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Posté le 8 mai 2007 dans Vins français

Christian Seely: «Bordeaux sera toujours Bordeaux»

Christian Seely: «Bordeaux sera toujours Bordeaux»

Christian Seely, directeur général d’AXA-Millésimes
«Bordeaux sera toujours Bordeaux»
Pour la quatorzième fois depuis 1981, Vinexpo à Bordeaux, du 17 au 21 juin 2007, sera La Mecque du vin. De passage à Lausanne, Christian Seely nous a dit pourquoi «Bordeaux sera toujours Bordeaux». Même pour un Anglais.
Ce manager de 46 ans, a succédé à Jean-Michel Cazes à la tête d’AXA-Millésimes, il y a six ans (lire l’éclairage ci-dessous). L’assureur français, au début des années 1980, a eu une «logique d’investissement», en achetant, à Bordeaux, au Portugal et en Hongrie (Tokay Disznökö), des domaines en déclin, mais à fort potentiel, qui ont été «remontés» en qualité et reconnus, avec une plus-value patrimoniale importante. Ainsi les châteaux bordelais Pichon-Longueville-Baron (Pauillac), Suduiraut (Sauternes) et Pibran (cru bourgeois).
Bordeaux de A à Z
Ces vins sont notamment écoulés par une maison de négoce de la place de Bordeaux, la Compagnie médocaine, qui appartient au même groupe. D’où, pour le directeur général, une vision de A à Z : «Il y a eu une révolution dans le vignoble. Les producteurs tendent à être plus stricts avec eux-mêmes. Pour être certains de faire de la qualité, il faut accepter des rendements bas et réguliers. Depuis six ans, à Pichon, on produit la moitié de «grand vin» qu’il y a dix ans. On part de l’idée qu’on va faire le plus grand Pichon possible chaque année. C’est un phénomène constaté dans les meilleurs châteaux du classement de 1855 : eux peuvent se le permettre, parce que le résultat sera remarqué et récompensé par le prix.»
Que des grandes années ?

Pourtant, les années, au climat contrasté, jouent un rôle? «Depuis 2000, tous les millésimes ont leurs qualités : 2000, 2003 et 2005 se signalent par des raisins très mûrs. Mais 2001, 2002, 2004 et 2006 sont aussi de grands millésimes! Si les rendements avaient été élevés en 2001 et 2002, on n’aurait pas pu mettre sur le marché de grands vins. Bordeaux a fait le nécessaire pour augmenter la qualité. On oublie que le Bordelais est une des régions les plus dynamiques du monde. C’est peut-être le Vieux Monde, mais l’esprit est jeune! Je suis Anglais et, pour moi, Bordeaux reste le centre du monde du vin.»
Mais comment le consommateur réagit-il à la surenchère qui se retrouve dans les prix? «Les consommateurs ne veulent que le plus grand. Le phénomène est constant. Entre 2000 et 2005, cinq millions de nouveaux consommateurs de vin sont apparus aux Etats-Unis. En Asie, le pouvoir d’achat est important. A Londres, la City s’enflamme comme à Shanghaï. Ces nouveaux consommateurs exigent le meilleur par sécurité: ils veulent le paradis, maintenant ! Ils sont dans une phase initiale ; quand on aime le vin, on sait qu’il n’est pas essentiel d’avoir de grands crus 2005 dans sa cave; il y a d’excellentes années, moins cher… Plus on connaît le vin, moins on recherche l’inabordable.»
Les 2006 entre 2004 et 2005
La campagne des «ventes en primeurs» des 2006 a pourtant de la peine à démarrer : «Ca va aller très vite! Le prix des 2006 se situera entre 2004 et 2005. La qualité — certains sont presque au niveau de 2005… — et les prix seront hétérogènes, entre l’euphorie et le pessimisme. 2006 est un grand millésime de terroir et de travail de l’homme. On a dû trier sévèrement la vendange : les grands châteaux en ont eu les moyens. Et il a fallu lever le pied dans l’extraction, sous peine d'avoir trop de tanins.»
La responsabilité des grands châteaux
«Il ne faut pas se faire d’illusion sur les nouveaux consommateurs», insiste Christian Seely, «si ça n’est pas bon, ils se détourneront des bordeaux. Quand un château se positionne haut, il a donc le devoir de faire de grands vins.» Et le marché suisse, dans ce tourbillon? «Il m’apparaît comme un grand marché classique de connaisseurs qui ont le souci de la qualité, mais pas à n’importe quel prix. La fidélité des clients suisses est très importante et nous veillons, avec Pichon-Baron, parmi les «grands deuxièmes», à rester raisonnable par rapport aux premiers crus classés.» Et Christian Seely, sur la terrasse du Beau-Rivage Palace, de se féliciter des trois millésimes à la carte du restaurant, dont un superbe 1996, parfaite illustration d’un grand Pauillac à majorité cabernet-sauvignon (70% dans ce millésime classique).
Pierre Thomas
Eclairage
La poésie et le management
solubles dans le porto

L’itinéraire de Christian Seely, Anglais de Nottingham, n’est pas banal. Avant de faire un MBA à Fontainebleau, il a étudié la littérature à Cambridge. Le vin l’a rapidement rattrapé : son père est un auteur connu en Angleterre, ex-journaliste du magazine Decanter et francophile, «amateur de bons vins et de bonne chère». L’étudiant monte, en parallèle, une société qui fournit des cadeaux d’entreprises, dont les meilleurs flacons. Après son MBA, il devient «directeur général volant» d’entreprises à redresser. «Le vin me manquait terriblement…». Il fait donc ses offres spontanément à AXA Millésimes pour reprendre un domaine portugais récemment acquis, en 1993, la Quinta do Noval. Il va la «redresser», de la vigne à la cave, en sept ans, pour en faire un domaine leader du porto et du Douro. Tout naturellement, à la retraite de Jean-Michel Cazes (propriétaire du Château Lynch Bages), fin 2000, il prend sa succession à la tête du groupe. Agé de 46 ans, Christian Seely vit à Bordeaux, avec son épouse française, œnologue, et ses fils, de 3 et 5 ans. Rappel historique: comme l’indique le Larousse, «Bordeaux fut un port anglais durant trois siècles, de 1154 à 1453». (PTs)

Version courte parue dans Hôtel+Tourismus Revue du 10 mai 2007.