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Posté le 10 janvier 2005 dans Tendance

Vins suisses — Les vins suisses ont leurs oscars

Vins suisses — Les vins suisses ont leurs oscars

Les vins suisses ont leurs oscars 2004
Le suspense est aussi intolérable qu’à Hollywood… Les vignerons suisses connaîtront, le vendredi 22 octobre, pour la première fois, des «champions» qui monteront sur la scène du Stadttheater de Berne. Les quarante-huit vins «nominés» sont connus. Décryptage. (Palmarès en fin de fichier!)
Par Pierre Thomas
Affirmer que les Valaisans ont toutes leurs chances n’est pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Ils ont placé un «nominé» sur deux dans la finale des 48 meilleurs vins. Comme il y a huit catégories et chaque fois trois «médaillés» (or, argent, bronze), la moitié des «nominés» sont assurés de crever l’écran à Berne, sans compter les prix de l’innovation, du producteur le plus titré et du vin le mieux noté.
Coupe Chasselas : retour en 2005
Avant cette apothéose, le palmarès est riche d’enseignements. Ce premier «Grand Prix du Vin Suisse» est l’émanation à la fois de l’Interprofession et de la revue «Vinum», qui voulait redonner du tonus à la «Coupe Chasselas». Organisée depuis plus de dix ans, celle-ci reprendra du service en 2005. Avec 52 chasselas dégustés en finale en juin à Sierre (sur une présélection nationale de 203), cette catégorie reste un concours, sans les aléas de l’élimination directe par un jury populaire. Mais peu de vedettes ont réussi à se mettre en évidence… Et le Sierrois Nicolas Zufferey, dernier vainqueur de la «Coupe», a renoncé à y participer, comme une vingtaine de très bons vignerons suisses.
Le millésime 2003, chaud et concentré, a favorisé des vins qui savent exprimer leur finesse (à l’inverse d’une année froide et pluvieuse). Trois Vaudois de La Côte figurent dans le dernier carré, dont un féchy des Caves Cidis — Uvavins à Tolochenaz. C’est même le seul vin d’une coopérative parmi tous les finalistes ! Deux saint-saphorin complètent cette main-mise vaudoise, pour un seul fendant, «Balavaud», de Jean-René Germanier à Vétroz, un habitué de la Coupe.
Le pinot noir? Du «blauburgunder»!
La surprise vient aussi du pinot noir. Avec, au départ, un peloton de 172 échantillons, les six finalistes sont tous alémaniques! Un seul est valaisan, de Salquenen (Gregor Kuonen et fils, «Grand Maître» 2002) et un autre grison (Daniel Marugg, «Sélection Bovel» 2002), contre trois schaffhousois et un zurichois. Aucun romand… et pas un seul vin neuchâtelois de tout le palmarès. A l’exception de la syrah «Le Diable rouge» de Burgdorfer et Cornut, à Satigny, les chances genevoises reposent sur les (deux) épaules de Maurice Dupraz, le vigneron de l’Etat, qualifié avec un chardonnay et un gewurztraminer de Lully. Mais où sont les «vignerons-indépendants» du bout du lac? Cette lourde absence traduit celle du gamaret et du garanoir, présents certes en petite proportion dans les assemblages rouges de Yann Menthonnex et Yvan Parmelin, de Bursins (VD), mais pas «en pureté».
Une razzia tessinoise
Dans leur catégorie, les deux jeunes Vaudois font face à un trio valaisan : l’«Ardévine» de l’expérimenté Michel Boven, à Chamoson, le Diolinoir de l’épatante Cave du Paradou, à Nax et le «Gastolino» du président des œnologues suisses, Xavier Bagnoud, à Leytron. De ces vins, tous de 2002, le sixième est un Malcantone, «Rosso dei Ronchi», de Sergio Monti, ancien président des vignerons suisses, à Cademario. Cette cuvée complète le triomphe des Tessinois dans les «vins rouges de monocépages en barriques». Six sur six avec des merlots : le «Culdrée» de Trapletti, le «Gransegreto» de Valsangiacomo, le «Leneo» des frères Corti, le «Platinum» de Brivio, le «Trentasei» de Gialdi et le Vinattieri du domaine homonyme, tous réputés.
Vedettes contre… et pour
Et ce, malgré la défection du Tessinois Christian Zündel, réfractaire: «Nous n’avons rien à gagner dans ces joutes olympiques. Un vin s’apprécie pour ses qualités et pour le travail de l’homme qui le signe.» Voilà pourquoi, il est vain de chercher les Genevois Bonnet ou Novelle, les Vaudois Dugon ou Cavé, le Grison Gantenbein, le Biennois Giauque… Ces vignerons emblématiques n’apparaissent pas dans le palmarès et sont absents du bottin des vignerons. Pourtant, ils font bel et bien l’image du vin suisse.
En revanche, parmi les gloires confirmées, Claudy Clavien de Miège (johannisberg), Jean-Daniel Favre, de Chamoson (petite arvine), Daniel Magliocco, de Saint-Pierre-de-Clages (païen), Stéphane et Dany Varone, de Savièse (païen et surmaturé), Serge Roh, de Vétroz (cornalin), Denis Mercier, de Sierre (ermitage), Philippe Darioly, de Martigny (ermitage flétri), Maurice Giroud, de Chamoson (cornalin et merlot) et, last but not least, Marie-Thérèse Chappaz, de Fully, avec son ermitage sec «Grain d’or» 2002 et sa marsanne liquoreuse «Grain Noble» 2001. Mais la diva valaisanne en a-t-elle encore 500 demi-bouteilles à céder après le concours? C’était une des conditions du concours qui a écarté ceux qui vendent bien leurs vins.

Eclairage
Une fusée à cinq étages
Au pays du compromis et de la grande complication, spécialité d’horlogerie de haute précision, cette mobilisation générale de la vitiviniculture n’échappe pas à la lourdeur du système de sélection. Jugez-en : d’abord (étape 1) 3247 vins ont été dégustés dans huit régions, dont près de mille dans les cantons de Vaud et du Valais. Ils ont débouché sur une sélection de 974 vins (étape 2), propulsés «ambassadeurs régionaux» sans distinction de rang ni de qualité dans le «Guide des vins suisses» à paraître simultanément. Parmi ces quelque mille finalistes, un jury national convoqué par l’Interprofession suisse du vin en a promu 291 «ambassadeurs nationaux» (étape 3). Ils sont signalés par un sigle dans le guide, sans autre commentaire. L’exercice «officiel» s’est arrêté là. Ensuite, «Vinum» a sélectionné parmi les 974 échantillons du concours national, 308 finalistes (étape 4): 44,5% de vins valaisans, 20,5% de vaudois, 11,4% de tessinois, etc. Un autre jury, moins lié aux professions vitivinicoles, a sélectionné les 48 finalistes (étape 5). Reste à savoir si ce branle-bas de combat, subventionné par la Confédération, va pouvoir se dérouler tous les deux ans, comme prévu initialement.

Le palmarès du Grand Prix du vin suisse 2004
Les Valaisans de VINEA l’ont organisé, pour l’Interprofession du vin suisse, et les triomphateurs du premier Grand Prix du vin suisse sont des vignerons… valaisans. Tel est le verdict rendu public à Berne, vendredi 22 octobre.
Les Valaisans sont tous des vignerons confirmés. L’encaveur de Chamoson Michel Boven s’impose pour sa grande régularité. Denis Mercier, de Sierre, cumule deux prix pour son Ermitage 2001, meilleur vin doux, et aussi le mieux noté (95,2 points sur 100) parmi les 300 de la finale du concours. En blanc en barriques, le Domaine Cornulus, à Savièse, s’impose avec un païen, «Cœur du Clos» 2002. Le même cépage permet au «Franc Tireur» 2003 des Fils Maye SA, à Riddes, de gagner dans les blancs secs monocépages. Le fendant Balavaud, Grand Cru de Vétroz, de Jean-René Germanier, remporte la Coupe Chasselas.
En rouge, sacre de deux valaisans encore, le cornalin 2003 de Serge Roh, de Vétroz, meilleur vin rouge classique, et le Grand Maître 2002, du Caveau de Salquenen, Gregor Kuonen et fils à Salgesch, meilleur pinot noir. La seule relative surprise est venue de deux Tessinois : l’un, Sergio Monti l’emporte parmi les assemblages rouges, avec le «Rosso dei Ronchi 2002». Et c’est un ex-conducteur de locomotive, Enrico Trapletti, qui coiffe, pour les rouges en barriques, les autres merlots avec son «Culdrée» 2000.

Articles parus dans Hôtel+Tourismus Revue, Berne, en octobre 2004