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Posté le 10 janvier 2005 dans Vins suisses

Vaud — Les douze apôtres d’Arte Vitis

Vaud — Les douze apôtres d’Arte Vitis

Les douze apôtres des vins vaudois
Leur credo, c'est la qualité. Douze vignerons parmi les tout meilleurs des quatre coins du Pays de Vaud se montrent ensemble, sous le drapeau d'“Arte Vitis”. Une première historique. (Au printemps 2007, le duo Rolaz-Penta, à la tête de quelques domaines entre Bex et Mont-sur-Rolle sera le treizième à table…)
Par Pierre Thomas
L'événement s'est passé il y a dix jours au bord du lac de Zurich, à l'Ermitage du chef…valaisan Edgard Bovier, à Küssnacht. Douze vignerons dans une même salle, à faire découvrir, côte à côte, leurs nectars, notamment à quelques uns des meilleurs chefs des Grandes Tables de Suisse.
Jusqu'ici, les Vaudois préféraient le couvert de l'anonymat: pour ne favoriser personne, les vins servis par la Confrérie du Guillon au Château de Chillon ont une origine, mais sont orphelins de père et de mère. Ou alors, dans le désordre, ils expriment des “terroirs”, si possible sur place: on ne compte plus les caveaux et autres manifestations et marchés des vins “in situ”. Ou encore, les Vaudois aiment bien défendre une idée en coterie, comme cette “Baronnie du Dézaley”, où il est de bon ton de saluer avec équanimité l'esprit de corps. Et on a déjà parlé, ici-même, du “Servagnin” et du “Plant-Robert”, qui unissent les efforts louables de plusieurs vignerons, hélas pas tous dotés identiquement par Dame Nature…
Les meilleurs ensemble
Plus que tout, le Vaudois déteste l'individualité et lui préfère la moyenne. Ramuz le disait: tout, ici, est moyen. “Quand quelqu'un sort la tête de l'eau, tous les autres lui pèsent dessus”, résume un vigneron.
Il faut donc le clamer haut et fort, sous le vocable latinisant “Arte Vitis” — un ablatif accolé à un génitif qui peut se traduire “par l'art du vin” —, ce sont douze des meilleures individualités du vignoble vaudois qui font cause commune. Et il y n'y en a pas tant de plus… “Notre force, c'est de représenter tout le canton”, constate Jean-François Neyroud, président de l'appellation Chardonne. “Et si notre initiative fait jaser, c'est bon signe!”, commente le jeune vigneron. En connaisseur: à l'époque, le journaliste spécialisé du quotidien “24 heures” avait osé présenter une des manifestations de Chardonne en le “mettant en avant”: ce fut un tollé, exprimé d'un trait de plume trempé dans le vinaigre par le plumitif secrétaire du groupement de producteurs qui, aujourd'hui, a nommé sa “star” à sa tête. Sans rancune! Car tous les vignobles du monde savent tirer parti de leur vedette: les Guigal et Colombo, en Côtes-du-Rhône, Bise-Leroy, en Bourgogne, Brumont, en Madiran, Gaja, au Piémont et l'on en passe.
Une image à revoir
“Le canton de Vaud est parti dans une logique productiviste de vignoble de vin de cépage. On a dit du chasselas qu'il était neutre, trop mou, sans âme et sans ambition. Mais ça n'était pas le chasselas qui l'était, mais les vignerons!”, s'est exclamé, à Zurich, le Davel de cette révolution, Raoul Cruchon. Le club “Arte Vitis” s'est développé depuis six mois, par cooptation, en cercles concentriques autour du trio Cruchon, Paccot et Bovard, tous adeptes de la biodynamie. Mais il n'y a pas d'exclusive.
Cette “bande de copains” — qui se sont fendus d'une cotisation de 4.000 francs pour le premier exercice — ne se sont donné ni statuts, ni secrétariat, ni charte de qualité, ni label, ni comité de sélection des vins. Ce sont des individus, qui croient avant tout en la liberté et la responsabilité de chacun de faire de bons vins. “Nous voulons tous progresser, nous défendons une même éthique et nous ne nous marchons pas sur les pieds”, résume Louis-Philippe Bovard. “Nous voulons agir ensemble, parce que seuls, nous sommes faibles face aux marchés. Nous voulons créer un groupe de vins d'élite pour dépoussiérer l'image des vins vaudois.” Et pas seulement limités à l'omniprésent chasselas…
Au programme, après cette présentation à Zurich, une sortie officielle au Comptoir de Lausanne, en septembre, puis à Gastronomia, début novembre, où l'Office des vins vaudois a confié aux “douze apôtres” le soin de précéder les convives de la “table d'hôtes” des chefs Georges Wenger et Philippe Chevrier et quelques autres en devenir de Suisse romande. Sous le signe d'une même philosophie, tournée vers le futur du vin et de la table.

Les douze, qui sont-ils?
1) Raymond Paccot, à Féchy. Seul vigneron de La Côte vaudoise a avoir remporté la Coupe Chasselas en 1995.
2) Philippe Corthay, Caves Cidis, Tolochenaz. L'œnologue de la grande coopérative de La Côte a réussi à explorer des voies nouvelles, grâce à sa ligne dédiée au chef Bernard Ravet.
3) Philippe Charrière, Domaine de Marcelin, Morges. L'Etat de Vaud a l'audace de bichonner des vignes et les vins qui vont avec. Essais sur des chasselas en barriques.
4) Christian Dugon, Bofflens. Ce jeune vigneron (80% de rouges étonnants) a sorti de l'anonymat les Côtes-de-l'Orbe.
5) Henri Cruchon, Echichens. Les deux fils, Michel, le viticulteur, et Raoul, le vinificateur, ont développé un esprit d'entreprise multicépages inconnu jusqu'alors dans le Pays de Vaud.
6) Henri Chollet, Aran-Villette. Une réputation d'original, couronnée d'un 100 points sur 100 pour un assemblage rouge, à la dégustation de l'OVV-Guillon, l'an passé.
7) Louis-Philippe Bovard, Cully. Le “patriarche” a travaillé pour le Comptoir suisse, dirigé l'Office des vins vaudois, avant de revenir dans l'affaire familiale. Plus il vieillit, plus il est curieux…
8) Blaise Duboux, Epesses. Vieille famille de vignerons, mais nouvelles techniques.
9) Pierre Monachon, Rivaz. Un “petit vigneron” comme il y en a tant. Un remarquable savoir-faire. Président du label de qualité Terravin.
10) Pierre-Luc Leyvraz, Chexbres. Un magicien du chasselas: a remporté la Coupe Chasselas en 1998.
11) Jean-François Neyroud-Fonjallaz, Chardonne. Ses chasselas expriment toute la diversité des terroirs vaudois: Chardonne, Calamin, Dézaley…
12) Philippe Gex, Yvorne. Le jeune gouverneur de la Confrérie du Guillon est fameux pour son merlot et son pinot gris en barrique.

Article paru dans Hôtel+Tourismus Revue, en juin 2003