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Posté le 7 novembre 2005 dans Adresses, Restos

La Sarraz (VD) — O Sole Mio

La Sarraz (VD) — O Sole Mio

«O sole mio», La Sarraz (VD)
Le soleil se lève en Orient

Ce fut un pub, puis une adresse interlope et aujourd’hui, à vue de nez, une pizzeria comme il y en a tant, doublée d’un bar. Mais poussez la porte un samedi soir, de préférence après avoir réservé : des effluves d’Orient vous sauteront au nez…
Ce seul soir de la semaine, l’épouse de Homy Shoukat, le patron de cette auberge plantée juste à côté de la Venoge, cuisine comme chez elle. Mahsa, en Suisse depuis une année, est une Iranienne dont la famille exploite des services traiteur qui, chaque jour, apprêtent des centaines de repas à Téhéran. Elle connaît, sinon la musique, du moins la cuisine. Comme son mari, venu jeune en Suisse, il y a plus de trente ans et dont la mère iranienne avait épousé, en secondes noces, à Lausanne, le fils d’un restaurateur italien réputé. A 46 ans, Homy a, du reste, un parcours de cuisinier suffisamment sûr pour tenir les fourneaux d’O sole mio, dont l’enseigne indique clairement la couleur. Il y a là des pizzas, des pâtes, des viandes.
Iranien le samedi soir
Mais ce qui fait l’originalité de la maison c’est, bien sûr, depuis quelques samedis, ce repas iranien, servi à 35 francs. Il faut se laisser faire : l’autre soir, en entrée, des feuilles de vignes farcies, servies chaud et non froid comme en Grèce, partageaient l’assiette avec un yoghourt au concombre, aux noix et aux raisins secs, parfumé aux herbes sèches et à la menthe. Un pain «barbari», parsemé de graines de sésame, sortait tout chaud, bien moelleux, du four à… pizzas. Puis, des pilons de coquelets entouraient une large platée de riz basmati, parfumé et coloré de safran. On sous-estime les ouvertures à la cuisine du monde des commerces d’ici : c’est un importateur iranien d’Epalinges qui fournit plusieurs adresses en ingrédients de son pays. La caractéristique du plat, aux goûts subtils, tenait dans la longue marinade du poulet. La viande avait macéré deux jours dans de l’huile d’olive, du citron, du safran et de l’ail, avant d’être passée au four.
Pour le patron, la cuisine iranienne est «très raffinée, riche en épices douces. Et pas en piments comme au Proche-Orient, mais parfumée et généreuse. Elle nécessite une longue préparation.» Ce qui limite de la servir : ou bien le débit est suffisant ou bien il faut accepter de manger ce qui a été préparé, comme à La Sarraz. Ainsi en va-t-il du bœuf, de l’agneau, du poulet ou du poisson, toujours servis en plats composés.
Le souvenir d’Omar Khayam
Pas question de boire du vin iranien. Officiellement, ce pays qui est un des plus importants fournisseurs de raisins secs, ne produit plus de vin depuis la révolution islamique. Mais on n’efface pas le passé. Au temps des Achéménides, les femmes étaient des cheffes de clan, fort écoutées à Persépolis où, selon Hérodote, les hommes prenaient, ivres, des décisions, puis changeaient d’avis à tête froide… Hafiz, puis Omar Khayam, furent des poètes qui chantèrent le vin. Jusqu’au 17ème siècle, Shiraz figura même comme capitale du vin, moins par la syrah que par son vin blanc de vendange passerillée. Ce fut, à la fin du 17ème siècle, le premier vin qui voyagea en bouteille de verre emballée de paille des Indes jusqu’en Europe. Comme les fiasques de chianti, donc… Le décor, repeint récemment de couleur pastel orangé, s’avère pimpant, dans la petite salle à manger éclairée de quelques jeux de lumière. Ils se reflètent dans un immense miroir au charme tout oriental.

La bonne adresse
«O sole mio»
Rte de la Foule 14
La Sarraz (VD)
Tél. 021 866 71 39
Fermé le dimanche

Le vin tiré de sa cave…
Boire local

Quand s’éteignait la gloire du vin perse s’éveillait celle des crus vaudois. A Eclépens, dans la plaine où coule la Venoge, le pressoir du Château d’Enhaut indique 1789. Non pas la date de la Révolution française, mais celle de la construction du bâtiment, par un nobliau local, relayé par une famille neuchâteloise, les Coulon, dès le début du 19ème siècle. Aujourd’hui, le propriétaire, Georges de Coulon, est à la tête d’un domaine de 5,2 ha. Son vin est élevé et vinifié par la maison Schenk SA, à Rolle. Le Château d’Eclépens, avec une vingtaine d’autres vaudois surtout de La Côte, est un des fondateurs de l’association «Clos, Domaines et Châteaux», lancée à Vufflens…le Château en avril 2004. Le marketing affirme que ce cénacle «offre des crus d’exception, reflets d’un terroir et d’un patrimoine historique», grâce à un règlement de production «plus sévère que l’AOC». Le pinot-gamay du Château d’Eclépens, dans le (chaud) millésime 2003, à la robe d’un rouge profond, à la trame agréable, d’une bonne fraîcheur d’arômes, sait tenir son rang, en 50 cl ou en bouteille.

Paru le 29 octobre 2005 dans Le Matin-Dimanche.