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Posté le 9 juin 2011 dans Tendance

Découvrez votre signe œnologique!

Découvrez votre signe œnologique!

Fiez-vous à votre palais plutôt qu’au ciel

Découvrez votre signe œnologique

Vous avez bien lu: après les signes du zodiac, les signes œnologiques. En clair, le profil de votre palais, pour mieux choisir les vins qui, à coup sûr, vous plairont. En quatre ans, 20’000 personnes ont déjà tenté l’expérience dans le Médoc bordelais, à la Winery.
Pierre Thomas, à Bordeaux
«Une expérience gourmande et conviviale», promet le dépliant. On l’a tentée, cette expérience. D’abord, elle repose sur le talent d’un animateur. Ensuite, elle s’appuie sur un logiciel informatique qui répond du tac au tac. Et tire parti de la qualité des vins présentés, les plus typés possibles. Enfin, elle sollicite la spontanéité des participants. On est là davantage dans le ludique que dans le scientifique. «Le signe œnologique est œcuménique et ne vous empêche pas de boire du rosé bien frais!», commente Wilfrid Groizard, «export manager» de la Winery.

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Une dégustation ludique

Pour l’expérience, rendez-vous donc en petit groupe dans une salle. En face de soi, un écran d’ordinateur. Les questions sont simples. Six vins à déguster, l’un après l’autre, à l’aveugle: il suffit de valider son choix, sur une échelle de préférence de cinq, en appuyant sur une zapette. Entre la dégustation des vins, des questions basiques pour mieux cerner la personnalité. Un peu caricaturales, ces questions, du genre, préférez-vous la pizza ou le hamburger ?
A la fin de l’exercice interactif, la machine crache une petite documentation personnalisée: votre signe œnologique et son ascendant, des exemples de cépages qui vous correspondent, une liste de 30 suggestions de vins, un vade-mecum de dégustation (œil, nez et bouche du vin), un descriptif des arômes, pour aller plus loin. Le tout dure à peine plus d’une heure et demie, dans la joie et la bonne humeur.

Répondre spontanément

Même pour un sceptique — comme moi ! —, l’idée est bluffante. Mieux vaut, au départ, jouer la carte de la spontanéité. C’est le lot de la majorité des «victimes» : en France, des femmes d’abord, prêtes à jouer le jeu, quand ces messieurs roulent les mécaniques en estimant tout savoir du vin. Ensuite, inutile de savoir que vous allez être défini(e) comme «tendance», «éternel», «sensuel», «esthète», «musclé», «gourmand», «explorateur» ou «insoumis», les huit signes œnologiques, corellés à l’ascendant, soit 64 possibilités sur l’échiquier du goût.
Le système a été développé par un Français, Frédéric Brochet, professeur d’analyse sensorielle. La Winery, vaste centre de commercialisation des vins (1’800 références en rayon, expédition dans toute la France et à l’étranger), propriété de Philippe Raoux, a obtenu l’exclusivité de cet outil de promotion. Elle fait venir des «incentives» sur place : les grandes entreprises raffolent de la formule ludique qui rapproche le personnel. Des touristes découvreurs de vins débarquent dans ce Médoc vigneron, à portée de Bordeaux et des plages d’Arcachon. D’autres intéressés y ont souscrit, comme les hôtels: un palace des Seychelles, mais aussi la chaîne Accor, dans ses Mercure, qui portent une attention soutenue au choix des vins. Cette année, huit hôtels, aux quatre coins de la France (dont à Lyon et à Besançon), mettront en pratique le «signe œnologique».

Un profilage des consommateurs

Dans les coulisses, il y a des arguments commerciaux plus pointus. La Winery est une émanation du commerce de vente de vins par correspondance Chamvermeil, devenu spécialiste du «bag-in-box» et du «cubitainer» en France et en Belgique. Cette activité a atteint son pic en 1980. Depuis, le mode d’acheter et de consommer le vin a changé. L’offre, en grandes surfaces comme en boutiques spécialisées, a explosé. La nouvelle version du «signe œnologique» comportera un ressort commercial, confie Wilfrid Groizard. On pourra calibrer des vins et profiler la clientèle : connaître ses goûts et utiliser ses connaissances pour les lui rappeler dans des offres personnalisées, par exemple. Au Québec, la SAQ a tenté une expérience du même genre (avec les «pastilles de goût», 1’000 vins balisés selon huit couleurs plus ou moins intenses, quatre en blanc, quatre en rouge). Et le Savour-Club, autre maison de vente par correspondance, s’est approché de la démarche avec sa «carte d’identité du goût» (www.carte-du-gout.com).

Une formule adaptable… à la Chine

Le «signe œnologique» devrait faire fureur en Chine, où la clientèle potentielle est innombrable, le vin s’avérant une valeur occidentale que les Chinois s’approprient à la vitesse grand V. Dans chaque pays, avec des vins de l’endroit, par exemple, cette forme ludique de connaissance peut se développer. Déjà, à la Winery, plusieurs niveaux de dégustation sont proposés. La séance «découverte» à 16 euros, avec des vins au profil simple, puis «terroirs et crus» (29 euros), où le dégustateur un peu plus avisé peut découvrir le style des vins en fonction de ses préférences, le «prestige» (de 89 à 189 euros), enfin, où l’animateur aligne six grands crus bordelais de millésimes variés, ou sur un thème unique, comme le champagne (39 euros). Un «kit» à déguster soi-même à la maison se vend aussi, en version basique à 49 euros (six demi-bouteilles de vin).

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En Suisse romande, le sommelier Nicolas Bourassin (en photo, à dr., avec W. Groizard) a acquis la licence du logiciel pour développer cette activité dans des domaines de Lavaux et de La Côte et des bars à vins, à Aigle et à Lausanne, où le bar à vins Midi 20 s’est montré très intéressé.

VO d’un article paru dans le supplément Encore! du Matin-Dimanche du 5 juin 2011.