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Posté le 15 mars 2011 dans Vins suisses

Arte Vitis «booste» le merlot

Arte Vitis «booste» le merlot

T comme tendance
M comme le Merlot

C’est l’inverse du film de Fritz Lang (M le Maudit) : le merlot est un cépage rouge chéri de la Suisse romande. Y compris des Vaudois. Dégustation.
Par Pierre Thomas
A Beau-Rivage, le palace genevois, lundi passé (14 mars 2011), les treize vignerons du groupe d’excellence vaudois Arte Vitis proposaient la dégustation de huit merlots (lire les commentaires de dégustation ci-dessous). Une belle confirmation pour ce «cépage de cuve noir du Bordelais mondialement cultivé», comme le décrit l’ampélographe Pierre Galet. Le pape des cépages, d’avant la «génération ADN», remarque que le merlot n’a pas toujours été au premier plan ; il n’était qu’une variété secondaire du Bordelais, nommée «crabutet noir». Mais dès le milieu du 19ème, sa réputation était assurée. A Pomerol et à Saint-Emilion, il donne quelques uns des plus grands rouges du monde.

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Henri Chollet, d’Aran-Villette, et Fabio Penta, oenologue des Domaines Hammel.

Champion vaudois, au nez et à la barbe des Tessinois

Et en Suisse ? En 1906, les Tessinois eurent fin nez de le substituer à des variétés locales, terrassées par le phylloxéra. Avec 855 hectares, le merlot reste le point fort au Sud des Alpes (Tessin et Misox). Autant dire que le titre de vin le mieux noté du Concours des Merlots du Monde, à Lugano, décroché en novembre dernier par un vin vaudois, a fait grimacer plus d’un vigneron local. Ce titre, remporté contre 300 adversaires, a consacré la coopérative Uvavins. Son œnologue, Rodrigo Banto, a su dompter, dans son merlot 2009 de la ligne biennommée Inspiration, les tanins d’un cépage qui peut rester végétal… Un travail ciselé en cave, alors que le raisin, lui, a été vendangé à la machine, sur La Côte vaudoise.
Lundi, ce champion a une fois de plus charmé, dans un style plutôt international. Comme le sont aussi les vins des domaines de la maison Hammel, où l’œnologue Fabio Penta cultive ce cépage depuis la fin des années 1980. Pour lui, le merlot supporte davantage de rendement que la syrah (600 à 700 g. au mètre carré contre 500 g. et moins) ou le cabernet sauvignon. Dans la région lémanique, sa maturité est assurée, même dans des années ingrates, comme l’a démontré la récente étude des terroirs vaudois. Toutefois, si «à Bordeaux ou au Tessin, on considère le merlot mûr avec un potentiel 12,5% d’alcool, à La Côte, il faut au moins 13% voire plus, pour éviter un goût végétal de lierre.» Le merlot restitue bien son «terroir», constate le vigneron-encaveur Henri Chollet : «C’est un cépage qui aime les sous-sols frais, argilo-calcaires. Et il supporte davantage l’eau que la chaleur, même s’il est sensible à la pourriture grise.»

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Huit merlots vaudois des membres d’Arte Vitis.

Une question d’élevage
Grand cépage rouge, le merlot se magnifie aussi par son passage en fût de chêne. Les huit exemples vaudois dégustés à Genève l’ont démontré : élevage en barrique, luxuriant, pour les merlots d’Uvavins, de Hammel (Domaine de Crochet 2008 à Mont-sur-Rolle et Clos de la George 2008 à Yvorne) et 2009 de Louis-Philippe Bovard ; tendance fruitée fraîche, avec un beau 2007 de Pierre Monachon, un agréable 2008 du Domaine Henri Cruchon ; une extraction importante, avec de la rusticité à la clé, pour les très jeunes 2009 de Philippe Gex et de Henri et Vincent Chollet, La Maisonnette, issu de jeunes vignes. Autant de styles, qui reflètent le tempérament des vignerons… Les chiffres indiquent que le merlot n’était cultivé que dans six cantons suisses en 1999, et dans treize, dix ans plus tard. En Valais, sa surface s’est multipliée par 17 (88 ha), en pays de Vaud par 10 (35 ha) et par 5 à Genève (38 ha). Au total, la progression est de 180 hectares, soit au bas mot, 1,5 millions de bouteilles, tout de même!

Texte paru dans Hôtel Revue du 17 mars 2011, version PDF ici.
 

Dégustation — 8 merlots vaudois notés sur 100

Merlot 2009, Inspiration
UVAVINS – Cidis, Tolochenaz
92/94

Beau nez torréfié, touche d’amande amère, de nougat; attaque voluptueuse; texture fine, élégante; boisé subtil (bois de cade); vin ouvert et mûr, charmeur; notes finales de tabac blond et de cuir.

Merlot 2009 Saint-Saphorin
Domaine Louis-Philippe Bovard, Cully
88/90

Magnifique robe sombre; nez de café, de moka; très mûr et riche; attaque sur des arômes balsamiques et résineux d’élevage; un peu chaud et tanins un peu secs; en fin de bouche, on retrouve la fumée froide, le cèdre et une légère touche végétale.

Merlot 2008
Domaine de Crochet, Mont-sur-Rolle
Hammel, Rolle
88/90

Nez de cèdre; attaque puissante, grasse, avec une impression enveloppante de douceur; épices orientales, cannelle; un vin moderne, très travaillé et bien élevé (16 mois de barriques à 70% neuves).

Merlot 2007
Pierre Monachon, Rivaz
88

Nez légèrement évolué, de laine mouillée; attaque sur la truffe fraîche, un boisé léger, pas encore fondu; belle concentration en milieu de bouche, tanins ronds, finale assez tendre; agréable et sapide.

Merlot 2008
Clos de la George, Yvorne
Hammel, Rolle
86/88

Joli nez, fin et fruité (fruits rouges, cerise noire); attaque sur la réglisse; un peu de douceur, du gras; un vin plus souple que le Domaine de Crochet, avec moins de matière et un peu brûlant en fin de bouche (vignes plus jeunes, moins d’extraction, 45% de bois neuf, 16 mois de barrique)

Merlot 2008
Domaine Henri Cruchon, Echichens
86/88

Nez de réglisse, léger végétal; attaque sur le moka, les fruits rouges, touche chocolat; structure moyenne, frais, de type variétal.

Merlot 2009
Philippe Gex, Yvorne
85/87

Nez de fruits rouges; arômes très mûrs à l’attaque; épicé et poivré en rétro; belle longueur, avec des tanins fermes, un peu crocheurs; touche rustique.

Merlot 2009 La Maisonnette
Henri et Vincent Chollet, Aran-Villette
85

Nez un poil réduit et arômes fermentaires (banane); attaque sur le côté variétal, finale légèrement amère; un vin rustique, de jeunes vignes (5 ans, premier millésime mis sur le marché).

Huit vins dégustés le 14 mars 2011 au Beau-Rivage à Genève.

©thomasvino.com/150311