015.

©thomasvino.ch