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Posté le 27 avril 2016 dans Tendance

Club DIVO  La nouvelle directrice vient des AOC

Club DIVO
La nouvelle directrice vient des AOC

Dans une vie précédente, Barbara Pokorny fut la responsable de l’association des AOC – IGP suisses. Des AOC à la direction du club de vins DIVO, qui fête ses 80 ans cette année, il n’y a qu’un pas que cette Fribourgeoise d’origine alémanique va franchir le 1er mars. Et le jeudi 2 juin, à son siège de Penthalaz (à deux pas de la gare CFF de Cossonay), de 15 à 20 h., une grande dégustation réunira 50 vignerons et 150 vins (à Bâle le mardi 31 mai et à Winterthour le mercredi 1er juin).

Pierre Thomas

AOC, pour «appellations d’origine contrôlée», si importantes dans le vin, un secteur que ne recouvre toutefois pas l’association suisse des fromages, des charcuteries et des produits agricoles labellisés. Et DIVO, pour «défense et illustration des vins d’origine», un acronyme voulu par le publiciste genevois sulfureux Constant Bourquin, qui sortit son premier manifeste en octobre 1936. De la promotion des vins authentiques, le club a évolué vers la vente par correspondance, notamment sous l’impulsion de Pierre Balthasar de Muralt. Sur le même modèle, également à partir d’une revue, il fut le fondateur des Editions Rencontre : au lieu de colis vineux, elles livraient aux ménages romands de la littérature au mètre.

Mais aujourd’hui, au moment où Internet a généralisé les plate-formes de choix des vins, un tel club est-il encore utile ? Celle qui l’a précédée, Claudia Heine et Barbara Pokorny, répondent en chœur: «Un club, ça paraît old fashion ? Mais c’est la première forme de réseau social ! Les 20’000 membres se sentent dans une même famille. Il faut, effectivement, intéresser les plus jeunes, et nous réfléchissons comment les atteindre par les médias sociaux.» Barbara Pokorny va s’y astreindre :«J’ai toujours rêvé de travailler dans le vin et je réalise mon rêve à 56 ans.» Elle vient de la communication, qu’elle assurait en Suisse alémanique, pour le salon des Goûts et Terroirs de Bulle. Et elle habite en Gruyère.

La vraie étiquette plutôt que la cuvée maison

DIVO, qui fait partie du géant agricole Fenaco, et rend des comptes au négoce bernois Garnier, garde ses formules : une dégustation en début de mois au siège de Penthalaz (VD), mais aussi à Genève, et périodiquement, dans d’autres villes de Suisse, un magazine à thème, ses cartons de dégustation de l’offre mensuelle. Et quelques cuvées propres… Pour marquer ses 80 ans, le club avait convié sommeliers et journalistes à un exercice proposé en taille réduite dans un carton de 6 bouteilles : réaliser, à partir d’échantillons des cépages bordelais élevés dans des barriques différentes, son propre assemblage, des vins de la famille d’origine belge De Schepper (châteaux Haut-Breton Larigaudière, Tour Baladoz et La Croizille).

Dans ce sens, DIVO n’est-il pas tenté de proposer à ses membres «sa» cuvée — comme il le faisait très souvent par le passé ? Le sommelier Eric Duret, responsable des achats, répond : «Le consommateur, aujourd’hui, exige l’étiquette du domaine, qu’il peut repérer dans les revues et les sites Internet.» Pour des régions moins réputées que Bordeaux, le club propose quelques unes de ses propres cuvées, comme le R23 de Rudeles, dans la Ribera del Duero, qu’Eric Duret choisit lui-même sur place, ou La Favola, un vin sicilien. Cet automne, la cuvée des 80 ans sera soumise aux membres : elle a été sélectionnée chez Dino Illuminati, un des meilleurs producteurs de montepulciano des Abruzzes.

L’e-commerce ne suffit pas

Hormis la confiance qu’on peut accorder «les yeux fermés» à une sélection, comme le font les adhérents du club qui, de plus en plus, passent leur commande via Internet (30 à 40%, en progression constante, www.divo.ch), la dégustation à domicile ou dans un lieu restent essentielle à la connaissance et à la découverte des vins. Deux jeunes diplômés de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), Michael Schlegel et Nicolas Kiss, ne diront pas le contraire. Ils ont mis en ligne, il y a peu, un e-commerce réservé à des vignerons suisses sélectionnés, www.swissgrapes.ch. Leur clientèle a moins de 35 ans, est plutôt urbaine et à 40% d’outre-Sarine. Pourtant, à Pâques, ils vont ouvrir dans leur cave de stockage de Gilly, au cœur de La Côte vaudoise, entre Genève et Lausanne, un lieu de dégustation convivial. Ils ont constaté que la possibilité de proposer des cartons panachés (une bouteille de chaque vin) est un argument convaincant. Avec la tenue d’un discours basique sur le vin : «Il faut parler simplement aux nouveaux consommateurs qui boivent du vin par simple plaisir.»

Paru dans Hôtellerie & Gastronomie Hebdo du 20 avril 2016.