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Posté le 27 mars 2010 dans Vins du Nouveau Monde

Les vins d’Israël mettent le cap sur la Méditerranée

Les vins d’Israël mettent le cap sur la Méditerranée

Nouveaux vignobles

Israël change de cap

La presse anglo-saxonne a acclamé les Cabernets Sauvignons d’Israël. Cette année, ce nouveau venu dans le monde du vin change de cap et regarde désormais vers la Méditerranée.
De retour d’Israël, Pierre Thomas.

Pour les Robert Parker junior et consorts, Israël est apparue, il y a trois ans, comme une nouvelle Californie, grâce à ses Cabernets Sauvignons. Largement répercutées, les notations de ces rouges puissants et très boisés, ont fait beaucoup pour la notoriété d’un pays qui renoue avec le vin depuis un demi-siècle. Mais aujourd’hui, le mot d’ordre, c’est cap sur la Méditerranée, comme le confirme le slogan de l’Institut pour l’export international («Wines of Israel, Mediterranean Inspiration»).
Un vin méditerranéeen pur jus
Et pour illustrer le propos, début février, à Tel Aviv, à l’occasion de l’Israwinexpo, la principale entreprise vitivinicole, Carmel (15 millions de bouteilles), a présenté son assemblage Méditerranean 2007, tiré à 20’000 bouteilles. Un vin issu de Carignan (37%), le vieux cépage languedocien importé par le baron Edmond de Rothschild en 1882, de Syrah (26%), qui surfe sur la mode australienne — pays où de nombreux vinificateurs sont allés étudier —, de Petite Sirah (15%), le Durif, connu en Californie, le Petit Verdot (20%), concession bordelaise, et une goutte de Viognier (2%). Le Carignan vient du bord de la Méditerranée, la Syrah du désert du Négev, le Petit Verdot de la Haute Galilée et la Petite Sirah, des collines environnant Jérusalem… En une seule bouteille, voici donc le concentré de la nouvelle orientation d’un vignoble disséminé, grand comme le Valais (un peu plus de 5’000 hectares).
Résurrection dans le Golan
Si l’Histoire de la vigne remonte au Moyen-Orient en 8’000 avant Jésus-Christ, si l’ancien Israël connut son âge d’or entre 1500 et 500 ans avant Jésus-Christ, les Ottomans, puis les Musulmans, rayèrent la vigne de la carte. Il fallut attendre 1882, et le baron de Rothschild (branche du Château Lafite) pour que les premiers ceps soient à nouveau plantés, sur le littoral méditerranéen, non loin des collines de Carmel, entre Tel Aviv et Haifa. Puis, après la création de l’Etat d’Israël, un renouveau progressif dès les années 1950 et, dès 1970, une vraie résurrection, notamment qualitative, avec l’établissement de la Golan Heigths Winery, d’inspiration californienne.

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Coincé entre le Liban et la Syrie, le Golan (photo ci-dessus) se situe à la même latitude que le Maroc, sur le 33ème parallèle, mais à une altitude de 1’000 mètres. Climatiquement, cette combinaison le ferait plutôt ressembler au Sud de la France ou à l’Oregon et son sol volcanique le rapproche de Napa Valley ou de l’Alsace.
L’entreprise, aujourd’hui, cultive plus de 600 hectares (6 millions de bouteilles), plantés en Cabernet sauvignon, en Chardonnay, en Merlot, en Syrah. Elle a développé la gamme Yarden, fleuron de la Galilée, où Golan Heights contrôle aussi Galil Mountain Winery (1 million de bouteilles), dont les vins sont présents en Suisse, chez Schmerling’s à Zurich et dans les rayons de Manor. Une exportation modeste, mais qui représente un container, soit 10’000 bouteilles par année. A côté de vins de cépages, son haut de gamme, Yiron (à 34 francs suisses) est un assemblage de Cabernet, de Merlot et de Syrah, passé 16 mois en barriques, dont 20% de neuves. Le 2006 offre un nez expressif, et une structure bien balancée entre la fraîcheur et des arômes plus mûrs de tabac et de cuir. Mais ce vignoble de la Haute Galilée, région aujourd’hui considérée comme la plus favorable à la vigne, est aussi planté de Grenache, de Pinot noir et de Viognier, bien fait, mais qui titre tout de même 15% d’alcool…
Entre croisement original et désert
Golan, avec Galil, sont parmi les leaders des trente grosses entreprises, pour 150 domaines dits «boutique», en pleine croissance. En 1990, Barkan, deuxième cave du pays (8 millions de bouteilles), dont le siège est situé dans les collines, entre Tel Aviv et Jerusalem, a été fondée : elle vinifie, dans des locaux en pleine modernisation, avec un futur «visitor center» à l’américaine, des récoltes du nord au sud, jusque dans le désert du Négev. Barkan vise le haut de gamme, tant avec son Cabernet Sauvignon Altitude qu’avec ses vins de cépages de la ligne Supérieur (Merlot, Syrah, Cabernet Sauvignon) ou son Pinotage. Sur le même modèle de croisement, l’Argaman de Segal, marque rachetée par Barkan, est intéressant : ce descendant de Carignan X Sousao, un cépage portugais, donne un vin rouge à la structure moyenne, joliment épicé.
Des vins rares et chers
Mais le plus intéressant vient d’une petite cave (50’000 bouteilles) dont les vins ne sont pas (encore) importés en Suisse, Vitkin, établie dans le village homonyme, à mi-chemin de Tel Aviv et de Haifa. Fondée en 2001 par un marbrier établi au bord du lac de Garde, Doron Belogolovsky, sur une douzaine d’hectares, le domaine ne cultive ni Chardonnay, ni Merlot, ni Cabernet Sauvignon. C’est son beau-frère, Assaf Paz, un des rares Israéliens à avoir étudié à Bordeaux, qui vinifie, en parallèle de son travail d’œnologue chez Binyamina (3 millions de bouteilles). Il a mis l’accent sur des blancs, avec un assemblage de Viognier, de Colombard et de Gewurztraminer, d’une rare fraîcheur, un étonnant Riesling, gras, minéral et pétrolé à souhait, et une gamme de rouges, Cabernet Franc, Petite Sirah et, surtout, un remarquable Carignan de vieilles vignes, juteux, frais, fruité — une vraie merveille ! Mais rare : 7’000 bouteilles… 

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Les Israéliens boivent 7 litres de vins par habitant et absorbent 75% de leurs vins. Pour Doron Belogolovsky (ci-dessus, à g., avec son épouse et le frère de celle-ci, l’oenologue Assaf Paz, ©pthomas), qui a des amis du côté de Zurich et de Morges, «il y a dix ans, les Israéliens consommaient 70% de vins importés et 30% de vins indigènes et aujourd’hui, la proportion s’est inversée». La clientèle préfère le rouge au blanc, quand il s’agit, au restaurant, de s’offrir une bonne bouteille. Car, handicap majeur, les vins israéliens sont loin d’être bon marché : les meilleurs sont rarement au-dessous de 20 francs et peuvent aller jusqu’à 80 francs et bien au-delà, pour quelques «stars» encensées par la presse américaine.

Reportage paru dans le Journal Vinicole Suisse de mars 2010.