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Posté le 10 juillet 2008 dans Vins suisses

Législation — Le Valais seul à vouloir protéger ses vins

Législation — Le Valais seul à vouloir protéger ses vins

Nouvelle législation sur les vins suisses
Le Valais seul contre tous
Qu’on écrive «Petite Arvine» et que le consommateur comprenne «vin valaisan AOC» paraît un combat perdu à Berne. Les Valaisans auraient bien voulu que le consommateur fasse spontanément l'amalgame, mais le législateur et les autres cantons refusent de réserver des noms de cépages au plus grand canton viticole suisse.
Pierre Thomas
C’est un peu la même dispute que pour la raclette. Au plus haut niveau, les Valaisans se sont faits débouter dans leur volonté d’imposer au reste du monde leur manière de concevoir ce plat du seul fait de l’utilisation d’un fromage authentique, tandis qu’ils pourront continuer à défendre le «fromage à raclette AOC Valais».
Pour les vins, même réflexion. La procédure de consultation vient de se terminer et les Valaisans ne devraient pas obtenir raison. L’affaire est complexe. Elle joue, au travers d’ordonnances de PA 2011 (la politique agricole à venir), les prolongations de la législation sur le vin, déjà entrée en vigueur le 1er janvier, et relève de deux départements fédéraux, l’Economie et l’Intérieur.
L'origine ou le cépage,
à ne pas confondre !

Le Valais aurait voulu que la Petite Arvine, le Cornalin, l’Humagne, la Rèze, le Johannisberg, la Malvoisie, le Païen/Heida, l’Amigne et l’Ermitage (avec ou sans H) fassent partie des «dénominations traditionnelles» et soient limités au seul Valais. De plus, ces noms auraient dû être réservés aux seuls vins du haut du panier, les appellations d’origine contrôlées (AOC), pour éviter que le produit de ces cépages soit dévalorisé par les «vins de pays» (VdeP).
La nouvelle législation sur les vins a remis un peu d’ordre dans la hiérarchie des vins suisses : les AOC sont de compétence cantonale, les VdeP, tantôt cantonale, tantôt fédérale (avec un régime permettant désormais de produire davantage) et les «vins de table» ne sont soumis à aucune limitation. Les deux premières catégories peuvent indiquer le cépage et le millésime des vins, tandis que les vins de table n’y ont pas droit.
Sur le fond, la législation distingue les cépages, dont les noms ne sont pas protégeables, et la provenance des vins. Mais pas question, estime Berne, de lier les premiers à la seconde. En revanche, rien n’empêche, aujourd’hui déjà, de véhiculer le nom d’un cépage accolé à un identifiant géographique, comme «Petite Arvine du Valais», forcément AOC, puisque la mention du canton n’est permise qu’à ce niveau.
Certaines «dénominations traditionnelles» sont aussi protégées (Dôle, Fendant, Goron, réservés au Valais, Dorin et Salvagnin vaudois, Nostrano tessinois). On pourrait y adjoindre des synonymes locaux de cépages, comme, pour le Valais, le Païen/Heida (savagnin blanc), l’(H)ermitage (marsanne), le Johannisberg (sylvaner), la Malvoisie (pinot gris), le Klevner (pinot noir) alémanique, et, demandent les Vaudois, le Plant-Robert (gamay de Lavaux).
La Suisse a un coup de retard
par rapport à l'Europe

Pour corser l’histoire, la Suisse a un train de retard. Dès le 1er août prochain, l’Union européenne se dote d’une nouvelle «organisation commune du marché». Pas moins de huitante-huit (!) préceptes économico-techniques introduisent le détail d’application de la nouvelle législation. L’Europe distinguera désormais des «appellations d’origine protégée» (AOP, ex-AOC), des «indications géographiques de provenance» (IGP, ex-VdeP) et des vins sans indication (ex-vins de table), avec, dans tous les cas de figure, le millésime et le cépage. La Commission européenne exige des pays membres qu’ils fournissent tous les documents pour établir les AOC et les IGP, «faute de quoi il est approprié de leur retirer la protection dont elles bénéficient.» L’Europe est aussi prête à reconnaître des «mentions traditionnelles» à protéger. Mais, pour les «vins de table», la Suisse, qui permettait naguère la mention du cépage et du millésime, a banni ces deux éléments, que l’Europe introduit pour lutter contre la concurrence du Nouveau Monde. La Suisse a un coup de retard : la mise à jour sera pour une prochaine fois…

Paru dans Hôtel Revue, le 10 juillet 2008.