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Posté le 31 octobre 2008 dans Vins français

Bordeaux à l’abordage de l’île de cherté suisse

Bordeaux à l’abordage de l’île de cherté suisse

Bordeaux à l’abordage
de l'île de cherté suisse
Les vins de Bordeaux vont intensifier leur présence en Suisse. Mardi, ils présentaient, pour la première fois à Lausanne, l’opération «100 bordeaux abordables».
Par Pierre Thomas

Dans un salon du Lausanne-Palace, Alain Vironneau, 57 ans, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) jusqu’en 2010, était bien seul pour défendre une région qui cultive les paradoxes : «Quand on parle de Bordeaux, le consommateur attend toujours une œuvre d’art et il ne veut boire que du Pétrus.»
Plafond à 30 francs la bouteille

Sur les dix mille domaines au bas mot (pour 125'000 ha, soit plus de huit fois la Suisse viticole), les grands crus et autres vins de prestige ne représentent que 5% de la production. «Le Bordelais, c’est la richesse, la diversité et la complémentarité des vins démocratisés», proclame Alain Vironneau.
Pour le prouver, le CIVB a lancé dans plusieurs pays un programme de «100 bordeaux abordables». Depuis trois ans, un panel de dégustateurs désigne ses favoris parmi les vins déjà présents sur le marché suisse. Cette année, une centaine d’importateurs ont soumis 239 vins au jury, qui en a donc sélectionné 100*. Jusqu’ici, les Suisses n’avaient pu choisir que 80 vins à moins de 20 francs. L’éventail des prix a été ouvert. En poussant jusqu’à 30 francs, il n’y a pas eu de difficulté à former ce «club des cent». Et ne figurent plus qu’un blanc et un rosé de supermarché à moins de 10 francs…
Un prix moyen à 19 francs la bouteille

A ce prix, la Suisse est une cible de choix pour les Bordelais. Car si elle importe près de onze millions de bouteilles de bordeaux (79'000 hl), qui la placent au huitième rang des pays importateurs, avec 140 millions d’euros (210 millions de francs suisses), elle passe au cinquième rang en valeur, derrière la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Belgique et l’Allemagne. La moyenne, pour la Suisse, se monte à 19 francs la bouteille : impossible, assure Alain Vironneau, de connaître la part des grands crus… Mais avec deux tiers de bordeaux, rouges pour la plupart, revendus à plus de 18 francs, et néanmoins jugés «abordables», la tendance reste ferme, même en entrée de gamme. Le millésime 2005, exceptionnel, joue son rôle: les prix se sont envolés. 2006 a conforté ce haut niveau, tandis que la campagne 2007 a de la peine, en vente en primeurs.
Autant de pub que les vins vaudois

Et la crise économique qui se profile n’est pas pour rassurer les Bordelais, même s’ils annoncent une bonne année 2008, avec une baisse de la récolte de près de 20%, surtout en blanc et en liquoreux. Le Bordelais, qui avait prévu d’arracher 10'000 hectares s’en tiendra à 6'000 hectares, sous la pression de l’urbanisation: à l’échelle suisse, c’est comme si le Valais viticole était rayé de la carte. Pour maintenir sa part de marché, le CIVB, annonce son président, va intensifier ses campagnes de publicité en Suisse, espérant doubler les 600'000 euros de cette année, grâce à l’argent de l’Union européenne. Une cagnotte de 1,8 million de francs suisses? Mazette, c’est, grosso modo, autant que l’Office des vins vaudois, frais de fonctionnement déduits…
*Liste complète sur www.bordeaux.com

Trois 2005 à moins de 19 francs
Château de Beaumont 2005

AOC Premières Côtes de Blaye
Caves Cidis, Tolochenaz, 13,40 fr., www.cidis.ch
Cépages : 85% merlot, 15 % cabernet sauvignon
Dégustation : Nez de fruits rouges; frais, nuance végétale du merlot, finale sur le graphite ; un vin souple et agréable, un peu rustique.
Château Nardou 2005
AOC Côtes de Francs
DIVO, Penthalaz, 15,50 fr., www.divo.ch
Cépages : 90% merlot, 5% cab. sauvignon, 5% cab. franc
Dégustation : Nez d’herbes sèches, épicé ; belle attaque, juteuse ; souple, minéral, avec un soupçon de chaleur finale.
Château du Rocher 2005
Saint-Emilion Grand Cru
Denner, 18,95 fr., www.denner.ch
Cépages : 70% merlot, 15% cab. sauvignon, 15% cab. franc
Dégustation : Notes toastées au nez ; de la fraîcheur à l’attaque ; trame serrée, légère astringence finale (le vin a du potentiel de vieillissement) ; vin moderne et bien fait.

Paru dans 24 Heures, Lausanne, le 31 octobre 2008.