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Fête des vignerons à Vevey: c’est aussi ma fête! - thomasvino
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Posted on 20 juillet 2019 in Actus - News

Fête des vignerons à Vevey: c’est aussi ma fête!

Fête des vignerons à Vevey: c’est aussi ma fête!

Voici la VO du texte repris par le site francophone «Les 5 du Vin», d’amis journalistes rencontrés lors de nos dégustations en Europe. Plate-forme sur laquelle j’essaie de partager des visions (parfois…) originales comme cette récente comparaison entre les vignobles du Priorat et de l’Etna.

Par Pierre Thomas

En 222 ans (depuis 1797), elle n’a eu lieu que 12 fois. Soit, à ce jour, cinq par siècle ou une tous les 25 ans approximativement. Et elle réchauffe à cette cadence les «pâtés froids», surnom des habitants de Vevey, entre Lausanne et Montreux. La Fête des Vignerons se joue jusqu’au 11 août dans une arène provisoire de 20’000 places, dressée sur la place du Marché. Près de 6’000 figurants, choristes, musiciens et acteurs non professionnels défilent durant un spectacle de deux heures et demie, en matinée ou en soirée, imaginé par le metteur en scène Daniele Finzi Pasqua, 55 ans, inspiré par feue son épouse, la Québécoise Julie Hamelin (décédée en 2017). Les deux ont connu une carrière internationale dans le cirque et les spectacles musicaux et chorégraphiques dérivés de cet art ancestral (Eloïze et Corteo pour le Cirque du Soleil à Montréal).

Mais cette Fête, c’est aussi un peu ma fête. Non pas en ce qu’elle célèbre les «vignerons-tâcherons», un statut professionnel de viticulteur au service du propriétaire des vignes, propre aux deux régions viticoles vaudoises que sont Lavaux et le Chablais. Encore que… fiscalement, seuls les couturières à domicile, les chauffeurs d’autocar postaux et les journalistes libres — trois métiers en voie de précarisation ! —, sont logés à la même enseigne de salariés-entrepreneurs. Et c’est bien comme journaliste que je l’ai suivie trois fois : en 1977, en 1999 et en 2019.

La première fois, stagiaire à peine sorti des pâturages de ma Gruyère de jeunesse, j’avais rejoint la rédaction de l’agence AIR, qui pourvoyait en matière première le quotidien vaudois 24 Heures. J’avais eu le privilège d’aller interviewer, dans son chalet en face de la colline de Gruyères, le chanteur soliste du «Ranz des vaches», Bernard Romanens. Qui chantait alors aussi magnifiquement qu’il parlait peu… Et, sans écrire sur le vin, alors, j’avais pris une monumentale «cuite» au chasselas, à force d’apéros en coulisses. En 1999, je «pigeais» pour 24 Heures, en rubrique gastronomie. Et j’avais déploré qu’on ne parlât guère de la qualité des vins, au moment où les crus suisses amorçaient une «montée» en qualité, dans un spectacle, en milieu protestant, sobrement dédié aux travailleurs de la vigne — et non aux cavistes, œnologues, sommeliers et dégustateurs !

L’organisateur de la manifestation, la Confrérie des vignerons de Vevey, a conservé la devise des bénédictins défricheurs, il y a bientôt mille ans, des coteaux escarpés du Dézaley, face au lac Léman (et aux montagnes de Savoie), «ora et labora». En latin, «prie et travaille», qu’a prononcé l’abbé-président de la Confrérie, le notable veveysan François Margot, solennellement, jeudi 18 juillet, en prélude au «couronnement» des vignerons-tâcherons les plus méritants. Courte parenthèse viticole : j’attendais plutôt «ceux du Chablais», un trio, et ce sont les trois de Lavaux qui l’ont emporté. Contrôlés trois fois par an sur des parcelles clairement délimitées, les tâcherons sont notés par des «inspecteurs». Près de 80 viticulteurs ont été récompensés, dont 18 par une médaille d’argent, et six par l’or, transformé pour l’occasion en couronne. Seules trois femmes dans ce peloton. Et l’une, Corinne Buttet, pure vigneronne-tâcheronne, a terminé troisième, du jamais vu. Devant elle le populaire Toni Figliola — qui fait aussi son vin avec son épouse, sous le nom de la Famille Fonjallaz : remarquables Calamin et Dézaley, les deux AOC Grand Cru de Lavaux — et le «roi de la Fête», Jean-Daniel Berthet, le mécano de la «locomotive» du Dézaley, le «Chemin de Fer», propriété de Luc Massy, le président de la Baronnie du Dézaley, aréopage des meilleurs producteurs de ce grand cru… On ne parle là, bien sûr, que de chasselas !

Mais revenons au spectacle ! Six mille participants, pour la plupart de la proche région, c’est plus que tous les suiveurs du Tour de France, pour une «course» qui dure (aussi) trois semaines : et tous reçoivent leurs instructions de mise en scène dans une oreillette ! La technologie postmoderne est présente : quatre grands écrans, pas très utiles à dire vrai, un plateau LED qui permet des effets de lumière assez étonnant — tel ce tapis de cartes à jouer qui se déroule, ce soleil qui éclate ou ces faux coquelicots sur lesquels se dandinent de vraies vaches. Le lyoba du ranz-des-vaches, chanté par 11 armaillis reste un grand moment, quand la moitié des spectateurs allument leur smartphone comme naguère un briquet…

On est dans le grand spectacle, mais pas à l’opéra. Il n’y a jamais eu, en douze fêtes, de livret figé, mais toujours des tableaux et une musique de l’époque. Alors, oui, j’essaie de me remémorer… Qu’ai-je gardé dans ma mémoire de 1977 ? La ligne graphique très épurée du décor, avec un soleil omniprésent, le lyoba du soliste Romanens, la musique symphonique résolument moderne du compositeur Jean Balissat. Et pas grand’chose d’autre, sinon le souvenir, déjà, d’un «grand spectacle». Peut-être quelques divinités, Céres, Bacchus, Silène, toutes évacuées cette année, même si ces païens s’étaient invités souvent par le passé… Elles étaient là en 1999, où l’arène, au lieu d’être fermée, laissait une large ouverture sur le lac Léman — avec, en prime, un orage sur les montagnes de Savoie — et un vol d’hélicoptère, utilisé pour les traitements phytosanitaires sur les terrasses escarpées de Lavaux. Pas de tel vrombissement, cette année… Et, en 1999, il ne m’est pas grand-chose de la musique, malgré la présence de l’Orchestre de la Suisse romande et de son jeune chef Fabio Luisi (qui fait une belle carrière européenne à l’opéra). Cette année, la bande-son, supervisée par la compositrice tessinoise née à Lausanne Maria Bonzanigo, a été pré-enregistrée, pour les morceaux les plus impressionnants, comme cet hymne du tableau de la troupe des hallebardiers dite des «cent pour cent» (cent femmes pour cent hommes !), dont la belle mélodie, entêtante, revient ensuite…

Et puis, en 99, le personnage d’Arlevin, incarné par un comédien professionnel, et qui terminait la fête, aviné… Cette année, un autre comédien, Michel Voïta, joue le grand-père pour la petite Julie : mais ce qui aurait pu être un fil rouge n’est qu’un élément parmi d’autres, comme une libellule (humaine et féminine !) suspendue à un filin. On est au cirque… Et comme au cirque, les tableaux rythmant l’année des viticulteurs s’enchaînent, sans décor permanent ni partition prédéfinie. D’où l’impression d’un patchwork un peu effiloché, avec beaucoup de monde sur scène, trop, sans doute… Mais l’impression d’ensemble reste magique. Et en 2019, journaliste-tâcheron je suis, tâcheron je reste…

Si vous passez par Vevey d’ici au 11 août, allez faire un tour au spectacle — il reste des places ! — et dans la ville où une centaine de bars se sont ouverts, comme le Kavo, qui sert de vieux millésimes de chasselas, juste à côté, au cinéma Rex, le Lavaux Bio, sept vignerons en biodynamie, encore rares pionniers dans la région, le bar éphémère de la Baronnie du Dézaley, qui fêtera «son roi» tous les jours, la terrasse des Artisanes du vin, 22 jeunes productrices de toute la Suisse, cette année, les marraines de la Semaine suisse du Goût, au mois de septembre. Ou la terrasse des vignerons de Lavaux Passion. «Vinum et circences» auraient dit les Romains — avant «ora et labora» !

©thomasvino.ch