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Posted on 30 avril 2019 in Actus - News

Consommation : les vins suisses résistent

Consommation : les vins suisses résistent

En 2018, la consommation des vins en Suisse a légèrement décru, de 550’000 litres. Mais les vins indigènes ont légèrement progressé, permettant à leur part du marché de passer de 35% à 36,6%. La Suisse a produit en 2018 exactement une bouteille de vin de 75 cl par mètre carré de vigne. Telles sont les leçons principales à retenir des chiffres publiés par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), à Berne, fin avril 2019.

Pierre Thomas

Le communiqué de l’OFAG y voit avec optimisme un verre à moitié plein : «Le fait que les vins étrangers ne compensent pas le repli de l’offre de vins suisses indique un nouveau mode de consommation de la population suisse».En clair, elle (re)commencerait à boire local… Car, sur 25 ans, les volumes qui ont le plus «trinqué» sont bien ceux du vin suisse. La dernière fois que les Suisses (et les touristes) ont bu plus de 300 millions de litres en un an, c’était en 1992. Ensuite, la consommation a entamé une descente inéluctable. Il y a 25 ans, avec 138 millions de litres consommés, les vins suisses représentaient encore 45% de la consommation totale. En 2018, les vins indigènes ne sont plus qu’à 89 millions de litres (moins 49 mios). Pour les vins étrangers, la chute est moins brutale : de 168 à 154 mios, même si la consommation des vins blancs étrangers a baissé de 3,1% et celle des rouges de 5,5%.

Récolte : 111 mios de litres ; conso : 89,3 mios de litres

En 2018, la consommation des vins blancs suisses a progressé de 2,3% (à 43,8 mios) et celle des rouges suisses de 3,4% (à 45,5 mios de litres. Il s’est bu 18 millions de litres de vin blanc vaudois, contre 13,4 mios de valaisan, et 19 mios de vins rouges valaisans contre moins de 7 mios de rouges vaudois, 5 mios de genevois et 3,5 mios de rouges suisses italiens.

Mais il faut se méfier de ces chiffres! Les Vaudois en publient d’autres, où la consommation de blanc n’est affichée qu’à 16,73 mios de litres, soit la plus faible de ces dernières années (- 12,2% par rapport à 2017). Ce qui fait monter la couverture en mois de consommation par les stocks disponibles à 20,3 mois! Du jamais vu jusqu’ici… C’est pire en rouge, avec près de deux ans de «réserve», soit 23,3 mois. Grâce à une petite récolte, le «sommet» de 23,7 mois a pu être résorbé en 2017 où, à la fin de l’année, il ne restait «que» 18,4 mois, soit les plus bas stocks jamais vus. Les stocks étaient certes plus importants dans les années 1998-2005, mais les Suisses consommaient alors 34 millions de litres de vins vaudois, chiffre qui est tombé à 23,6 millions en 2018! Soit une baisse de 30%…

La Suisse produit un peu plus de vins rouges que de vins blancs, le tout à plus de 95% en AOC, soit 51% de rouge pour 49% de blanc, alors qu’en surface, la part du blanc est de 43% et celle des rouges, 57%. En 2018, la vendange n’a jamais été aussi généreuse depuis 2011, s’inscrivant à 111 millions de litres (pour une consommation de 89,3 millions de litres). Soit un écart de 21,7 millions, pour une progression de 32 millions de litres par rapport à la petite année 2017. Ce bond de 40% est le plus haut taux rencontré dans les pays membres de l’OIV !Et pour l’OFAG, le millésime est «extraordinaire», grâce à «des rendements supérieurs à la moyenne, avec des raisins d’excellente qualité».

Une diversité de cépages toute relative

On parle toujours de la grande diversité des cépages cultivés en Suisse… Il n’en reste pas moins que trois variétés monopolisent 70% des blancs : le chasselas, 57%, de loin devant le Müller-Thurgau, à 7% et le chardonnay, à 6% (puis le sylvaner, à 4%, comme le pinot gris, tandis que le sauvignon blanc, le savagnin blanc — heida, païen en Valais — et la petite arvine sont à 3%). En rouge, le trio pinot noir (48%), gamay (15%) et merlot (14%) atteint 77% de la surface, suit le binôme gamaret-garanoir (5% + 3%), et trois cépages plantés surtout en Valais, la syrah, le cornalin et l’humagne rouge (tous 2%).

Sur les 147’115’744 mètres carrés de vigne plantés en Suisse, seuls quatre cantons totalisent plus de 1’000 ha. En tête, le Valais, qui perd l’entier des hectares de tout le pays, soit 37 ha, à 4800 ha, Vaud, 3775 ha, Genève, 1401 ha (y compris les 121 ha plantés en France dans la zone frontalière) et le Tessin, 1092 ha. Si le Valais est le plus grand canton viticole (33% de la surface), Vaud est le leader en blanc (39%), devant le Valais (29%), Genève (10%) et Zurich (4%) et les cépages blancs, outre Vaud, ne l’emportent sur les rouges que sur les bords du lac de Bienne, dans le Vully fribourgeois, et dans les petits cantons de Lucerne et Zoug. Pour les surfaces plantées en rouge, le Valais occupe le premier rang avec 35%, devant Vaud, 16%, le Tessin, 12%, et Genve, 9 %, puis Zurich (5%), les Grisons, Schaffhouse (tous deux 4%) et l’Argovie (3%), bastions du pinot noir en Suisse alémanique. Au niveau des cépages, 283 ha sont plantés en variétés résistantes (PIWI en allemand), dont 42 ha en Divico.

Au passage, selon Olivier Viret, 12374 ha, soit 84%, est en PI, soit en “production intégrée”, selon le label national Vinatura, 638 ha, soit 4,3%, correspondent aux labels bios, et 366 ha, soit 2,5% , sont cultivés selon le cahier des charges de demeter, le label de la biodynamie.

Une importation surtout européenne

Au niveau de l’importation, la Suisse importe 76,5% de ses vins de trois pays européens, l’Italie (40,5%), la France (21,6%) et l’Espagne (14,4%).Suivent le Portugal (6,2%) et l’Afrique du Sud (4%), cette dernière ayant fait un grand bond pour les vins blancs, au détriment de l’Espagne. Par couleur, l’Italie occupe la tête du marché des blancs, avec 29%, devant la France, 19%, l’Afrique du Sud, 12%, qui devance l’Espagne, 11 %. Pour le rouge, l’Italie mène plus largement, 41%, devant la France, 22%, l’Espagne, 13%, puis le Portugal, 7%, l’Argentine et les Etats-Unis, 3 % chacun. Et pour les mousseux, qui frisent les 20 millions de litres (+ 0,6%), l’Italie et son prosecco mènent le bal à 58%, devant la France, 25% et l’Espagne et son cava, 11%.

©thomasvino.ch