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Posté le 8 janvier 2016 dans Actus - News

Du rififi dans la Rioja

Du rififi dans la Rioja

La cave et les vins Artadi, basés à Laguardia, en Rioja Alavesa ont décidé, le 31 décembre 2015, de quitter la Dénomination d’origine contrôlée et qualifié (DOCa) Rioja. L’organisme de défense de toute la région déplore cette rupture unilatérale.

Ni le texte publié par Artadi, ni celui du Conseil régulateur (les deux en espagnol) n’éclairent les véritables enjeux de cette rupture. Fondé en 1985 et présidé par Juan Carlos Lopez de Lacalle, dont une des filles a suivi la formation de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL), le groupe, qui contrôle 70 hectares de vignes, poursuit une politique de vins parcellaires (ou de crus). En haut de la pyramide, El Pison, un petit vignoble en cuvette, au pied du bourg pittoresque de Laguardia, avec une «capite» d’accueil (photo Pierre Thomas).

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Juan Carlos Lopez de Lacalle y avait emmené cet été ses pairs de l’Académie internationale du vin — et nous étions du voyage. Le vin que produisent ces quelques arpents de tempranillo vient d’être placé, avec 99/100, en tête d’une dégustation de 530 riojas menée par le Master of Wine Tim Atkin. Les cuvées El Carretil, Valdeginés et La Poza de Ballesteros ont été notées 98, 97 et 96 points, respectivement, et Vinas de Gain, dans les millésimes 2013 et 2012, 92 et 93/100. Ce dernier vin est élaboré depuis 1991 dans les trois villages de Laguardia, El Villar de Alava et Leza. Le même propriétaire a également un vignoble à Alicante, El Sequé.

Sortir de la DOCa Rioja et rester en Rioja Alavesa?

Dans sa prise de position, publiée sur son site Internet, Artadi affirme sortir du conseil régulateur mais vouloir garder son origine de Rioja Alavesa et vouloir adresser à l’avenir «un message clair de notre terre, de nos vignobles et de nos paysages.» Reste à savoir s’il est possible légalement de garder la mention Rioja Alavesa tout en refusant la DOCa… Ni Artadi, ni le Conseil, ne le précisent expressément. Ce dernier assure «continuer de veiller avec acharnement pour que les presque 400 millions de bouteilles que la Rioja commerciale chaque année continuent d’être le référant des vins de qualité au plan mondial».

La marque contre le cru

La dispute renvoie au temps où les «supertoscans» affirmaient, tout en étant simplement «vin de table», incarner le meilleur de la Toscane. C’est aussi une passe d’arme de «la marque» contre «l’appellation», un débat qui fait rage chaque fois qu’une appellation prend des mesures controversées.

La Rioja vit une période de tensions entre des caves institutionnalisées (et industrialisées), avec des marques comme en Champagne et des individualités fortes, dont fait partie Juan Carlos Lopez de Lacalle, sans aucune doute, parfois attachés à une hiérarchie de «cru» comme à Bordeaux ou en Bourgogne. Mais nous ne parlions pas d’Artadi, que nous n’avons pas visité cet été, dans un grand reportage sur les enjeux de la Rioja, à lire ici.

©thomasvino.ch