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Posté le 7 janvier 2005 dans Tendance

Vins suisses — Quel avenir pour le chasselas?

Vins suisses — Quel avenir pour le chasselas?

Vins suisses
Quel avenir pour le chasselas?

Mercredi prochain, au Salon suisse des goûts et terroirs, à Bulle, des experts débattront de l'avenir du chasselas. Le point sur le cépage emblématique des vignobles romands.
Par Pierre Thomas
Anticipant sur la «politique agricole» 2007, la Confédération a ouvert un crédit de 5 millions de francs pour subventionner la reconversion des vignobles de chasselas et de Müller-Thurgau. Les vignerons se sont précipités: si toutes les demandes devaient être acceptées, il faudrait mettre le double de la somme à disposition…
Il n'empêche, principalement en Valais, à Genève et à Neuchâtel, près de 200 hectares de chasselas vont disparaître, au profit de «spécialités» blanches ou rouges.
Ce transfert vers une diversification de l'encépagement n'est pas nouveau. En Valais, la surface de chasselas a perdu 324 ha en dix ans. A Genève, près de 300 ha ont également disparu. A Neuchâtel, 150 ha. Dans ces trois cantons, le chasselas occupe encore 2300 ha (soit 1557 en Valais, 475 à Genève et 268 à Neuchâtel).
Plus que jamais vaudois
Résultat des courses: désormais, il y a plus de chasselas cultivé dans le seul Pays de Vaud que dans l'ensemble de la Suisse, selon les chiffres de l'Office fédéral de l'agriculture (2001): 5249 ha en Suisse, dont 2630 ha dans le canton de Vaud. Dans ce dernier canton, la surface de chasselas n'a diminué que de 96,7 ha en dix ans.
L'importance économique du chasselas est donc devenue un problème vaudois d'abord. Ce fait pourrait avoir une incidence, au moment où chaque canton développe sa stratégie de diversification, mais aussi où l'Interprofession du vin suisse se met en place.
Ainsi, le vignoble genevois est partagé en trois tiers: un tiers de chasselas, un tiers de gamay et un tiers où les autres cépages blancs et rouges font jeu égal. A Neuchâtel, c'est le pinot noir qui a pris l'ascendant, pour la première fois l'an passé, et il est vinifié pour moitié en rosé (œil-de-perdrix). Quant au Valais, ces dix dernières années, son encépagement s'est enrichi à la fois en pinot noir (+ 143 ha), en spécialités rouges (+ 254 ha) et en spécialités blanches (+ 156 ha), le johannisberg et le gamay reculant chacun de 100 ha.
Publicité: en Suisse d'abord!
La diversification va poser d'autres problèmes que l'écoulement du seul vin blanc, dont la consommation est en diminution (10 millions de litres sur 70 par rapport aux années 90). Depuis vingt ans, les forces en présence dans le milieu viti-vinicole suisse ont montré qu'elles sont loin d'être unanimes sur les solutions à apporter à la production et à la commercialisation des vins indigènes.
Dès le 1er janvier prochain, une nouvelle structure, Swiss Wine, opérera depuis Berne: elle prendra à la fois le relais de la Société suisse des exportateurs de vin (SWEA) et devrait pouvoir piloter des campagnes de publicité en faveur des vins suisses en Suisse, ce qui est une nouveauté. Car avec moins d'1% d'exportation, la solution aux problèmes des vignerons suisses est prioritairement en Suisse. Plus exactement, c'est la Suisse alémanique — deux tiers des consommateurs — qui détient la clé du succès des vins romands — trois quarts des producteurs.
Suivre l'Autriche?
L'exemple de l'Autriche fait fantasmer certains producteurs. Notre voisin de l'est a réussi à multiplier par trois les exportations en cinq ans et, mieux encore, pour la première fois l'an passé, à faire reculer les importations. Encore faut-il tenir compte de quatre faits: primo, les Autrichiens importent moins de vin que les Suisses (un quart de la consommation contre deux tiers), secundo, les Autrichiens boivent moins de vin que les Suisses (32 litres par tête et par an contre 42 litres), tertio, les vins autrichiens sont vendus très bon marché, en moyenne, à l'export, et quarto, l'Autriche fait partie de l'Union européenne.

Article paru dans Hôtel+Tourismus Revue, Berne, en juin 2003