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Posté le 30 octobre 2009 dans Vins suisses

GPVS 09 — Des vins toujours plus flatteurs

GPVS 09 — Des vins toujours plus flatteurs

Grand Prix du Vin Suisse 2009

Des vins toujours plus flatteurs

Les consommateurs suisses affirment boire moins, mais des vins indigènes meilleurs. Ceux qui ont remporté les palmes du Grand Prix du Vin Suisse 2009 sont surtout toujours plus flatteurs au palais des dégustateurs. Décryptage.
Par Pierre Thomas
Un palmarès de concours n’est pas le reflet du marché, tout au plus l’étalage d’une petite partie de l’offre. Car seuls les vignerons qui le souhaitent participent aux concours. Cette année, pour la troisième fois selon la formule sans présélections cantonales, les producteurs présentaient directement leurs vins auprès de Vinea, à Sierre. 471 encaveurs ont envoyé 2117 échantillons, soit 15% de plus qu’en 2008. Les Valaisans ont, à eux seuls, soumis 927 vins, les Vaudois, 497 vins, les Genevois, 103, les Grisons, 87, les Schaffhousois, 72, les Tessinois, 71, les Neuchâtelois, 69, etc. Le palmarès, forcément, reflète ce poids différencié des régions.  Il faut aussi savoir que les 130 jurés répartis en plusieurs commissions ont jugé les vins du 22 au 25 juin. Le palmarès, s’il vient d’être proclamé, a donc été «coulé dans le bronze» il y a quatre mois. Et si aucune machine aussi sophistiquée soit-elle, ne remplace le nez et les papilles humaines, la dégustation n’est que le reflet d’un moment M, saisi le jour J, par des personnes X (en l’occurrence, une écrasante majorité de professionnels du vin), dans une ambiance donnée.
Des vins ronds d’abord
Ceci étant posé, on peut remarquer, dans les commentaires de dégustation, que plusieurs vins récompensés sont décrits comme fruités, riches, voire avec une pointe de douceur ou de sucre résiduel. La prime à des vins ronds, faciles à boire, est une tendance manifeste. Elle s’explique: le consommateur est pressé. Il veut pouvoir boire rapidement les vins qu’il a achetés et, sauf une minorité de connaisseurs, n’a plus ni la cave, ni la patience, pour attendre qu’ils parviennent à leur hypothétique apogée. Ainsi, les vins «consensuels» tirent mieux leur épingle du jeu que des vins plus «tendus» (par l’acidité), comme la petite arvine valaisanne, la grande absente du palmarès.
Ensuite, le millésime joue toujours un rôle. 2008 fut une année fraîche, à l’été pluvieux, où la maturité des raisins fut difficile à atteindre. Connue pour ses pinots noirs (elle en place deux dans le tiercé gagnant), la Bündnerherrschaft, vallée à foehn, réussit le doublé dans les blancs, avec un pinot blanc et un sauvignon blanc. Pas sûr que sur un autre millésime, les Grisons puissent rééditer pareil exploit !
Des œnologues confirmés
Côté artisan, le palmarès a belle allure, avec le Schaffhousois Stefan Gysel, 32 ans, meilleur vigneron de Suisse, connu, comme son épouse, la Zurichoise Nadine Saxer Gysel, parmi la génération montante de Suisse alémanique. Les œnologues, jeunes mais de grande expérience, tels le Tessinois Fred de Martin (les deux premiers merlots, c’est lui et il remporte cette catégorie pour la troisième année consécutive !), le Valaisan Robert Taramarcaz (roi du chasselas et un deuxième fendant médaillé de bronze) et le Vaudois Fabio Penta (deux troisièmes places, en merlot et en vin de dessert), sont bien présents au plus haut niveau. Le jeune Damien Caruzzo, 30 ans, successeur désigné chez Provins-Valais de Madeleine Gay — vigneronne de l’année 2008 — pointe son nez, avec une dôle blanche de sa propre ligne, et Diego Mathier,  confirme brillamment son titre de «vigneron de l’année 2007», avec deux trophées (une syrah et un assemblage rouge) et une deuxième place (assemblage blanc).
Un marché sous pression
Il faut bien ça pour soutenir les vins indigènes. Interrogés en automne 2008 par l’Institut MIS-Trend, les Romands affirmaient n’être que 36% à consommer du vin une fois par semaine, contre 49% il y a dix ans. Globalement, les sondés ont souligné la qualité intrinsèque et le bon rapport qualité-prix des vins suisses. Le «Roestigraben» existe: la part de ceux qui boivent «surtout des vins suisses» est restée inchangée sur cinq ans (34%), mais les Alémaniques qui s’en détournent — 51% affirment consommer «surtout» des vins étrangers — sont plus nombreux que les Romands (26%). Rien n’est acquis pour les vignerons suisses et un concours national reste la plus sûre vitrine de leur savoir-faire très éclectique.
 

Vigneron de l’année 2009
Stefan Gysel, un jeune
Schaffhousois prometteur

Qui connaît le vignoble de Hallau, sur le plateau du Klettgau, ce coin enfoncé dans l’Allemagne, au-delà du Rhin, au nord-ouest de Schaffhouse? C’est une des régions les plus sèches de Suisse, avec des sols sablonneux, et des automnes chauds.
Traditionnellement, le pinot noir y est cultivé, dans la plus grande commune viticole alémanique d’un seul tenant (soit 150 des 480 hectares du vignoble schaffhousois). Si les crus alémaniques rencontrent un beau succès à Zurich notamment, compte tenu de la modestie de la production (17% de la vendange suisse 2008) et du poids des vins locaux en Suisse romande, ils franchissent rarement la Sarine…
A Hallau, les Gysel, père et fils, Erich et Stefan, cultivent 8,5 hectares de vignes et une dizaine de cépages. Leur domaine, Aagne, soit «eigene», pour «propres vignes», en dialecte local, montre leur fierté de vigneron-encaveur. Son titre, Stefan, 32 ans, œnologue diplômé de Wädenswil, l’a conquis en s’imposant dans deux catégories, celle des assemblages blancs, avec un pinot blanc et chardonnay 2008 et un pinot noir 2007 Spätlese  (vendange tardive), deux vins «tendance», avec quelques grammes de sucre résiduel.
Dans les six pinots finalistes figurait aussi un vin de son épouse, Nadine Saxer Gysel, œnologue. Le couple travaille en commun sur les domaines de leur famille respective, l’un schaffhousois, l’autre zurichois, à Neftenbach (7,5 ha). Leurs flacons sont souvent très bien placés dans les concours, en rouge (Mondial du Pinot noir), en blanc, en vendanges tardives et en rosé. Leur rosé schaffhousois 2008 a été nominé, cette année, alors que leur œil-de-perdrix zurichois 2006 s’était classé premier rosé du Grand Prix du Vin Suisse 2007. Le couple attend un second enfant «pour la Saint-Nicolas» (6 décembre), a dit à Berne, ravi et «lustig», Stefan Gysel. 2009, un millésime dont il se souviendra triplement : vendange d’anthologie, titre national et un bébé en prime! (pts)

Prix «Vinissimo» du vin le mieux noté
Le Neuchâtelois Alain Gerber,
orfèvre du chardonnay

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Les Gerber avec leurs deux trophées, 1er vin doux et Vinissimo du meilleur pointage.
(photo OVPT)

Dans une impasse d’Hauterive (NE), la cave d’Alain Gerber, 41 ans, on s’est serré pour la sortie officielle du vin blanc «non filtré», dans la froidure de janvier 2009… Ce jeune vigneron de la troisième génération est réputé non seulement pour les vins traditionnels de Neuchâtel — pinot noir, œil-de-perdrix, dont aucun ne figurait cette année en finale du Grand Prix du Vin ! —, mais surtout pour son chardonnay.
Ce passionné en cultive un demi-hectare sur les 7,5 ha de son domaine. A Neuchâtel, où le pinot noir est devenu majoritaire sur les 590 ha du vignoble, les 20 ha de chardonnay ne représentent que le dixième du chasselas… Mais au concours Chardonnay-du-Monde, en mars, les Neuchâtelois ont remporté les deux seules médailles d’or suisses. L’une récompensait le «Prélude 2007» qui a valu, à Alain Gerber, fin juin, le plus haut pointage du Grand Prix du Vin Suisse:  reconnaissance internationale avant la nationale!
 A Sierre, la surprise est venue du fait que ce vin de dessert a «battu» ceux de la sévère charte Grain Noble confidentiel, qui exclut le chardonnay comme cépage digne des surmaturés en Valais. Pour sa version 2007, Alain Gerber a réalisé une vraie «vendange tardive», autour du 10 décembre. Auparavant, il avait sectionné la branche qui retient la grappe de raisin. Cette méthode de concentration du sucre lui a permis d’atteindre la belle richesse de 150° Oechslé. Ensuite, le moût a fermenté en barrique neuve de chêne, où il est resté onze mois. «Le climat neuchâtelois peut paraître contraire, mais nous tirons de l’acidité naturelle un avantage : le vin présente un bel équilibre», a expliqué, à la remise du prix à Berne, Alain Gerber. Qui bouderait ce nectar, proposé en «chopines» de 37,5 cl, peut se rabattre sur le chardonnay, en cuve ou en barrique, ou même en effervescent: la cave fait portes ouvertes les 28 et 29 novembre 2009.

Prix «Bio Suisse»
Reynald Parmelin,
pionnier vaudois

Quinze ans après la reconversion de son domaine de La Capitaine en culture bio, obligatoirement sur l’entier des 11 ha de vignes entre Begnins et Tartegnin, sur la Côte vaudoise, Reynald Parmelin, 43 ans, est toujours un des seuls vignerons vaudois labellisé «bourgeon», l’emblème de «Bio Suisse».
Fils de vigneron, il a poussé très loin ses connaissances en viticulture et fut professeur en pratiques viticoles à la HES de Changins. S’il est récompensé, cette année, c’est pour son Johanniter 2008, le mieux noté des vins «bio» du concours. Il admet qu’il «a fallu apprendre à vinifier ce cépage» peu répandu en Suisse (10 ha seulement). Mis au point en 1968 à Fribourg-en-Brisgau, cet hybride (ou interspécifique) est un croisement de quatre cépages. Dans sa palette aromatique, explique le vigneron, un dégustateur avisé peut retrouver «le nez aromatique du riesling, la fraîcheur du chasselas, la longueur en bouche du pinot gris et l’amertume positive du Seyve-Villard, un vieux plant français.»
Pour Reynald Parmelin, même pour les vignerons non désireux de pratiquer le «bio», très exigeant (aucun produit chimique ou de synthèse n’est autorisé à la vigne), les interspécifiques présentent des avantages : «Selon les années, je n’ai pas besoin de le traiter ou alors deux fois» (contre une douzaine de traitements pour les cépages classiques). Des essais, aux stations fédérales de Wädenswil et de Changins, portent, du reste, sur de nouvelles variétés interspécifiques, en blanc comme en rouge. Régulièrement, le Domaine de la Capitaine reçoit le public, comme le week-end des 7 et 8 novembre et le 28 novembre 2009.

Dossier paru dans le magazine L’Hebdo du 29 octobre 2009.