Pages Menu
RssFacebook
Categories Menu

Posté le 10 août 2015 dans Actus - News

2015? Précoce mais pas archi-sèche!

2015? Précoce mais pas archi-sèche!

Vous avez remarqué ? Il suffit qu’un journal (tel 24 Heures) parle d’«année de sécheresse» et annonce une pénurie de vins vaudois en supermarché pour qu’ils se mettent à pleuvoir… De son côté, Changins a publié deux analyses, la semaine dernière (début août), sur la précocité des vendanges 2015 — deux semaines d’avance, si tout va bien d’ici septembre !

Quant aux indices économiques, il serait intéressant de savoir si des Vaudois ont misé sur la catégorie «vin de pays», prévue par la législation, plutôt que de se condamner à déclasser du chasselas AOC, quand il n’est pas «grand cru», en «chasselas romand»… Question récurrente, technique et rébarbative. Les Valaisans ont essayé de partager la grappe en deux : une grosse majorité en AOC et un déclassement automatique en «vin de pays». Une mesure qui a fait hurler la plupart des vignerons (mais pas forcément les producteurs de raisin…). Aux dernières nouvelles, les ceps de chasselas-fendant permettraient d’atteindre à peine plus d’un kilo au mètre carré, rendant caduque l’annonce «à deux vitesses» — une première ! — de ce printemps.

Un des 5 millésimes de chasselas les plus précoces

Revenons à la précocité du millésime. La maturation du chasselas a été enregistrée à Pully le 28 juillet, soit avec 15 jours d’avance sur la moyenne. Depuis 1925, date des premiers relevés, seuls trois millésimes dans la décennie 1940 (45, 43, 47 dans l’ordre de précocité), puis autant dans la décennie de 1950 (52, 53, 59), aucun dans la décennie 1960, un seul dans la décennie 1970 (76) et une seul dans la décennie 1980 (89), puis aucun dans les années 1990, mais déjà cinq depuis 2000 (2011, 2003, 2015, 2009, 2007) sont dans cette fourchette de précocité. 2015 arrive cinquième derrière 2011, 2003, 1952 et 1945.

Et quand donc auront lieu les vendanges ? Le compte à rebours, à partir de la maturation, va de 36 jours en 1926 à 77 jours en 1953, année dont on vient de voir qu’elle fut précoce mais très lente à mûrir ! «Pour les 12 années à début de maturation très précoce, en juillet, ce nombre de jours s’établit 61, soit assez exactement 2 mois, ce qui nous laisse envisager une vendange à la fin septembre pour le chasselas à Pully», note Jean-Laurent Spring, le responsable du groupe de recherche viticulture de Changins (à Pully). En prime, la quasi-assurance d’une bonne richesse en sucre : quand le cycle est long, il n’y a «que» 160 g./l. de sucre au 20 septembre, et 185 g./l. à la même date pour les années précoces. Pour l’équilibre et la fraîcheur d’un vin, d’autres paramètres entrent en ligne de compte, comme l’acidité…

2015 ? Pas si sèche…

Pour sa part, Vivian Zufferey complète ce constat par l’examen des conditions de «sècheresse»: «A fin juillet, la grande majorité du vignoble romand se caractérise par une contrainte hydrique modérée qui est recherchée à l’approche de la maturation des raisins.»

Une telle contrainte modérée — mais aussi progressive… — favorise des raisins plus riches en sucre, en anthocyanes et en composés phénoliques, et moins acides.

En clair, anthocyanes et composés phénoliques concernent les rouges, qui pourraient tirer leur épingle du jeu très favorablement, tandis que les blancs pourraient être riches (et moins acides, donc moins fruités et frais).

Sur le fond, Changins rappelle que la vigne est originaire du bassin méditerranéen et est considérée comme une plante résistant à la sècheresse, parce qu’elle dispose d’un système racinaire très développé. «Les excès comme les manques d’eau sont généralement néfastes à l’obtention d’une vendange de qualité», observe Changins.

Tout devrait se jouer ces prochaines semaines : plus que les journées, les nuits, chaudes et humides, accroîtraient le risque de maladies (et de pourriture), même si les raisins paraissent encore petits et à peau épaisse. «Seules des conditions ensoleillées et sèches offriront une maturation optimale des raisins», conclut Changins. Sans se mouiller !

©thomasvino.ch