Pages Menu
RssFacebook
Categories Menu

Posté le 30 janvier 2018 dans Actus - News

Clairette contre Cerdon, David contre Goliath sur fond d’AOC

Clairette contre Cerdon, David contre Goliath sur fond d’AOC

Dans le débat qui s’ouvre tout juste sur de futures AOP-IGP suisses, dont la responsabilité passerait de l’autorité politique (cantons) aux producteurs (interprofessions), un point est intéressant. Calqué sur l’Union européenne, le système permettrait des recours de régions de production contre d’autres, pour protéger un cahier des charges. Théorique ? C’est ce qui vient de se passer aux portes de Genève, avec le bras de fer entre la Clairette de Die rosée et le Cerdon du Bugey. Le petit village au fond de la vallée, Cerdon, vient de gagner devant le Conseil d’Etat français !

Par Pierre Thomas

Résultat de recherche d'images pour

Les producteurs de Clairette, dans la Drôme, sur près de 1500 hectares, qui peut se faire en «méthode ancestrale», avec la fin de la fermentation en bouteille, sans liqueur de tirage, ou en «méthode traditionnelle», avec une deuxième fermentation en bouteille, qui ne mettent en marché que du blanc mousseux, légérement doux et faible en alcool, voulaient compléter leur offre par un mousseux rosé en méthode ancestrale. Alors que le muscat à petits grains est très présent dans le blanc, ils voulaient utiliser pour le rosé du muscat à petits grains rouge, une mutation naturelle, et du gamay.

Depuis 2010, ils ont fait trois ans d’essais, sous l’œil vigilant de l’INAO, l’autorité de surveillance des AOP-IGP françaises. Puis, en 2015, ils ont déposé une modification de cahier des charges de la Clairette de Die, pour permettre l’élaboration de rosé. La petite AOC Cerdon-Bugey, dans l’Ain, entre Genève et Lyon, s’y est opposée. Sur 570 ha, elle cultive 55% de rouge et de rosé (poulsard du Jura, dans le Cerdon mousseux, qui est uniquement un rosé en méthode ancestrale, gamay, pinot, mondeuse en rouge, molette en blanc, avec le chardonnay, l’aligoté, l’altesse et la jacquère savoyardes).

Les producteurs des deux AOC se sont rencontrés : ceux de Cerdon ont obtenu une diminution du gamay dans le rosé de Clairette. Le cahier des charges a été modifié dans ce sens. Mais l’AOC Cerdon-Bugey s’est à nouveau opposée. Le 16 novembre 2016, le ministère français de l’agriculture donne pourtant raison à la Clairette de Die, dont le cahier des charges est étendu au rosé. Logiquement, l’AOC Cerdon-Bugey fait recours devant le Conseil d’Etat, qui rejette le cahier des charges de la Clairette étendu au rosé, le 12 janvier 2018. Les producteurs de cette dernière estiment que cette décision «s’oppose à l’idée même de permettre à une AOC d’évoluer en France aujourd’hui».

De belles batailles futures en Suisse?

On imagine volontiers les belles batailles que les Suisses pourraient s’offrir, notamment sur l’utilisation des cépages. Lesquels seraient protégés par des cahiers des charges et réservés à quelle région? Et qui tranchera lors de la mise en place du nouveau système?

Si la Suisse continue de faire cavalier seul dans le domaine des AOC vitivinicoles, un chantier vient d’être ouvert par l’Office fédéral de l’agriculture. On n’en est même pas aux fondations, mais au trou à peine creusé dans le sol… L’horizon de la politique agricole 2022 est visé. La Suisse peut se permettre de faire cavalier seul parce qu’elle a signé avec l’Union européenne un accord agricole, en 1999, qui prévoit, dans son annexe 7, la «reconnaissance mutuelle des indications géographiques». Malgré cet accord avec l’UE, l’impossibilité de permettre une opposition entre AOC rend le système suisse contraire aux règles internationales de l’OMC.

©thomasvino.ch