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Posté le 16 novembre 2018 dans Vins suisses

AOP-IGP vitivinicoles : Berne va de l’avant

AOP-IGP vitivinicoles : Berne va de l’avant

Dans le cadre de la consultation sur la politique agricole dès 2022, Berne a mis en consultation le projet de passage des vins suisses à l’AOP-IGP. Un système que les milieux de la production suisse redoute, Valais excepté. L’Observatoire suisse du marché des vins (OSMV) conclut de son côté que, malgré des problèmes de mise en application, «le nouveau système présente une opportunité pour repositionner certains vins».

Par Pierre Thomas

Le système actuel (la segmentation AOP, du ressort des cantons, VDP et VDT, selon un système fédéral) date de 2008. Dix ans plus tard,«l’objectif général de renforcer l’entreprenariat et de mieux valoriser les vins suisses par une segmentation plus perceptible par le consommateur nécessite une évolution du classement des vins», fait valoir Berne à l’appui de la consultation. Notamment, les 10% de coupage dit fédéral sur tous les vins (sauf restrictions cantonales) ne permet pas de différencier suffisamment un VDP d’un vin AOC. De surcroît, les VDP ne correspondent pas à une origine en lien avec une aire géographique délimitée et communiquée. Exemple : le chasselas romand est le plus souvent du vin aux critères AOC, mais déclassé pour des raisons économiques, de marché ou de prix.

La différenciation AOP – IGP

La nouvelle règlementation «distinguera dorénavant les vins avec indication géographique (AOP et IGP) et les vins sans indication géographique (sans AOP et sans IGP)». Surtout, les cantons, officiellement, perdraient leurs compétences législatives au profit des interprofessions. Dans la nouveau système, «les groupements de producteurs représentatifs de l’économie vitivinicole bénéficient ainsi des mêmes responsabilités et possibilités que les groupements de producteurs des produits agricoles. Il est prévu que le groupement de producteurs représentatif dépose une demande d’enregistrement de l’indication géographique à protéger auprès des cantons concernés. Ces derniers réaliseront un examen préalable de la demande avant de la transmettre à l’OFAG avec leur prise de position. Le groupement de producteurs accompagnera sa demande d’un cahier des charges qui définit les exigences relatives aux vins qui pourraient obtenir l’indication géographique. Une procédure d’opposition publique sera ouverte par l’OFAG durant laquelle toute personne avec un intérêt digne de protection pourra s’opposer à son enregistrement.»Le coupage fédéral tombera de fait : «Le passage des vins AOC aux vins avec AOP sera marqué par l’abrogation de la possibilité qu’un vin avec AOP soit élaboré avec 10 % de raisin qui ne provient pas de l’aire géographique délimitée pour l’AOP».

Les IGP seraient des vins à l’identité plus forte que les IGT actuelles, peu utilisées en Suisse: «La réputation ou les caractéristiques de l’IGP étant liées à sa région, le lien à l’origine géographique des vins IGP sera renforcé. L’aire géographique d’un vin avec IGP devra nouvellement être délimitée dans un cahier des charges, comme les autres éléments qui le caractérisent. Ces exigences seront plus souples que celles des vins avec AOP. Les vins avec IGP pourront en particulier être coupés à hauteur de 15 % au maximum comme les vins de pays actuels.»Quant aux vins «sans indication géographique», ils remplaceront les vins de table actuels, et ils pourront toujours être désignés comme «vins blancs (ou rouges) suisses».

Un paysage vitivinicole à recomposer

Dans un volumineux rapport, l’OSMV constate qu’il n’y a pas moins de 65 AOC suisses pour moins de 15’000 ha.Pour éviter des démarches (définition d’un cahier des charges pour chacune…) lourdes, «il sera sans doute nécessaire de créer des aires d’appellations relativement étendues et de définir des noms géographiques complémentaires à l’intérieur de ces aires.»

Pour cueillir les fruits du changement de système, «il faudra investir fortement dans la communication afin de permettre aux consommateurs de percevoir les nouvelles différences entre les vins».

Outre qu’on ne pourra plus simplement déclasser les vins AOC en VDP (respectivement AOP en IGP), le nouveau système pourrait permettre l’instauration d’une «réserve climatique», qui permet de récolter davantage une «bonne»année mais de libérer ce vin une «mauvaise»année… Sauf que les années «pleines»peuvent se succéder, comme 2016, 2017 et 2018 pour les Vaudois : les 2016, d’une avait été commercialisés tard, alors que 2017 est une année plus productive chez les Vaudois que chez les Valaisans, et que 2018 a permis un «carton plein»(plus de 30 millions de litres) en quantité et qualité… de sorte que les vins vaudois sont actuellement «sous pression». Pour la Suisse, la vendange 2018 représenterait «110 millions de litres, soit 20 millions de plus que la consommation annuelle», selon Gilles Cornut, président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois.

Un problème… surtout pour les Vaudois!

Les Vaudois ont un autre problème : une partie importante du chasselas, en raison du coupage 60% – 40%, navigue à l’intérieur des appellations régionales. Déclasser de tels vins de coupage en «chasselas romand»,même devenu IGP, ferait baisser leurs prix… Rares sont les consommateurs qui savent que dans une bouteille de Mont-sur-Rolle AOC La Côte ou d’Aigle AOC Chablais, cohabitent 60% du lieu de production Mont-sur-Rolle ou Aigle, 40% de toute La Côte ou du Chablais, et par-dessus, 10% de vin blanc vaudois, au nom du «coupage fédéral». Seul le Mont-sur-Rolle ou l’Aigle Grand Cru proviennent à 90% du nom géographique figurant sur l’étiquette. Ce bricolage qui date de dix ans, ne sera plus possible… ce qui fait dire à l’OSMV que «le canton de Vaud serait sans doute plus impacté que les autres». L’idée d’agrandir les lieux de production vaudois resurgit, mais soulève d’autres problèmes déjà évoqués il y a dix ans, certains, à l’instar de Féchy, voyant d’un mauvais œil de devoir «partager»leur nom porteur avec les voisins.

Ce qui est sûr, c’est que les Vaudois devront empoigner le dossier de la définition de leur(s) AOP ! De même, par l’obligation de vinifier dans la zone de production (mais non d’y mettre tout le vin en bouteilles), les Genevois perdraient la possibilité de laisser vinifier leurs vins à l’extérieur du canton, comme le permet actuellement leur AOC (entre 1 et 2 millions de litres par an).

Dès lors, on comprend mieux pourquoi ce sont les Vaudois et les Genevois qui mènent la fronde contre le nouveau système. Il sera intéressant de voir quels arguments seront avancés durant la consultation.

©thomasvino.ch