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Posté le 12 décembre 2013 dans Récemment dégusté

Champagne: les moins mauvais du bas de la gamme

Champagne: les moins mauvais du bas de la gamme

Que valent gustativement les champagnes de moins de 30 francs, en supermarché ? Le verdict du jury du magazine Tout Compte Fait,  avec deux bouteilles à moins de 20 francs en tête.

Pierre Thomas

Pas de Moët & Chandon, Lanson, Pommery, Laurent-Perrier ou autre Mumm dans notre dégustation. Toutes ces marques, rangées par ordre décroissant de leur poids économique, sont vendues plus de 30 francs en supermarché. Même en action ! Par contre, chaque grande surface a son produit d’appel d’entrée de gamme, d’un peu moins de 15 fr. (en action ou pas !) à 30 francs. Deux exceptions : chez Globus, l’entrée de gamme démarre à 39.90 fr., et classé douzième de notre dégustation, sans convaincre, le seul champagne «bio» (mais en reconversion encore…), mis sur le marché par Coop cet hiver, à 31.45 fr., en promotion.

Une région de «grandes maisons»

Rappel utile, le mot champagne ne désigne pas un vin générique qui fait des bulles. Encore moins une marque ou un style de vin. Mais bel et bien une région géographique déterminée du nord de la France — et le vin AOC qui en est issu —, de 35’000 hectares répartis sur 319 communes, soit plus de deux fois l’entier du vignoble suisse. Les vignerons y possèdent 90% des surfaces et les maisons de champagne commercialisent 67% des vins mis sur le marché.

Chaque origine est authentifiée sur l’étiquette, en minuscules caractères, par deux lettres suivies d’un chiffre. On les reproduit ci-dessous :

— CM, pour coopérative de manipulation, qui commercialise les champagnes qu’elle élabore avec les raisins de ses coopérateurs ;

— NM, pour négociant-manipulant, qui achète le plus souvent du raisin et élabore le champagne qu’il met sur le marché ;

— MA, pour marque auxiliaire, ou marque d’acheteur, correspondant à une étiquette propre à un distributeur.

Aucun des 2’000 petits vignerons (RM, récoltant-manipulant) champenois n’est présent en entrée de gamme dans les supermarchés… Pas d’étiquettes connues non plus, comme on l’a déjà dit, mais les deux plus grands groupes de production sont présents, avec LVMH (Mercier) et Lanson-BCC (Vve Alice Margot, Ch. Bertin, A. Rothschild, Le Reflet). Le fait est que leurs vins sont battus par des étiquettes de coopérative (D’Armanville et Offenbach).

Trop sucrés et trop évolués

Ces champagnes bruts n’ont pas été dégustés sous un autre angle que le plaisir immédiat que doivent procurer des bulles, à l’apéritif ou en fin de repas, durant les Fêtes. Les deux vins jugés les moins mauvais — les notes ne volent pas très haut, il faut l’admettre… — ont surtout été pénalisés par leur «dosage», soit l’ajout de sucre pour corriger l’acidité, après la double fermentation, d’une part alcoolique, puis à la prise de mousse, individuelle, bouteille par bouteille. Pour un champagne brut — et ils le sont tous ! — la tolérance est de 15 grammes de «sucre résiduel», soit le triple d’un vin tranquille dit sec. C’est considérable…

Une impression d’évolution peut trahir le «goût de lumière» qui frappe les bouteilles stockées debout sous les néons des points de vente. Voilà pourquoi on a attendu le plus tard possible pour acheter les bouteilles, à l’arrivage des pyramides de cartons qui s’empilent dans les supermarchés aux approches des Fêtes… Un seul vin nous a semblé prématurément fatigué, le Nicolas Feuillatte, acheté chez Coop, et classé 8ème.

Chez Lidl, Bissinger fournit trois cuvées, une Premium (29.99 fr.) et une Comte de Brismand (17.95 fr.), moins bien classées que le dernier du tableau, tout comme le Colligny Père et Fils (Burtin-Lanson-BCC) de Denner (21.45 fr., en action 14.95 fr.) et le Faubert Brut de Landi (16.90 fr.), entaché d’un goût de bouchon rédhibitoire.

Eclairage

Le marché suisse influencé par le prosecco

Si les Suisses achètent davantage de prosecco et autres mousseux italiens (7,6 millions de litres en 2011), la France reste le deuxième fournisseur (5,1 millions), soit plus du double de l’Espagne (2,3 millions), au troisième rang. Mais, en valeur, sur le marché suisse, grâce au champagne (moyenne de 22.40 fr. le litre), la France pèse 3 fois l’Italie (5.50 fr. le litre) et 10 fois l’Espagne (5.40 fr. le litre). En cinq ans, la valeur des mousseux importés en Suisse a décru, de 205 à 179 millions de francs, pour des volumes en croissance de 14,5 à 16,3 millions de litres. Rappelons qu’aucun chiffre officiel n’évalue la part des mousseux indigènes, qui paraissent en progression.

Selon le Centre interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC), la Suisse, «marché en recul», figure, en 2012, au 8ème rang des pays où le champagne s’exporte le mieux, derrière l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Allemagne, le Japon, la Belgique, l’Italie et l’Australie, mais devant la Chine. Près de 80% des champagnes importés sont non millésimés. En Suisse, la grande distribution écoule 39% des champagnes au prix moyen de 38 francs, soit au-dessus des produits d’entrée de gamme dégustés ici. Si le CIVC estime qu’en Suisse romande, le champagne est solidement installé, il table sur une progression des ventes en Suisse alémanique, où la consommation des mousseux de toute provenance augmente. Mais très souvent, c’est du prosecco qui se retrouve dans les «cuppeli»…

 

Le classement de champagnes bruts d’entrée de gamme de supermarché

(avec le code du producteur)

1) D’Armanville, CM-841-006, Aligro, 19.50 fr., 15/20

2) Offenbach, CM-835-015, Aldi, 17.95 fr., 14,4/20

3)Vve Alice Margot, MA-2687-22-00310, Aligro, 24.80 fr., 13,9/20

4) Bissinger & Co, 1er Cru, NM-448-022, Lidl, 24,90 fr., 13,8/20

5) Charles Bertin, MA-2440-36-00120, Coop, 21.90 fr., 13,6/20

6) Tribaut-Schloesser, NM-388-001, Manor, 26.90 fr., 13,6/20

7) Laherte Frères, NM-486-001, Globus, 39.90 fr., 13,4/20

8) Nicolas Feuillatte, CM-815-001, Coop, 29.95 fr., 13/20

9) Alfred Rothschild & Cie, NM-243-005, Coop, 29.90 fr., 13/20

10) Mercier, NM-549-002, Manor, 32.90 fr., 12,8/20

11) Pol Caston, MA-4012-27-00210, 17.95 fr., 12,6/20

12) Le Reflet (bio bourgeon), MA-1932-01-30053, 34.95 fr., 12,2/20

La plupart de ces champagnes sont proposés à prix d’appel jusqu’au 31 décembre!

Le jury de TCF

Stéphane Meier (VinVitation, Genève), Arnaud Scalbert (sommeliers-conseil, Sion), Jean Solis (double champion suisse de dégustation, Lausanne), Eva Zwahlen (journaliste spécialisée en vins, Zurich), Pierre Thomas (www.thomasvino.ch).

Paru dans Tout Compte Fait, mensuel pour les consommateurs, 11.12.13.