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Posté le 3 octobre 2016 dans Vins du monde

Vins extrêmes d’Orient

Vins extrêmes d’Orient

De la Géorgie au Japon, l’Orient offre des vignobles extrêmes. Une des Routes de la Soie, au sud du désert de Gobi, devient même l’eldorado des vins chinois. Reportage.

Par Pierre Thomas, textes et photos.

Vignoble de Huan Hills (Thailande)

Vignoble de Huan Hills (Thailande)

En Inde, en Birmanie et en Thaïlande (photo ci-dessus), on compense la chaleur et l’humidité du climat par des vignobles de relatives altitude et de haute technologie viticole (lire ci-dessous sur la Thaïlande). Les principaux vignobles chinois se résumaient à la péninsule du Shandong et dans le Yunan, des régions très humides, alors que «vitis vinifera», le nom latin de la vigne domestiquée, déteste l’excès d’humidité et ses maladies néfastes au raisin. La sècheresse du climat est plus facile à dompter : il suffit de disposer d’assez d’eau pour compenser l’aridité, comme l’ont montré les Israéliens dans le désert du Néguev.

A la limite du désert de Gobi

Les Chinois ont déplacé leurs vignobles plus au nord, dans une frange semi-désertique à la limite sud du désert de Gobi. Sur la mappemonde, ce «corridor d’Hexi» est situé sur le 45ème paralléle, comme Napa Valley, en Californie, et Bordeaux! Etre positionné sur cette latitude d’excellence est un argument matraqué dans les «entreprises viticoles», qui, depuis une vingtaine d’années, se développent sur cette ancienne «route de la soie», de Turpan à Yinchuan, soit entre le Sinkiang et le Ningxa, des régions restées d’obédience musulmane.

Même si les étés sont très chauds (plus de 40 degrés), le reste de l’année affiche une grande dureté. A peine les vendanges achevées, en octobre, comme dans le reste de l’hémisphère nord, il faut «buter» la vigne, la recouvrir de sable, pour que la plante survive au long d’un hiver glacial. Après les gelées de printemps, on dégage les plants à la charrue, en avril. Mais, constate l’œnologue français Gérard Colin — établi en Chine depuis quinze ans —, l’absence de maladies, le contrôle de l’arrosage au goutte-à-goutte, et le soleil rayonnant permettent, malgré la briéveté du cycle végétatif, d’obtenir des raisins aux tanins mûrs et à un haut taux de sucre, sans le moindre traitement dans les vignes. Une aubaine pour élaborer sans se forcer des «vins bios»!

En attendant la «vitis amurensis»

Malgré ces conditions extrêmes, les cépages restent traditionnels : les Chinois ont une préférence pour le vin rouge, et ses bienfaits pour la santé. Et pour le cabernet sauvignon, d’abord. Pourtant, Gérard Colin, dans les environs de Turpan, cultive du saperavi et du rkasistelli, deux variétés de Georgie, et un hybride local, le beichun. Et à Wuwei, où se tient chaque année un salon —comme Vinéa à Sierre ! — , désormais axé sur les vins bios, un chercheur chinois a parlé, l’été passé, du potentiel de variétés plus résistantes à ce climat, la «vitis amurensis», née sur le fleuve Amour et cultivée en Mandchourie, au nord-est de la Chine, par les Japonais, dans les années 1930.

Relancé par la consommation croissante en Chine, le vin n’a pas fini d’écrire son histoire. En attendant le brassage des cartes du réchauffement climatique qui donnerait à ces expériences extrêmes une portée planétaire.

En Thaïlande, aux limites de la «viticulture tropicale»

Ce qui frappe, en arrivant au domaine de Moonson Valley, c’est la déclinaison des tons verts, entre deux ondées tropicales. En juin, les feuilles des vignes sont d’un beau vert pétant. Car les ceps poussent et même plutôt deux fois qu’une! Tandis que le soleil luit 12 heures par jour, en permanence toute l’année, «et non pas 16 heures, comme l’été et l’automne en Europe, au moment où le raison atteint sa maturité», commente Kathrin Puff.

De la terrasse du restaurant-cave de Huan Hills (Thailande)

De la terrasse du restaurant-cave de Huan Hills (Thailande)

Cette jeune œnologue s’est formée en Allemagne, son pays d’origine, en Toscane, puis en Nouvelle-Zélande, avant de rejoindre ce domaine de 250 hectares, le plus grand de Thaïlande, à 200 km au sud de Bangkok, dans les collines de l’arrière-pays de la station balnéaire royale de Huan Hin. La cave ne se visite pas : elle est située dans une ville à mi-chemin de la capitale. Pour l’œnologue, l’essentiel se joue à la vigne. Il s’agit de choisir les cépages les plus aptes à résister aux conditions tropicales: le colombard, un croisement blanc d’Afrique du Sud, et la syrah, rouge rhodanien, mais aussi australien, donnent les meilleurs vins, légers, fruités et peu structurés. D’autres variétés, tel le muscat, sont plantées, sur fil, comme en Bourgogne, ou sur pergola, comme en Italie. La vendange, qui servira à faire du vin, a lieu en saison sèche, entre mi-février et fin mars.

Ici, comme ailleurs en Thailande — dans les vignobles plus au nord près du parc national de Khao Yai —, l’œnotourisme se développe, avec un excellent restaurant pour essayer les vins sur des plats de la cuisine thaïe, aux épices plus ou moins dosées. Pari pas encore gagné ! Car à Bangkok ou à Phuket, les Thaïlandais et les touristes snobent ces vins locaux, préférant s’offrir une bouteille de vin importé d’Europe ou d’Australie, grevée de taxes dissuasives. A l’inverse, le vin thaïlandais s’exporte, et même en Suisse!

Paru dans le magazine encore! au printemps 2014.