Pages Menu
RssFacebook
Categories Menu

Posté le 15 avril 2013 dans Actualités, Tendance

Quand l’étiquette fait la force

Quand l’étiquette fait la force

Le monde du vin est fait d’individualistes. Chaque vigneron assume son étiquette et chaque consommateur apprécie le vin comme il le déguste. Mais il arrive que des Suisses se la jouent une pour tous, tous pour une…étiquette. Illustration en forme de triptyque.

Pierre Thomas

Le pinot noir est le cépage le plus planté de Suisse. Il en existe de nombreux clones. Du côté de Morges (VD), l’Histoire indique qu’en 1420, fuyant la peste, la reine Marie de Bourgogne laissa des ceps de pinot noir. Convaincus d’avoir sauvé quelques plants de cet ancien clone, les vignerons vaudois en ont élaboré un vin, selon un cahier des charges précis, et sous un nom déposé, le Servagnin, réservé aux seuls producteurs morgiens (les Cruchon, Bolle, Domaine de la Ville de Morges, de Marcelin, Le Moulin, etc.).

encore_etiqecomm

Le Servagnin, exclusivité morgienne

Chaque année, depuis 2000, quinze producteurs, cultivant près de 5 hectares, dûment contrôlés, bichonnent leur cuvée de pinot noir, élevée neuf mois au moins en fûts de chêne, petits ou moyens. Des dégustations attestent que le Servagnin est conforme à ce cahier des charges. Tous sont embouteillés sous une étiquette «relookée» en 2009, un élégant S découpé dans le papier (autocollant). Le nom de chaque cave est ajouté au-dessous de ce label commun. Et chacun s’engage à vendre son vin entre 18.50 et 20 francs. Comme le rendement est limité à 50 hectolitres par hectare, il n’y a guère plus de 20’000 bouteilles sur le marché, bon an, mal an. Ce vin reste une spécialité, présentée 16 mois après la vendange (donc le 2011 en 2013), à l’occasion d’Arvinis, à Morges, le principal salon des vins de Suisse romande.

Un Esprit pour la Suisse alémanique

Sur le même modèle, les vignerons «du bout du lac» (Léman) ont créé «L’Esprit de Genève». «En 2000, ils se sont dits qu’ils devaient élaborer un vin rouge d’assemblage, pour valoriser le gamay, comme ambassadeur outre-Sarine», se souvient Denis Beausoleil, le directeur de la promotion des vins de Genève. Dix vignerons ont sorti leur premier millésime en 2004. Pour le 2011, ils seront dix-neufs à en proposer 36’740 flacons. Là encore, tout est identique: la bouteille, une brochure donnant un descriptif de tous les vins, et même le carton d’emballage des bouteilles! Chaque cave peut commercialiser son vin en vente directe, au prix de 19 francs, et les premiers Esprits du dernier millésime (2011) se dégusteront dès les «caves ouvertes» du 25 mai.

Tous les vins seront présents à Zurich, pour Mémoire & Friends, le lundi 26 août. Ce sera l’occasion de les comparer: outre les 50% de gamay et 20% de gamaret ou de garanoir obligatoires, le reste est libre. Les «Esprits de Genève» vont d’un gamay-gamaret moitié-moitié (Christian Guyot, Stéphane Dupraz, Philippe Villard) à un apport de 15 à 25% de merlot (Bocquet-Thonney, Emilienne Hutin, Serex, Sarah Meylan), avec une grande liberté pour l’élevage, en cuve inox ou en barriques, en fonction des aptitudes de chaque millésime.

Le schisme de Salgesch

A Salquenen (Salgesch), c’est aussi le pinot noir qui a été mis en valeur par un règlement de Grand Cru. Le cahier des charges proscrit l’usage de la barrique. Cette contrainte, posée dès le départ, a incité la plupart des producteurs hauts-valaisans à proposer plusieurs pinots noirs: une cuvée «simple», un Grand Cru, et un «barriqué», voire des sélections parcellaires.

Dès 1988, une sobre étiquette blanche avec une croix de Malte orne les bouteilles du Grand Cru «original». Pour 2011, dernier millésime passé en dégustation probatoire, quelque 70’000 bouteilles seront commercialisées par 14 encaveurs, au prix minimum de 19.50 fr. L’arrivée de ces flacons en grandes surfaces (Coop et, depuis peu, Aldi) a provoqué un schisme. Depuis deux ans, chaque cave peut choisir entre l’étiquette «originale» et un label qui lui est propre. Et si à Morges et à Genève, les vins sous la même étiquette affichent, en dégustation, des différences perceptibles — et les revendiquent sans rougir ! —, cette diversité de goûts est devenue un obstacle à Salquenen. Voilà pourquoi les «petites caves» préfèrent commercialiser leur pinot noir Grand Cru sous leur propre label, pour se démarquer d’un emblème commun, de fait, réservé aux grandes surfaces.

Où et quand les déguster?

*Le Servagnin de Morges, Arvinis, halles CFF, Morges, du 17 au 22 avril 2013, www.arvinis.ch

*Le Salquenen Grand Cru, Printemps du vin (et course aux barriques !), Salgesch, samedi 20 avril, www.salgesch.ch

*L’Esprit de Genève, Mémoire des Vins Suisses & Friends, Kongresshaus, lundi 26 août 2013, www.mdvs.ch

Paru dans le supplément life style du Matin-Dimanche, encore!, le 14 avril 2013.