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Posté le 2 juin 2016 dans Tendance

Cicadelle et flavescence dorée  Un fléau pris très au sérieux

Cicadelle et flavescence dorée
Un fléau pris très au sérieux

La «flavescence dorée», une «jaunisse» de la vigne qui conduit rapidement à sa mort, véhiculée par un petit insecte, une cicadelle a franchi les Alpes l’an passé. 105 hectares entre Vevey et Montreux, sur six communes, viennent d’être placés en périmètre de lutte dite «de quarantaine», avec deux ou trois traitements par insecticides obligatoires dès ce mois.

Le fléau est jugé important et «soulève des questions complexes nécessitant des réponses complexes», avertit Olivier Viret, le patron de la recherche notamment en viticulture-œnologie d’Agroscope, à Changins. Un site, www.flavescencedoree.ch, donne tous les détails techniques.

Un insecticide à titre préventif

La Suisse a décidé d’agir de manière préventive. Si la flavescence dorée est apparue en 2015 à La Tour-de-Peilz et Blonay, elle était déjà présente au Sud des Alpes, depuis 2004 au Tessin. La Suisse a donc du recul par rapport au phénomène. Même si, sur l’arc lémanique et dans la vallée du Rhône, le fléau pourrait se répandre rapidement : «On ne sait pas si le périmètre de lutte est la pointe de l’iceberg», admet Alfred Klay, du Service phytosanitaire fédéral à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

La maladie se transmet par trois vecteurs, le matériel végétal déjà contaminé (voir plus loin), une cicadelle qui accomplit son cycle sur une année uniquement sur la vigne, et «accidentèlement» par l’Homme qui peut la transporter d’un endroit à l’autre (par exemple d’une région viticole à l’autre…).

Comme le «bois noir», mais en plus dangereux

Pour les vignerons de la Riviera vaudoise concernée, cela impliquera deux traitements (le premier entre le 13 et 20 juin) pour éliminer d’éventuelles cicadelles, avec un insecticide chimique, ou trois avec un produit à base de plantes, certes agréé par les instances Bio, mais plus toxique, notamment pour les abeilles. Un détail, peut-être, mais qui montre la difficulté du problème.

Autre écueil, même pour un œil avisé, la flavescence dorée se confond avec une autre «jaunisse» des feuilles de la vigne, le «bois noir», apparu en 1995 en Valais. Cette dernière maladie est moins grave, parce qu’elle ne touche que des ceps en bordure de parcelles, proches de la forêt. Il faut donc un examen moléculaire, mené en laboratoire, pour identifier la flavescence dorée.

Sans la cicadelle «scaphoeidus titanus», qui transporte de cep en cep la maladie, un phytoplasme «candidatus phytoplasma vitis», celle-ci pourrait être limitée, comme l’est le bois noir. Mais le minuscule insecte répand une véritable épidémie qui en deux ou trois ans peut toucher tous les ceps d’une parcelle de vigne, assurent les scientifiques.

Et s’il n’est-il pas nécessaire de combattre la cicadelle en absence de flavescence dorée, il faut prendre des mesures draconiennes quand la maladie est déclarée. Les pieds de vigne malades doivent être sciés. Et s’il y a plus de 10% de ceps atteints, c’est toute la parcelle qui doit être arrachées, comme l’an passé, sur 7’000 m2 (0,7 ha) du «périmètre de lutte» défini par la «police phytosanitaire» vaudoise.

Une maladie qui craint le chaud… et le froid ?

Sur l’évolution de l’épidémie, on sait encore peu de chose, notamment quant à l’influence des conditions climatiques. Selon le chercheur Mauro Jermini d’Agroscope, basé à Cadenazzo, au Tessin, qui est devenu, depuis 2004 un expert reconnu en Europe, le développement de la maladie se fait d’Ouest en Est : dans le Bordelais, le Languedoc-Roussilon, le Piémont et la Lombardie, puis dans les pays de l’Est, jusqu’en Hongrie, Croatie et en Bulgarie, avec une remontée vers l’Autriche par la Slovénie.

Plus au Nord que le Léman (par exemple les Côtes-de-l’Orbe, Neuchâtel, le Vully, la Suisse orientale, et l’Alsace, qui est la seule région française non touchée), à cause du froid, et plus au Sud que Florence, grâce au chaud, la maladie est peu présente.

Tous les cépages ne sont pas sensibles de la même manière : le merlot du Tessin, comme le nebbiolo du Piémont, sont plus résistants que le chardonnay, le pinot noir, le gamaret et les cabernets. Les interspécifiques (johanniter, solaris) ne sont pas épargnés. Et le chasselas ? «On sait qu’il peut être touché, mais on ne connaît pas encore sa sensibilité», explique Mauro Jermini.

Dans la région de Vevey-Montreux, non seulement les vignes devront subir deux traitements d’insecticide, mais encore les jardins, où souvent ont été plantés quelques ceps de vignes.

Limiter la maladie à des foyers «ponctuels»

Va-t-on éradiquer la «flavescence dorée» ou la «contenir» et devoir vivre avec, comme avec l’oidium, le mildiou, l’eutypiose, l’esca, connue des Grecs déjà, et le bois noir? Alfred Klay répond : «Il serait criminel de ne pas tout tenter pour l’éradiquer. On a l’espoir que ne se déclarent que des foyers ponctuels.» C’est ce qui s’est passé au Tessin, dès 2004. Sur les 1’000 ha du vignoble, 85% doivent être traités contre l’insecte. Mais la flavescence dorée elle-même n’est présente que dans des foyers précis et limités.

Autre difficulté, pour Mauro Jermini, au Tessin, la cause principale de la propagation de la maladie reste le matériel végétal (porte-greffe ou barbue), la diffusion «passive» par l’homme (on songe en Suisse romande aux vignerons qui ont des parcelles dans plusieurs communes ou régions) et la diffuscion active par la cicadelle. Il s’agit donc de coordonner la lutte et d’agir sur les trois moyens. Les pépiniéristes viticoles sont avertis : seuls sont autorisés des plants munis d’un passeport phytosanitaire conforme pour la zone protégée (marqués ZP-d4) qui les garantis exempts de la maladie (notamment par traitement par l’eau chaude des barbues).

Au Piémont, le fléau a atteint de grandes proportions, surtout dans le vignoble planté en barbera et en moscato d’Asti, le nebbiolo (des grands barbarescos et barolos) étant jusqu’ici résistant, nous ont assuré, sur place des vignerons, souvent fatalistes face à l’avancée du fléau.

©thomasvino.ch