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Posté le 7 janvier 2005 dans Tendance

Vins suisses — Les vins suisses ont déjà changé

Vins suisses — Les vins suisses ont déjà changé

Vins suisses
Les vins suisses ont déjà changé

Nouvelle structure au service des vins suisses, Swiss Wine Communication va lancer ce printemps une campagne de pub surtout en Suisse alémanique. Mais déjà, les vins suisses ont changé. Analyse chiffrée.
Par Pierre Thomas
Un site Internet italien l'explique: «Les adeptes du vin de qualité en Italie sont plus de 6 millions, surtout entre 26 et 45 ans, qui recherchent et consomment de manière croissante des vins prestigieux, achètent des revues spécialisées, fréquentent des œnothèques et des wine-bars, partent en week-end à la découverte des terroirs riches en art, en histoire, en ambiance et aussi en cave.»
Le vin, affaire de quinquas?
Cette vision idyllique constraste avec le constat fait, il y a dix jours, à AGROVINA à Martigny, par Edouard Cabasse, devant les œnologues et vignerons romands. Ce quinquagénaire a pris la tête des viticulteurs du Val de Loire, après avoir «vendu» l'image du whisky et des appareils de photo numérique aux Français. La France a connu une errosion de la consommation du vin, notamment du «vin complément alimentaire» traditionnel. Résultat: «60% de la consommation de vin est le fait des plus de 50 ans». Et seuls 24% des Français admettent consommer du vin tous les jours, contre 47% il y a vingt ans. En Suisse, avec 42 litres par an et par habitant, la consommation de vin a certes fléchi depuis 1980, mais dans une proportion bien moindre qu'en France (de 90 à 58 l.) ou en Italie (de 75 à 54 l.).
La Suisse passe au rouge
En revanche, les vins suisses, ne parviennent pas à décoller d'une part de marché de 40%. C'est peu et démontre que le protectionnisme douanier, durant un demi-siècle, n'a réussi à sauvegarder que le vin blanc indigène. C'était — pas de chance! — miser sur un mauvais cheval: il se boit plus de rouge que de blanc. Mais, en Suisse aussi, les consommateurs de rouges indigènes sont majoritairement des quinquagénaires.
Pourtant, en cinq ans, le monde viticole suisse a opéré une mutation spectaculaire: pour la première fois, l'an passé, les Suisses ont bu plus de vin rouge indigène que de blanc. Si la part de marché du rouge suisse n'est toujours que d'un tiers, de 1992 à 2002, elle n'a pas baissé (58 millions de litres), tandis que la consommation de blanc suisse s'effondrait, de 80 mios à 57. Le vignoble compte désormais mille hectares de plus de cépages rouges que de blancs (8000 ha contre 7000). Avec l'encouragement fédéral à arracher 200 ha au moins de chasselas et de Müller-Thürgau chaque année jusqu'en 2011, cette tendance va s'accentuer.
2003, année hors norme
Mieux, alors que le blanc produit d'ordinaire davantage que le rouge, les dernières vendanges ont donné plus de rouge que de blanc (49 mios de litres contre 48). Des vins d'une grande concentration et d'une qualité exceptionnelle, car, en 2003, le climat sec et caniculaire a été plus favorable aux meilleurs cépages rouges, tels les tardifs (gamaret, merlot, syrah, cornalin, humagne) qu'au blanc, tel le chasselas, précoce, et qui a subi un blocage de maturité en septembre.
On parlera longtemps encore de cette année 2003. Elle marque certes le redéploiement des vins suisses, mais aussi la limite du slogan «il ne faut produire que ce qu'on peut boire». Car si la consommation des vins suisses se situe à 115 mios de litres par an, la production de l'an passé ne devrait être que de 96 mios. Au moment où il y a enfin quelque moyen (8 mios de francs par an) pour relancer la consommation du vin suisse, il n'y en aura peut-être pas assez à boire! Le monde viti-vinicole n'est pas à un paradoxe près.

Eclairage
Une image brouillée

Exemple d'un paradoxe, décrit par le Français Edouard Cabasse. D'un côté, le «goût moderne va vers le fruit, la fraîcheur, le plaisir spontané, plus sensoriel que cérébral ou dicté par un comportement». De l'autre, en France (mais aussi en Suisse…), «le vin jeune et frais est assimilé à un petit vin, entraînant une disqualification vis-à-vis des connaisseurs, une culpabilisation des non-consommateurs et un prix psychologique bas». Les vins rouges suisses jouent sur une gamme aromatique fruitée, fraîche et originale (garanoir, gamaret, cornalin, humagne). Et «Vinum», dans son édition en français de février, analyse les rapports entre la «nouvelle cuisine du monde et le vin». Le rédacteur en chef de la revue, Rolf Bichsel, constate: «J'oubliais le principal: nos vins rouges de Suisse s'allient idéalement avec cette cuisine sans frontières.» Encore un petit effort et dans les «wine—bars» de Zurich et de Berne, et pas seulement dans ceux de Genève, le «rouge suisse» sera — enfin! — «trendy»…

Article paru dans Hôtel+Tourismus Revue, Berne, en février 2004