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Posté le 9 février 2017 dans Vins italiens

La Sicile, l’île aux trésors blancs

La Sicile, l’île aux trésors blancs

La production des quelque 100’000 hectares du vignoble sicilien est encore dominée par le vin blanc (60%). Après l’expansion des cépages internationaux, avec le chardonnay en tête, les Siciliens reviennent à des variétés autochtones. Et si l’île produisait les meilleurs vins blans d’Italie ?

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Par Pierre Thomas, de retour de Sciacca

Il faut se méfier des idées toutes faites. Affirmer que la Sicile produit les meilleurs vins blancs d’Italie ne «coûte» pas cher aux grandes régions (Toscane et Piémont d’abord) réputées pour leurs vins rouges prestigieux. Seuls le Frioul-Venezia Giulia, au nord de Venise et de Trieste, peut rivaliser avec une telle production de vins blancs. En quantité et en qualité.

Ces dernières années, la plus grande île de la Méditerrannée a replanté des cépages autochtones. C’est vrai dans le sud ouest, où, longtemps, le grillo a été la «matière première» du marsala, ce vin doux muté dans le style du madère et destiné dès la fin du 18ème siècle aux marins de l’amiral anglais Nelson. Et surtout sur l’Etna, avec le cataratto, dont il existe plusieurs clones (photo ci-dessus).

Un riesling méditerranéen

sic_vignesLes vins de l’Etna, ne représentent que 3% de la masse des vins siciliens mis sur le marché. Mûri sur les terres de laves du volcan qui domine la ville de Catane, le cataratto local donne des vins puissants, aux arômes «pétrolés» qui rappellent le riesling (certains sols d’Alsace et de la Moselle sont aussi d’origine volcaniques). Ces vins blancs sont aptes au vieillissement. A Milo, le cépage a même droit à l’appellation Etna bianco superiore : dans ce lieu-dit, le blanc couvre 70% du vignoble, contre 20% pour l’ensemble de l’Etna. «Ici, le mois le plus important, c’est septembre. Juin, juillet et août sont chauds. Il faut que le raisin soit mûr avant les pluies de la mi-octobre. Il n’y a aucun endroit au monde où nous pouvons obtenir une parfaite maturité du raisin et s’assurer de températures fraîches durant la vinification», se félicite Marco Nicolosi du Barone de Villagrande, un domaine historique de l’Etna, où l’on n’a jamais cessé de faire du vin depuis 1727. Dix générations de vignerons se sont succédé, même quand la production s’est réduite drastiquement, à cause du phylloxéra, des éruptions et de la dureté du travail à la main.

sic_benantiLe renouveau de l’Etna est récent. «A la fin des années 1980, l’Etna n’avait plus que le sol et les ceps pour lui… Mais aucune infrastructure, aucun œnologue, aucun marché pour ses vins», témoigne Antonio Benanti, du domaine familial, un des pionniers de cette renaissance en 1988 (et qui a fait son bac à l’Ecole internationale de Genève). «En vingt-cinq ans, on est passé de trois à plus d’une centaine de caves. On s’est rendu compte que de réunir à la fois les qualités de vins de montagne, un climat et un sol si particuliers, et des cépages qui n’existent nulle part ailleurs, nous donne une position unique.» Long et puissant, volcanique et minéral, soutenu par une belle acidité, son Etna bianco 2013 commence seulement à s’ouvrir et le Pietra Marina 2012 figurait parmi les meilleurs vins de la dégustation de Sicilia en primeur 2016 (lire ci-dessous).

Du «grillo» et du bio de surcroît!

sic_bianco_magChangement de cap, dans la région d’Acamo, à l’opposé de l’île, à l’ouest. «Manager» formé à Milan, Andrea Vesco, dans un climat insulaire où la pluie «tombe mieux», comme l’a dit un scientifique de Palerme, cultive son vignoble en pente en bio depuis quinze ans. Il est même le seul Sicilien certifié selon les normes de Bio Suisse, plus sévères que les européennes. Sa famille travaille dans la viticulture depuis quatre générations. Elle a racheté, à Marsala, l’enseigne «Rallo 1860», dont s’était séparée, après quelques péripéties, la famille de Giacomo Rallo, décédé en mai, fondateur en 1983 de Donnafugata (et père du président de la DOC Sicilia, Antonio Rallo, nouveau président de l’Union italienne des vins).

Dans ses vignes, à 60 kilomètres de Marsala, où se situe pour l’instant la cave, Andrea Vesco est un «bianquiste» qui crois au cépage grillo. Tiré à 80’000 bouteilles, d’un rendement confortable de «120 quintaux à l’hectare», vendu à un prix moyen, son Bianco Maggiore a obtenu les «tre bicchieri», la distinction suprême du guide Gambero Rosso, pour le millésime 2014. Ce vin, dégusté à la cave, offrait une attaque à la fois fraîche et puissante, un volume gras, et une finale sur le citron confit. Plus confidentielle (3300 bouteilles), Lacuba, du même millésime 2014, la version sic_marsalapassée six mois en fûts d’accacia, présente une belle structure, avec des arômes encore dominé par l’élevage. Et la troisième variante est celle qui a donné ses lettres de noblesse au marsala. Le Soleras Virgine Riserva, de vingt ans d’âge, exhale des notes de curry, de caramel, mais, en bouche, est sec, avec une belle complexité et un remarquable soutien acide, malgré les 19% d’alcool de ce vin muté.

Pour mieux «coller» à la demande, où le Vergine (sec) ne représente qu’une portion congrue, la maison va bientôt mettre sur le marché un «ruby» plus jeune et un «dolce». Car le marsala, quand il n’est pas réduit à un ingrédient aromatique pour la cuisine, se bat pour ne pas mourir ! Mais c’est une autre histoire…

De retour de Marsala, Pierre Thomas

Mes 7 blancs siciliens préférés

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1) Bianco Maggiore 2015, grillo, DOP Sicilia, Rallo 1860

Nez légérement fermentaire; attaque mentholée; joli volume en bouche; finale sèche; bien fait; note d’amertume finale et un peu épicée (poivre blanc).

2) Grillo 2015, DOC Sicilia, Rapitala

Nez discret; attaque fraîche, un peu de citron vert, mentholé; belle fraîcheur; du volume et finale finement saline.

3) Inzolia 2015 DOC Sicilia, Feudo Principi di Butera

Nez citronné; attaque fraîche; bonne structure; sec et longue finale légérement épicée.

4) Lighea 2015, zibibbo (muscat d’Alexandrie), DOC Sicilia, Donnafugata

Joli nez frais, citronné et léger muscaté; attaque souple sur le zeste de citron, légère amertume finale; frais et agréable!

5) Mandrarossa 2015, zibibbo (muscat d’Alexandrie), IGT Terre Siciliane, Cantine Settesoli

Nez délicatement muscaté; attaque fraîche, citronnée, citron vert, finale délicate sur la rose; bonne acidité; frais et léger, avec une légère douceur qui lui va bien.

6) A’Puddara 2013, Etna bianco (carricante), Tenute de Fessina

Jaune soutenu; nez boisé, de noix de coco; attaque fraîche; bonne acidité, arôme de pamplemousse rose; du gras, de la longueur, avec une note finale de pétrole; un vin de grande personnalité!

7) Pietra Marina 2012, Etna bianco Superiore (carricante), Benanti

Nez de pétrole; attaque un peu saline, sur les épices (curry doux); bon volume; finale avec une pointe d’acidité fraîche : ne fait pas son âge!

(Vins dégustés à l’aveugle, à l’occasion de Sicilia en primeur 2016, Verdura Resort, fin avril)

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©thomasvino.ch — une version de cet article est parue dans Vins & Vignobles, à Montréal.