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Posté le 10 août 2017 dans Non classé, Vins suisses

Coupage des vins : le Valais ouvre les vannes

Coupage des vins : le Valais ouvre les vannes

Pour compenser les dégâts dus au gel, ce printemps, et à la grêle (le 1er août sur 50 ha à Lens), le nouveau conseiller d’Etat valaisan responsable de l’Economie (et de la Formation), Christophe Darbellay, a décidé d’autoriser un coupage à 10% de vins suisses de même qualité sur les vins AOC Valais des cépages chasselas (fendant), gamay et pinot noir. Soit sur près de 70% du volume des vins valaisans, à l’exclusion des «spécialités».

Par Pierre Thomas

Une décision prise le 10 août : Christophe Darbellay a-t-il tiré plus vite que son ombre ?

Selon des spécialistes, la vigne est en avance : les vendanges pourraient démarrer autour du 10 septembre, en Valais, et 15 jours plus tard sur l’arc lémanique.

Difficile de dire si la production est durement touchée ou non : certaines vignes gelées en avril ont quand même donné du raisin et une «compensation» sur des vignes non endommagées peut intervenir, dans la limite des acquits de vendange. Selon l’hebdomadaire Agri du 11 août, les constats de dégâts sur des parcelles ont débuté le 7 août: 14’000 parcelles, représentant 1’200 hectares, répartis entre 800 propriétaires, sont concernés. Mais le débours pourrait quand même être estimé à 20% (la France, touchée par les mêmes fléaux climatiques, évoque une diminution 17% pour l’ensemble du pays).

Le nouveau conseiller d’Etat connaît bien la situation des grandes caves : il préside toujours le conseil d’administration de la Maison et des domaines Gilliard, à Sion, selon consultation du Registre du Commerce en ligne de l’Etat du Valais, mais devrait, logiquement, passer la main…

Une demande de l’interprofessionnel

L’Interprofession de la vigne et des vins du Valais (IVV) est intervenue auprès du gouvernement pour obtenir un élargissement du droit de coupage des vins valaisans par des vins du reste de la Suisse, en appliquant «strictement» le droit de coupage fédéral de 10%, «alors que la législation valaisanne en vigueur interdit cette pratique», précise un communiqué de presse.

Dans ce contexte, le Conseil d’Etat valaisan a donc décidé, hier, d’«entrer partiellement en matière sur cette mesure» et, ajoute-t-il, avec un rien de présomption, «à titre exceptionnel et uniquement pour le millésime 2017 (…) pour une année non renouvelable».

Cet élargissement du coupage, par rapport aux dernières exigences valaisannes, se limite au chasselas, au gamay et au pinot — ce sont aussi les vins les plus répandus dans les grandes surfaces. Pour le fendant, 10% de chasselas d’autres cantons pourront être incorporé. Les vins AOC «issus majoritairement de pinot noir et de gamay pourront être coupés avec des vins AOC de Suisse de même couleur à concurrence de 10%», donc par du gamaret, du garanoir, du merlot, et pas seulement par les mêmes cépages. A condition que ces vins de coupage n’aient pas été aromatisés aux copeaux ou édulcorés au moût concentré rectifié (MCR), des pratiques interdites dans les cantons de Vaud et de Genève, qui paraissent les mieux placés pour venir au secours de la pénurie supposée des vins valaisans 2017. Et plus que les Genevois, frappés par le gel printanier, eux aussi, les voisins vaudois devraient se réjouir de l’ouverture valaisanne… Le communiqué ne précise pas si les vins de coupage doivent être du millésime 2017 ou d’un millésime précédent (assemblage de 15% déjà autorisé).

Une AOC assouplie avant une AOP durcie

Sortie de ces conditions climatiques exceptionnelles, la mesure est un coup de canif dans l’application des normes AOC «à la dure» en Valais et va à l’encontre du cours de l’histoire des vins d’appellation d’origine protégée (AOP) en Suisse.

Certes, seul le chasselas vaudois ne peut pas être coupé à 10% avec un vin suisse (mais avec un vin vaudois d’une autre région). Et, en Suisse romande, Neuchâtel et le lac de Bienne tolèrent l’édulcoration à base de moût concentré rectifié (MCR).

Dans un futur plus ou moins lointain — au-delà de 2022 ! —, la Suisse devrait se mettre au régime des AOP et des IGP. Les premières sont pures (sans coupage), les secondes plus larges. Entredeux, l’Union européenne se penche sur la politique communautaire 2020 et des requêtes ont déjà était déposées pour modifier la législation en vigueur actuellement, de sorte que si la Suisse se calque sur les cahiers des charges d’aujourd’hui, elle risque de continuer à avoir un coup de retard sur l’Europe…

On en saura peut-être davantage à VINEA, à Sierre, le vendredi 1er septembre prochain, de 9 h. à 11 h., où trois intervenants viendront exposer leur point de vue : le Valaisan Pierre Schauenberg, responsable du secteur produits végétaux à l’Office fédéral de l’agriculture, le Français Jacques Fanet, ancien directeur-adjoint de l’INAO, et le Vaudois Olivier Viret, en charge du dossier viticole au Service de l’agriculture et de la viticulture du canton de Vaud. Après ces exposés, une table ronde devrait suivre. On ajoutera que la France paraît un pays qui, dans le débat AOP-IGP, est moins inventif que deux autres voisins de la Suisse, l’Italie et l’Autriche…

Inscription à cette matinée obligatoire via le site vinea.ch/conferenceaop-igp (jusqu’au 31 août).

En France, une procédure plus stricte

Sous-directeur de l’OIV à Paris, mais juré au Concours mondial des pinots à Sierre cet été, Yann Juban nous a fait parvenir, par Linkedin, les dispositions françaises en cas de «phénomènes climatiques défavorables». C’est autre chose qu’une décision politique prise à la petite semaine!

Que disent les textes légaux? «Les entrepositaires agréés qui ont pour activité la récolte et la vinification de leurs vendanges et qui sont touchés par des phénomènes climatiques défavorables ont la possibilité d’acheter des vendanges et des moûts en raison du déficit de récolte, sans avoir à prendre un second numéro d’accises pour une activité visée au point 3 du I. de l’ article 302 G du code général des impôts susvisé, lorsque les conditions suivantes sont respectées : 1° Un arrêté du préfet de département précise pour la campagne concernée les aires de production touchées par des phénomènes climatiques défavorables ayant entraîné des pertes de récolte significatives ; 2° Le volume des vendanges achetées ne peut avoir pour effet de permettre au viticulteur acquéreur de produire, après incorporation des vendanges achetées à sa propre récolte, plus de 80 % de sa production moyenne de vin déclarée au cours des cinq dernières campagnes ; 3° Les vendanges achetées doivent être reprises et individualisées sur la déclaration de récolte et de production du viticulteur acheteur, et retracées dans son registre vitivinicole.

Les entrepositaires agréés qui ont pour activité la récolte et la vinification de leurs vendanges peuvent acheter, sous leur numéro d’accises, des vendanges, des moûts et des vins, dans la mesure où les conditions suivantes sont respectées : 1° Les quantités de produits achetées ne peuvent dépasser 5 % de la récolte et de la production de la campagne en cours de l’acheteur. Cette limite de 5 % s’entend par dénomination et par couleur, et ne peut pas faire l’objet de compensations ; 2° Ces achats ne sont pas revendus en l’état mais incorporés aux récoltes et productions de l’acheteur sans pouvoir être individualisés. Ils sont assemblés aux produits de même dénomination et de même couleur.

L’arrêté est paru le 12 août au journal officiel français, soit quatre jours avant la décision du Conseil d’Etat valaisan.

@thomasvino.ch