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Posté le 10 octobre 2011 dans Tendance

La Suisse pressée à 50 vigneron(ne)s

La Suisse pressée à 50 vigneron(ne)s

Guide des meilleurs vignerons de Suisse (2011)

1 tête pour 300 hectares

Les éditions Favre, à Lausanne, publient un livre (230 pages), illustré de photographies de Guillaume Perret: 50 portraits de vignerons suisses, par Pierre-Emmanuel Buss, avec, pour chacun, deux vins commentés par le sommelier Jérôme Aké. Soit une tête pour 300 hectares. Analyse.
Par Pierre Thomas
Les lecteurs lémaniques au sens large connaissent les deux auteurs des textes. Pierre-Emmanuel Buss, d’abord correspondant à Neuchâtel, puis à la Berne fédérale, tient la rubrique «vins» du quotidien Le Temps, en principe chaque samedi et plus (ou moins) si affinité… Jérôme Aké, sommelier de l’Auberge de l’Onde, à Saint-Saphorin, fait partager ses impressions gustatives aux lecteurs du Régional, hebdo gratuit distribué de Lausanne au Chablais. On retrouve donc le ton des deux contributions dans ce compendium, préfacé par le champion d’Europe et vice-champion du monde des sommeliers en titre, Paolo Basso.

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Intransigeant et subjectif
Avec 50 portraits pour 15’000 hectares de vigne, la règle d’un vigneron pour 300 hectares paraît «mathématiquement correcte». On reste largement en-deçà, en Italie, en France ou en Espagne. Mais en Suisse, c’est autre chose… Les domaines de 5 ha sont déjà des moyennes entreprises, quand il suffit d’un à trois hectares pour faire vivre une famille, à Lavaux ou au Tessin. On compte donc, peu ou prou, près de 5’000 vignerons en Suisse, dont la plupart ont leur «encavage». C’est dire que la sélection opérée est intransigeante. Et par définition subjective…
Des guides de vignerons, il en existe. Pour mémoire, j’en ai écrit un, en 1999 déjà, édité par le quotidien 24 heures, où figuraient 170 portraits de vignerons romands, à travers leurs vins. L’opuscule où Yves Jault avait peaufiné la sélection vaudoise et dont il n’y a, aujourd’hui, pas grand monde à retrancher, avait reçu le prix spécial du jury du Château de Châtagneréaz, à l’époque où la Confrérie du Guillon n’avait pas encore cédé au prurit de la «pipolite».
Tout est bon chez eux
Déjà, l’ancêtre du Temps, le Nouveau Quotidien, sous la plume de son spécialiste de l’époque, s’était demandé pourquoi un tel ouvrage ne dresse pas un palmarès représentatif des meilleurs vins (et non des producteurs). Chose (relativement) aisée à Bordeaux ou en Bourgogne, voire en Italie, en fonction des AOC et de la législation des crus qui se limitent à des cépages, c’est quasiment impossible en Suisse, pays ultra-libéral dans la codification des conditions pour produire un vin. L’évidence saute aux yeux: ceux qui font bon, en général, le font pour toute une gamme, qui va du blanc d’apéritif instantané au rouge à faire vieillir patiemment.
Périodiquement, de tels classements peuvent être renouvelés sur Internet: ce site en propose l’un ou l’autre, dûment datés. Ou alors, on peut se fier à la sélection de la Mémoire des vins suisses, projet ambitieux lancé il y a dix ans par des journalistes zurichois pour vérifier dans le temps l’aptitude des vins suisses au vieillissement. Le guide la recoupe partiellement (pour les 40 membres actuels de la MDVS).
Une pièce de plus au dossier
S’égare-t-on à partir de la piste d’un «guide des (50) meilleurs vignerons de Suisse» ? Que nenni! La subjectivité, bien argumentée, de Pierre-Emmanuel Buss et les commentaires, souvent pleins d’emphase de Jérôme Aké — mais le bonhomme est comme ça ! —, sont une pièce de plus au dossier des vins suisses. Ni plus, ni moins. Avec un signal de renouvellement. Les pionniers d’il y a vingt ans laissent la place soit à leurs enfants (Vincent Chollet, Stéphanie Delarze, Christian et Julien Dutruy, François Grognuz, Vincent Papilloud, Emilienne Hutin, Ivo Monti, Luigi Zanini junior), soit à des — relativement, par rapport à 2000 — nouveaux venus (Charles Rolaz, Diego Mathier, Robert Taramarcaz, Stéphane Gros, Jacques Tatasciore, Michael Broger, Andreas Meier). Et encore, les enfants d’autres sont déjà aux portes de la maison (Cruchon, Mercier, Besse)… Parfois, l’entreprise s’efface derrière l’œnologue (Christian Vessaz, Fabio Penta, Madeleine Gay, Gilles Besse, Alfred de Martin), d’autres fois, c’est le propriétaire qui occupe le devant de la scène (Louis-Philippe Bovard, Philippe Gex, Jean-Pierre Pellegrin, Meinrad Perler). Et quelques personnalités fortes sont toujours là, et bien là : Blaise Duboux, président d’Arte Vitis, Pierre-Luc Leyvraz, dignitaire du chasselas vaudois comme Raymond Paccot, les Valaisan(ne)s emblématiques Marie-Thérèse Chappaz, Gérald et Patricia Besse (en photo de couverture), Benoît Dorsaz, Marie-Bernard Gillioz, Jean-François et Axel Maye, Anne-Catherine et Denis Mercier, Dany Varone et Stéphane Reynard, Jean-Michel Novelle, Jean-Daniel Giauque, Rüdi Baumann, Urs Pircher, Martha et Daniel Gantenbein, Annatina Pelizatti, Adriano Kaufmann, Enrico Trapletti.
On ne fera pas l’injure de dresser la liste des absents: elle serait plus conséquente du côté de Neuchâtel (réduit au seul Tatasciore, c’est un peu court, jeune homme !), du Tessin et, peut-être, de la si méconnue Suisse alémanique (son seul «vigneron suisse de l’année 2009», Stephan Gysel, n’y figure pas). Avec 50 producteurs et 100 vins commentés (et 400 autres mentionnés), le vade-mecum suffit largement au commun des œnophiles pour aller et découvrir ce pays viticole en constante mutation qu’est la Suisse. Et n’exclut pas une sélection-plan B presque aussi relevée en qualité. Car il y a bien 100 vignerons dignes de palmarès en Suisse, c’est sûr!
«Guide des meilleurs vignerons de Suisse»
232 pages, photos en couleurs, dans les kiosques, postes et librairies

©thomasvino.ch