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Posté le 1 octobre 2009 dans Vins suisses

Tessin — Le pays du merlot bouge

Tessin — Le pays du merlot bouge

Ticino, millésime 2007

Le pays du merlot bouge

La viticulture tessinoise se porte à merveille. Elle célèbre le dixième anniversaire de sa dénomination d’origine contrôlée (DOC), dédiée au Merlot del Ticino, avec le millésime 2007, dont le «riserva» arrive sur le marché.
Pierre Thomas, Lugano
A l’image de son partage du vignoble (1000 ha), où l’on distingue les deux versants du Monte Ceneri, le Sopraceneri et le Sottoceneri, ou encore les deux couleurs verticales de son drapeau (rouge et bleu), le Tessin viticole montre souvent deux visages. Cette métaphore, on a pu la vérifier, le verre à la main, début septembre, au Palais des Congrès de Lugano, où une soixantaine de producteurs, sous le patronage de leur association de promotion, Ticinowine, ont présenté les vins de 2007, à l’enseigne d’«Il Viso del Vino».
2007, un grand millésime
Dans un millésime aussi remarquable que 2007, cité, avec 2000 et 2005, comme le plus intéressant de ces dix dernières années, grâce à un bel équilibre entre l’acidité et l’alcool, le merlot s’affirme excellent dans sa version basique, en cuve inox, autant que dans les «riserva», où l’usage du fût neuf réclame la patience. Avec, parfois, des déceptions, comme l’a montré une dégustation d’une quarantaine de 1997. Mais pour Francesco Tettamanti, œnologue et directeur de Ticinowine, «les producteurs ont beaucoup appris sur l’utilisation du bois, ces dix dernières années». De fait, en fonction de la matière première à disposition, souvent achetée à de petits vignerons par de grandes maison (Matasci, Gialdi-Brivio, Valsangiacomo, Zanini), certains choisissent un long élevage en barriques.  Comme le 36 Mesi — 36 mois — de Gialdi, à base de raisin séché (passerillé), entonné en barriques «doublement neuves», puisqu’on transvase le merlot des premiers fûts après 18 mois pour un deuxième élevage tout aussi long dans des contenants neufs aussi…
La mode des assemblages
Mais le merlot, même s’il est planté sur les quatre cinquièmes du vignoble, n’est pas le seul cépage du Tessin. A Lugano, les producteurs présentaient presque tous un blanc : le merlot vinifié en blanc (jusqu’à 30% de la récolte, certaines années !) est l’apanage des grandes caves, tandis que les petits producteurs misent sur des monocépages, chardonnay, sauvignon blanc ou viognier.
Et puis, à côté du merlot «cuve» et du merlot «barrique» (mais pas toujours Riserva, pour éviter de devoir l’élever obligatoirement 18 mois en fûts — comme le très bon Ronco 2007, un an d’élevage sous bois, du domaine cantonal de Mezzana, médaille d’or au concours Merlot du Monde 2008), un «autre» vin. Sur soixante producteurs, deux bondolas (vieux cépage traditionnel tessinois), seulement, dont l’excellente «del Nonu Mario», de Giorgio Rossi.
Les assemblages rouges sont à la mode, comme l’Irto, d’Anna Barbara Von der Crone et Paolo Visini, 90% cabernet sauvignon, arinarnoa (merlot X petit verdot), malbec, petit verdot, et 10% de merlot, le Topazio, de la Tenuta Bally (50% cabernet sauvignon, 30% cabernet franc et 20% merlot) et dans une version plus simple, le Melodia, de Terreni alla Maggia, à Ascona, où les deux cabernets sont complétés par du carminoir (cabernet X pinot noir). Ou Trapletti encore, avec du nebbiolo, le grand cépage du Piémont, ou son déjà légendaire Nabumba (40% nebbiolo, 30% cabernet franc et une dizaine d’autres cépages, galotta, carminoir, ancelotta, diolinoir et même des interspécifiques), un rouge puissant, toasté et rustique. «Il le sera encore plus en 2009 !», lance avec provocation le jeune vigneron.
Des caves toutes neuves
Parmi les domaines les plus vastes (20 hectares) et les plus diversifiés, celui d’Agriloro, du Fribourgeois Meinrad Perler, à Arzo, tout au Sud. Son œnologue, Sacha Pelossi, fier d’un millésime 2007 de grande élégance et de finesse, se félicite de la construction prévue d’une nouvelle cave. Quant à Mario Botta, il a dessiné celle de la Fattoria Moncucchetto, dernier domaine enserré dans les beaux quartiers de Lugano. Cet automne, la nouvelle œnologue, Cristina Monico, disposera d’un bel outil pour vinifier des vins, depuis toujours sur l’élégance.
Au Tessin, ça bouge… Pour le vice-directeur de Ticino Turismo, le Valaisan Charles F. Barras, vins et produits traditionnels du terroir sont en pleine explosion. Et le canton lance, précisément cet automne, une vaste campagne de promotion dans le grand Milan et en Lombardie, pour attirer de plus en plus d’Italiens, en tourisme d’un jour, mais aussi à demeure, grâce à des allègements fiscaux.

Eclairage
Le Mondial du Merlot remet le couvert

Fort de leur succès lors de la première confrontation, l’an passé (24 pays participants, soit 60% d’échantillons étrangers), Isicom SA à Lugano et Vinea, à Sierre, organisent du 13 au 15 novembre le Mondial du Merlot, avec l’objectif de 30% de participation de plus. Les dégustations se tiendront au palace luganais Villa Principe Leopoldo Hôtel & Spa. Le concours entre aussi dans le cercle fermé des douze manifestations de la Vinofed (Fédération mondiale des grands concours internationaux), dont le siège est à Sierre, et bénéficie du double patronage de l’OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin) et de l’UIOE (Union internationale des œnologues). Deux catégories font leur apparition, en plus des merlots (85% du cépage au moins) et des millésimes anciens (antérieurs à 2003), celle des assemblages (avec 51% de merlot) et des merlots vinifiés en blanc (85% de merlot), une curiosité dont le Tessin s’est fait une spécialité.
Tous les détails sous www.mondialdumerlot.com.

Paru dans Hôtel Revue, le 1er octobre 2009.